Des infirmières contestent le temps supplémentaire obligatoire

Au bout du rouleau, les infirmières de Gaspé ont pu exprimer hier leur ras-le-bol devant le tribunal du travail en contestant l'obligation de faire des heures supplémentaires. Ce grief déposé le 6 avril dernier par le Syndicat des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes de l'est du Québec (SIIIEQ-CSQ) constitue une première québécoise dans le monde des relations du travail. «Quand il manque du personnel, les employeurs obligent les infirmières à faire des heures supplémentaires, et ce, même si elles ne sont pas disponibles», a indiqué Micheline Barriault, la présidente de ce syndicat qui compte 1650 membres en Gaspésie.

Des infirmières sont parfois obligées de faire des quarts de 16 heures au moins trois fois par semaine. «Sur une période de 32 heures, il y en a qui vont travailler jusqu'à 24 heures. Ça n'a pas de sens», a noté Mme Barriault.

À l'approche de l'été, saison difficile en raison des vacances, elle déplore que les heures supplémentaires «forcées» soient devenues la norme et dit craindre pour la santé des infirmières et la qualité des soins. «Nos membres vivent de l'épuisement, des pertes de mémoire et des difficultés de concentration», a-t-elle expliqué. Une situation qu'elle juge dangereuse étant donné que les unités en manque de personnel comme l'urgence ou les soins intensifs sont celles qui nécessitent le plus de vigilance. «On nous sert l'argument de la pénurie à toutes les sauces», a-t-elle constaté, «mais c'est un problème de gestion de personnel».

En se référant aux lois et aux différents codes de déontologie des professionnelles, le directeur par intérim du Centre de santé et des services sociaux La-Côte-de-Gaspé, René Lepage, estime être tout à fait en droit d'obliger les infirmières à demeurer en poste pour effectuer des heures supplémentaires. Le problème de pénurie n'est pas propre à la Gaspésie, reconnaît-il. Mais il est sérieux. «On n'a que quatre finissantes en techniques infirmières au cégep de Gaspé. C'est pas beaucoup», a-t-il fait remarquer.

Selon lui, les longs quarts de travail et les heures supplémentaires imposées demeurent des cas exceptionnels. «On fait tout en notre pouvoir pour éliminer cette situation», a-t-il insisté. En attendant que l'arbitre rende sa décision en juillet, René Lepage propose un réaménagement des lieux pour que la quarantaine de lits de soins de courte durée de l'Hôtel-Dieu de Gaspé soient répartis sur deux étages plutôt que trois. «Ça va diminuer la demande de main-d'oeuvre», a-t-il dit. Dans les secteurs les plus criants, il envisage également de donner davantage de permanence à des infirmières.