Cancer du sein - Contrôle de tests: la liste s'allonge

Le chiffre des 2100 tests en pathologie du cancer du sein qui devaient être rappelés devra être revu à la hausse, a confirmé hier le ministère de la Santé. Plusieurs grands laboratoires d'hôpitaux n'avaient pas de contrôle externe, ce qui aurait contribué à changer la donne. Selon le ministère, cette augmentation est une révision à la suite d'une analyse détaillée des données fournies par les hôpitaux.

Davantage de femmes seront concernées par le rappel des échantillons, a confirmé le ministère de la Santé, et Québec devrait faire appel à des laboratoires situés à l'extérieur de la province pour les nouvelles analyses. Aux 2100 tests en pathologie du cancer du sein qui devaient être refaits, selon les calculs des experts il y a un mois, s'ajouteraient donc au moins mille cas de plus. Le ministre Yves Bolduc devait faire le point sur la question ce matin en conférence de presse.

Faite «à vue de nez» par les experts nommés au comité d'enquête formé à la suite des conclusions d'une étude pilote qui révélait que de 15 à 30 % de ces tests pouvaient être erronés, la première évaluation des cas faisant l'objet d'un rappel n'était plus adéquate, notamment parce que le ministère a constaté que plusieurs laboratoires d'hôpitaux, qui procèdent à un grand volume de tests, n'avaient pas de contrôle externe. Comme le révélait Radio-Canada hier, c'était le cas, entre autres, de la Cité de la Santé à Laval, de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont et du CHUM.

«Je vous dirais que ça va être un nombre beaucoup plus élevé notamment parce qu'on pensait que certains laboratoires avaient des contrôles externes. En fait certains en avaient, mais ils n'avaient pas de bulletins ou d'évaluations récentes», a indiqué Marie-Ève Bédard, l'attachée de presse du ministre Bolduc. «Le bulletin, c'est l'évaluation qu'on remet au laboratoire pour voir son taux de concordance. Quand le ministère a demandé à voir ces bulletins, certains établissements avaient des programmes de contrôle externe, mais n'avaient pas de bulletins pour témoigner de la qualité des examens», a-t-elle ajouté. C'est le cas notamment du CHUM, nous dit-elle, qui aurait récemment mis en place un tel programme, mais qui n'aurait tout simplement jamais soumis d'échantillons à ce contrôle de qualité.

Une situation inacceptable

Pourtant, on insiste: les 42 laboratoires qui font des test en pathologie au Québec ont tous un programme d'assurance qualité interne. N'empêche, plus des deux tiers n'auraient pas de contrôle de qualité externe. Pour Pierre Allard, président de l'Association des biochimistes cliniques du Québec, ne pas avoir de contrôle de qualité à la fois interne et externe est inacceptable. «Ça n'a pas de bon sens, ces contrôles sont un élément de base», a-t-il dit en précisant qu'en biochimie, contrairement aux divisions de microbiologie, de pathologie et d'hématologie, les contrôles de qualité étaient systématiquement faits à l'interne et à l'externe. «Je ne sais pas pourquoi ce n'est pas fait ailleurs. Mais c'est un peu déplacer le débat que de dire que ça coûte trop cher. Si un professionnel juge obligatoire de contrôler la qualité de ses tests pour qu'ils soient fiables, le laboratoire doit s'arranger pour trouver l'argent», a-t-il affirmé.

Si, dans certaines régions du Québec, des patientes ont été informées que leur test ferait l'objet d'un rappel, d'autres n'ont pas encore été mises au courant, comme c'est le cas pour la plupart des femmes résidant à Montréal. L'Agence de santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal a avancé le chiffre de 1523 rappels de tests, mais attention... Ceux-ci pourraient ne pas tous être des nouveaux cas qui s'ajouteront aux 2100 rappels ciblés par les experts, a fait valoir Chantal Huot, porte-parole de l'ASSS.

Au ministère, on mentionne que le nombre total de tests qui devront être analysés de nouveau sera connu le 31 décembre, lorsque tous les rappels auront été effectués. «Pour chaque femme visée, on remplit une fiche. Y a-t-il une discordance? Un ajustement de traitement? Ces documents-là, plus personnalisés, vont nous permettre de dresser un bilan précis de l'opération», a souligné l'attachée de presse du ministre de la Santé.