Cancer du sein - Plus de 2000 tests seront refaits

Québec — Même s'il «questionne la pertinence clinique» de le faire, le comité d'experts formé par Yves Bolduc, ministre de la Santé, en réaction à l'étude du pathologiste Louis Gaboury, recommande de reprendre quelque 2100 tests de femmes atteintes du cancer du sein. Parmi ce nombre, 5 % environ pourraient voir leur traitement changer, soit une centaine de patientes au total, a confirmé hier André Robidoux, chirurgien oncologue au CHUM et président du comité d'experts ad hoc. M. Robidoux a soutenu être «conscient de l'importance de rassurer» les patientes bouleversées par le maelström de la dernière semaine. Il a expliqué que des «discordances» — qui ne sont pas des erreurs mais des écarts dans l'interprétation des différents laboratoires — sont toujours présentes à hauteur de 10 à 15 % dans tous les tests de récepteurs hormonaux et du statut HER-2. Autrement dit, ce que le docteur Gaboury a mesuré dans son projet-pilote est normal. C'est seulement par «mesure de précaution», à l'issue de la «tempête médiatique» des derniers jours, qu'il est devenu nécessaire de refaire ces tests. Ainsi, ce sont les tests réalisés entre le 1er avril 2008 et le 1er juin 2009 pour lesquels il faudra réexaminer les lamelles. Parmi eux, on en compte 850 pour le marqueur HER-2 et 1250 pour les récepteurs hormonaux. Les femmes n'auront pas à se déplacer pour ce faire, puisqu'on reprendra des échantillons conservés. Les médecins communiqueront incessamment avec les patientes pour les convier à une reprise de test. Les analyses devront avoir été faites avant le 31 décembre 2009.

Problèmes de communication

Le rapport, produit en deux jours, a été accueilli avec un soulagement non dissimulé par le ministre Bolduc. Ce dernier a été sur la sellette depuis le mercredi 27 mai, lorsque Radio-Canada a dévoilé l'étude, produite par Louis Gaboury, qui venait jeter un doute au sujet de la validité des tests effectués pour définir le traitement optimal à administrer aux femmes atteintes du cancer du sein. Le ministre a d'abord affirmé qu'il s'agissait d'une «crise» au potentiel «explosif», pour ensuite, quelques jours plus tard, soutenir que toute cette affaire avait été «exagérée». Sa gestion de crise a été durement attaquée à l'Assemblée nationale, encore hier matin, par l'Opposition officielle.

En fin de journée, le PQ, par voie de communiqué, a reproché au ministre d'avoir tardé à «assurer un meilleur contrôle de la qualité dans les laboratoires de pathologie». Selon le PQ, le gouvernement a fait fi depuis 2005 de «tous les signaux que lui envoyait le réseau de la santé». L'ADQ, elle, a carrément demandé la démission du ministre pour une deuxième journée d'affilée hier.

«Je reconnais que, en matière de communications, ç'a été difficile», a admis Yves Bolduc hier après-midi, soulignant que, pour quiconque, c'est là «un sujet extrêmement difficile à communiquer». Il a du reste déploré nombre d'«erreurs» qui ont été commises dans le débat public à partir de l'étude Gaboury. Certains, par exemple, ont soutenu que «30 % des patients au Québec avaient des erreurs de diagnostic de cancer». Le rapport Robidoux fait état d'une «confusion généralisée» où des résultats du projet-pilote Gaboury ont été «généralisés au "diagnostic de cancer", voire au "dépistage", de même qu'à tous les types de cancer, alors que le devis du projet-pilote [en question] ne permet pas de tirer de telles conclusions».

L'inquiétude suscitée pourrait inciter certaines patientes à songer à un recours collectif contre l'État, a admis le ministre Bolduc hier: «On n'est pas aveugles, on sait que, dans ce type de dossier-là, il pourrait y avoir un recours collectif ou des poursuites contre les différents intervenants.»