Tests erronés de cancer du sein - La pathologie sous les projecteurs

Pour le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, «les pathologistes n’ont pas liens directs avec les patients mais ils en ont avec les internistes, les cancérologues qui ont besoin de leur expertise pour pouvoir opter pour un traitement
Photo: Agence Reuters Pour le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, «les pathologistes n’ont pas liens directs avec les patients mais ils en ont avec les internistes, les cancérologues qui ont besoin de leur expertise pour pouvoir opter pour un traitement
L'affection qui gangrène le milieu de la pathologie au Québec ne date pas d'hier, a reconnu le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins. «On est préoccupé et on a déjà sonné l'alarme, insiste-t-il. Le bon côté de cette crise-là, c'est qu'il y a peut-être de futurs médecins qui vont être intéressés par la profession», a-t-il ajouté en faisant allusion à la tourmente provoquée par une étude-pilote qui a révélé une discordance dans les résultats de certains tests en pathologie pour le cancer du sein.

À l'instar de la médecine de famille, la pathologie, également en pénurie d'effectifs, attire peu d'intéressés, croit le Dr Robert. «Elle est invisible. Beaucoup de gens ne sont pas intéressés à vivre la vie d'un moine, dans un monde où il n'y a pas de relations avec les patients», a-t-il indiqué.

Dans le milieu de la santé, la caricature est bien connue: le pathologiste est celui qui fait des autopsies. «Et la morgue est au sous-sol, à côté de la buanderie», de rappeler le Dr Robert. «C'est dans la mentalité, mais c'est faux de croire que le pathologiste arrive seulement quand une personne est morte. [...] Les pathologistes n'ont pas liens directs avec les patients mais ils en ont avec les internistes, les cancérologues qui ont besoin de leur expertise pour pouvoir opter pour un traitement ou un autre. C'est un travail crucial», a-t-il affirmé.

Récemment, de petites affections chroniques sont venues aggraver le bobo. Le département de pathologie de l'Université de Montréal a perdu sa directrice, qui est parti en Ontario pour «un travail deux fois moindre et deux fois mieux payé», a indiqué le Dr Robert. Le vice-doyen avait alors saisi le Collège des médecins de la question du manque de ressources et du manque de pathologistes pour l'enseignement et la formation des étudiants. Ces derniers manquent d'ailleurs à l'appel. Sept résidents ont échoué à l'examen du Collège royal dans cette spécialité, l'an dernier. «L'un des éléments du test auxquels nos étudiants ont échoué a été l'assurance-qualité. Pourquoi? Parce qu'on ne la leur enseignait pas. Pourquoi? Parce qu'il n'y en avait pas», a expliqué le Dr Robert.

Le mouton noir des laboratoires

L'absence de relève, combinée à une augmentation de la charge de travail, inquiète également André Allaire, pathologiste au Centre hospitalier de Lanaudière. «On n'a pas le nombre de techniciens suffisant pour subvenir aux besoins réels et la population des médecins pathologistes n'est pas en croissance. D'un autre côté, la charge et la complexité du travail se sont accrues au fil des ans», a-t-il souligné.

Les laboratoires de pathologie n'ont pas toujours les budgets nécessaires pour s'assurer d'être à la fine pointe et pour embaucher les ressources humaines, très importantes en raison des nombreuses opérations manuelles requises. Les produits chimiques, les appareils et tout le matériel nécessaire pour procéder à des analyses ne coûteraient pourtant que quelques milliers de dollars. «Mais faire une campagne de financement pour l'achat d'un appareil d'immunohistochimie qui ressemble à un petit ordinateur et dont on ne sait pas trop à quoi il sert, ce n'est pas intéressant pour une fondation d'hôpital qui préfère aller chercher trois millions de dollars pour un gros scanner qui paraît bien», croit le Dr Robert.

Il ajoute que, faisant face aux urgences qui débordent, les administrateurs des hôpitaux sont moins enclins à vouloir renflouer les coffres d'un service qui leur apparaît moins prioritaire. «Ça fait quoi? Le financement des laboratoires tombe dans la "craque"», note-t-il. Et, selon le secrétaire du Collège, le fait que les pathologistes ne sont pas «des revendicateurs qui vont se battre au même titre que les radiologistes» nuit quelque peu à leur cause. «Ils sont défavorisés sur le plan du marketing de leur profession et c'est ce qui explique pourquoi on aurait pu avoir voulu faire une crise pour en parler.»

Selon le Dr Gilles Pineau, conseiller scientifique de la division québécoise de la Société canadienne du cancer, il n'y a pas que la pénurie d'effectifs et l'état des laboratoires qui menacent la qualité des soins. La quantité de tests qui y sont effectués doit être prise en compte. «Les tests d'immunohistochimie sont des tests extrêmement compliqués à faire. Si un laboratoire n'en fait que 25 par année, il ne pourra pas assurer la qualité», a-t-il avancé.

Le contrôle de la qualité

Malgré quelques cafouillages et malentendus, le ministre aura fini par accepter les recommandations du Collège des médecins, à savoir la création d'un programme d'assurance qualité pour les laboratoires de pathologie médicale, qui devra être élaboré par le Dr Louis A. Gaboury, également auteur de l'étude-pilote qui a fait grand bruit.

Afin que ce programme parvienne réellement à réduire au minimum les erreurs qui pourraient survenir, il doit absolument être obligatoire, a insisté Alan Spatz, directeur du département de pathologie de l'Hôpital général juif. «Les pays dans lesquels le contrôle de la qualité est basé sur le volontariat, ça marche moins bien», fait remarquer le chercheur qui a dirigé des groupes en cancérologie en Europe. «On constate que les pays où ça marche le mieux, comme les Pays-Bas, possèdent une assurance qualité qui est organisée par des agences spécialisées, composées de professionnels prenant des décisions qui sont imposées à l'ensemble des professionnels», poursuit-il.

Selon André Allaire, pour qu'un contrôle de la qualité soit optimal, il doit être appliqué à l'ensemble des activités d'un laboratoire. «Il faudra assurer la qualité des diagnostics tout comme celle de la douche pour se rincer les yeux, de l'entreposage des solvants ou de toute autre opération faite dans un laboratoire. Ça impose des responsabilités, comme la tenue des registres. Il faudra former du personnel pour assurer le suivi de toutes les mesures qui sont prises», souligne-t-il. De belles et bonnes mesures pour lesquelles il faudra investir de l'argent si on ne veut pas que les efforts soient vains, conclut-il.