Grippe A(H1N1) - État d'alerte maximum

mike clarke afp
Deux petites Chinoises, l’une portant un masque, l’autre pas, dans une garderie de Hong Kong. Les autorités ont fermé hier et pour une période de deux semaines toutes les écoles primaires pour éviter la propagation du virus de l
Photo: Agence France-Presse (photo) mike clarke afp Deux petites Chinoises, l’une portant un masque, l’autre pas, dans une garderie de Hong Kong. Les autorités ont fermé hier et pour une période de deux semaines toutes les écoles primaires pour éviter la propagation du virus de l

C'est officiel: il y a une pandémie de grippe porcine dans le monde. Le Québec se prépare à une campagne de vaccination massive, bien que les cas d'infection répertoriés à ce jour soient peu sévères.

Après l'attentisme des dernières semaines, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est résolue hier à déclarer un état de pandémie mondiale, relevant son seuil d'alerte à la grippe A(H1N1) au niveau maximal, soit 6.

«Le virus ne peut pas être arrêté», a déclaré hier la directrice de l'OMS, Margaret Chan. «Nous avons des preuves indiscutables que nous sommes aux premiers jours d'une pandémie mondiale du virus H1N1», a-t-elle ajouté.

À ce stade, la pandémie est cependant «d'une sévérité modérée», estime l'OMS, qui a exhorté les pays membres à garder leurs frontières ouvertes et à ne pas entraver le flux des voyages et du commerce international. Le virus devrait circuler dans le monde «pendant d'un à deux ans».

Selon le dernier bilan officiel, 28 774 personnes ont contracté le virus dans 74 pays, et 144 d'entre elles sont décédées. Les États-Unis, le Mexique et le Canada sont, dans l'ordre, les trois principaux pays touchés par cette pandémie.

Le Canada compte 2446 cas confirmés, pour la plupart de faible sévérité. Quatre personnes en sont mortes, dont une au Québec, où 39 nouveaux cas d'infection ont été rapportés hier, portant le total à 646.

Vaccination massive

Le directeur national de la santé publique, Alain Poirier, se prépare à «une campagne de vaccination massive», prévue d'ici décembre. «Aucun pays n'a actuellement le vaccin, il est en développement», a-t-il précisé.

Dans l'immédiat, la décision de l'OMS ne change rien au Québec et au Canada. «Le niveau de vigilance a été rehaussé», a dit M. Poirier. Des sites de vaccination non traditionnels, hors des milieux hospitaliers, ont été choisis partout dans la province, et ils seront aménagés en prévision de la campagne de vaccination qui sera ouverte «à tout le monde».

Le virus ne gagne pas en sévérité, «mais il s'installe», a constaté le Dr Poirier, en particulier chez les jeunes enfants. «En terme de gravité, c'est toujours inchangé. Une très grande majorité des cas sont peu sévères», a-t-il dit. M. Poirier a invité la population à ne pas se précipiter aux urgences au moindre symptôme de grippe, mais à consulter d'abord le site Internet du gouvernement (www.pandemiequebec.gouv.qc.ca) pour se faire une juste idée de la situation.

À Ottawa, l'administrateur en chef de la santé publique, David Butler-Jones, a aussi voulu se faire rassurant. La décision de l'OMS signifie uniquement que le virus se propage, et non qu'il est devenu plus dangereux, a-t-il expliqué.

Triste première

La pandémie de grippe A(H1N1) est la première du XXIe siècle. La dernière fois que l'OMS a posé un diagnostic de pandémie sur un virus, c'était en 1968. La grippe de Hong Kong avait tué environ un million de personnes en deux ans.

Pour les épidémiologistes, cette grippe a fait une double entrée dans l'Histoire. Il s'agit de la première pandémie de l'ère moderne, propulsée à la vitesse du transport aérien, et la première à faire l'objet d'une surveillance par un réseau international.

Les comparaisons s'arrêtent là. La mortalité de la grippe A(H1N1) est à peu près équivalente à celle de la grippe saisonnière, avec un taux de mortalité de 0,1 % en dehors du Mexique. Dans ce pays qui a servi d'incubateur au virus, le taux de mortalité est de 0,4 %.

Bon an mal an, la grippe saisonnière fait de

250 000 à 500 000 morts dans le monde, bien qu'elle ne fasse jamais les manchettes.

Dans ses scénarios du pire, l'OMS entrevoit une mutation du virus A(H1N1) en une souche beaucoup plus virulente, revenant frapper les pays du nord à la faveur de l'hiver selon un schéma identique à celui de la grippe espagnole de 1926, qui avait tué jusqu'à 50 millions de personnes sur la planète. D'ores et déjà, Mme Chan a prévenu que «les pays où l'épidémie a atteint un pic [devaient] se préparer à une deuxième vague d'infection».

L'OMS espère que l'industrie pharmaceutique sera capable de «s'atteler rapidement» à la production d'un vaccin fin juin, début juillet, dès que les laboratoires auront terminé la production du vaccin contre la grippe saisonnière. L'industrie pourrait produire 4,9 milliards de doses en un an, selon les projections de l'OMS.

Avec La Presse canadienne

et l'Agence France-Presse

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