Les tests erronés pourraient toucher d'autres cancers

Au cabinet, on précise sa pensée et on indique que les tests sont de si bonne qualité qu'il n'y a aucune raison de croire que d'autres tests seraient à refaire. «Au terme de notre opération, on va faire un suivi public. [...] On aura une évaluation plus complète du coup de sonde, et là, on va voir s'il y a lieu d'adopter des mesures et de refaire certains tests ailleurs», a dit l'attachée de presse du ministre, Marie-Ève Bédard. «Mais si cette situation se présentait, le ministre se tournerait vers les spécialistes.»

Le programme national de contrôle de qualité, qui pourrait être mis en place avant la fin de l'année, s'appliquera à «tout ce qui se fait en pathologie» et visera à uniformiser les pratiques dans les laboratoires du Québec. «On a confiance en nos tests. C'est par mesure de prudence qu'on va les reprendre. Ça va rassurer les femmes et ça va nous permettre d'avoir une sorte de bulletin de nos tests. Quand on veut développer un programme de contrôle de qualité, c'est important de savoir où on se situait avant de l'instaurer», a dit Mme Bédard.

Pourquoi ne pas revoir certains tests effectués avant le 1er avril 2008? «La pathologie a tellement évolué rapidement, si on remonte loin dans le temps avec les connaissances qu'on a aujourd'hui, on pourrait avoir des résultats très discordants. Au moment où ils ont été faits, ils étaient corrects mais là, ils apparaîtraient discordants», a expliqué l'attachée de presse du ministre. C'est aussi qu'au-delà d'une certaine date, les chances réelles de pouvoir corriger le tir et d'optimiser le traitement d'une femme dont le test serait erroné sont minces.

Confusion

Les déclarations du ministre d'hier matin ont fait vivement réagir le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, qui qualifie de «grand cafouillage» la façon dont la crise est gérée. «Le ministre nous confirme que le Dr Gaboury avait raison: il n'y avait pas de contrôle de qualité externe. Même les hôpitaux universitaires n'en font pas. Le Dr Gaboury nous le dit dans son étude, il y a un problème en pathologie au Québec et il s'est servi du cancer du sein pour le montrer. Ce qui est décevant, c'est que le ministre prend ça à la légère. C'est comme s'il disait: "On va vous tester pour vous faire plaisir, mais il n'y aura pas de problème"», s'est indigné le Dr Barrette en évoquant une contradiction dans le discours du ministre. «Il ne faut pas se leurrer, on va en trouver, des faux négatifs. Et si [le docteur] Gaboury a raison, on va dépasser les 85-100 cas dont ont parlé les experts.»

D'ici la fin du mois d'août, quelque 9500 femmes, soit toutes celles visées par la période de 14 mois comprise entre le 1er avril 2008 et le 1er juin 2009, seront appelées pour savoir si leurs tests seront à nouveau analysés. Mais elles devront attendre plusieurs mois pour connaître les résultats de la vérification. Jusqu'ici, aucun test n'a été refait puisque les experts sont toujours en quête d'un ou deux laboratoires, à l'extérieur de la province, où les échantillons pourraient être rapidement testés à nouveau.

Pour le Dr Barrette, beaucoup trop de temps a été perdu. «J'ai été stupéfait d'apprendre que le ministre n'est pas encore allé en appel d'offres pour les laboratoires. Il avait annoncé que les tests allaient commencer en juillet, et il vient de dire qu'il n'a pas encore trouvé de laboratoire et que toutes les patientes n'ont pas été rappelées. Le ministre parle de précaution, et moi, je parle de diligence», a-t-il dit.

Au cabinet du ministre, on précise qu'on a voulu attendre d'avoir complété le recensement pour avoir une idée exacte du volume de tests avant d'entreprendre ces démarches. Mais on rappelle que l'objectif d'avoir terminé l'opération en décembre 2009 est réalisable, d'après ce qu'ont dit les experts, même si le ministre Bolduc a précisé que «des étapes supplémentaires de vérification» des données «seront nécessaires afin de connaître avec exactitude le nombre total de personnes visées par cette vaste opération».