La pénurie de pharmaciens d'hôpitaux s'aggrave - L'UdeM refuse des étudiants, faute de moyens pour les former

Photo: Agence France-Presse (photo)

La pénurie de pharmaciens d'hôpitaux s'envenime: il en manque 235 dans le réseau public. Pendant ce temps, faute de ressources, l'Université de Montréal a dû refuser des étudiants à la maîtrise donnant accès à cette profession ce printemps.

Le taux de pénurie de pharmaciens dans les hôpitaux est passé de 16 % en 2006 à 20 % en 2009, s'aggravant en moyenne de 1 % par année, selon l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES), qui a publié ces résultats hier. À Montréal seulement, il manquerait 100 de ces professionnels. Or, Le Devoir a appris que l'Université de Montréal a dû refuser ce printemps 16 candidatures à la maîtrise en pharmacie d'hôpital sur un total de 58 intéressés.

Habitué à recevoir une vingtaine de dossiers, le directeur du programme Marc Perrault a été pris de court par «l'engouement soudain» des étudiants. Réjoui par leur intérêt, il a quand même dû en refuser, car «en passant de 30 à plus de 50 étudiants, nous aurions été incapables de maintenir la qualité de la formation», explique-t-il. Enseignants, directeurs de recherche, lieux de stages: les ressources manquaient. «Des candidats qui avaient la moyenne nécessaire pour entrer dans ce programme contingenté ont été placés sur la liste d'attente», soutient

M. Perrault, qui a finalement ouvert le programme à 42 bacheliers. Avec l'Université Laval, qui forme cette année 25 pharmaciens d'hôpital, on demeure loin des 100 étudiants par année que l'APES estime nécessaires pour pallier les départs et les retraites.

Ces jeunes professionnels recevront 30 000 $ en bourses d'études du ministère de la Santé et des Services sociaux, pendant que leurs collègues ayant choisi de travailler chez Jean-Coutu et autres Pharmaprix gagneront en moyenne 40 à 45 $ de l'heure. Le directeur du programme de maîtrise de l'Université Laval, Jean Lefebvre, a vu certains de ses étudiants les plus chevronnés, pourtant tentés par la pratique en hôpital, accepter finalement un poste en officine. «Recevoir 30 000 $ de bourses, c'est bien, mais les étudiants se demandent: "Que va-t-il m'arriver après?"» La réponse: ils gagneront en moyenne 30 % de moins que leurs collègues du privé.

Le gouvernement investit 4 millions de dollars par année en mesures incitatives de toutes sortes, soutient la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique Breton. «On ne le voit pas, l'effet de cet argent-là», tranche Marc Perrault. «Les étudiants savent compter, dit la directrice générale de l'APES Lynda Vaillant, entre gagner

85 000 $ dans un hôpital de Sept-Îles et davantage en officine à Montréal, le choix est simple.»

Interrogés par Marc Perrault, les étudiants qui, plus nombreux qu'à l'habitude, ont malgré tout choisi cette voie cette année ont expliqué que c'est la passion qui les poussait. Les incitatifs financiers proposés ne soutiennent pas la comparaison avec le milieu privé.

«Robotisation, embauche de techniciens, réorganisation du travail... tout a été fait, dit Lynda Vaillant. La situation s'aggrave, et c'est en grande partie parce qu'avec plus d'études et des tâches complexes, comme planifier des chimiothérapies, les pharmaciens d'hôpital gagnent au moins 20 000 $ de moins.» La rétention et le recrutement en souffrent.

Au bout du compte, ce sont les patients qui voient leurs services diminuer. «Il n'y a nul doute que la pénurie oblige à couper dans les services cliniques en hôpital», constate Marc Perrault.

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