Médecine familiale - Échec d'une petite séduction

Les 72 postes de résidents laissés vacants en médecine de famille au Québec causent des maux de tête en région, là où les médecins espéraient ardemment du renfort. À Mont-Laurier, la 15e Unité de médecine familiale affiliée à l'Université de Montréal, qui devait lancer ses activités cet été, ne verra jamais le jour, faute de résidents.

Le Dr Michel Massé et ses collègues du comité de l'Unité de médecine familiale (UMF) de Mont-Laurier ont accueilli la nouvelle comme une gifle lorsque, le 13 mars dernier, à l'issue du premier tour du service de jumelage pour les médecins de résidents (Canadian Resident Matching Service, CARMS), le responsable des affaires universitaires de l'Université de Montréal les a avisés que leur «petite séduction» n'avait pas fonctionné: aucun des six postes de résidents n'avait trouvé preneur. Le projet d'UMF à Mont-Laurier, qui devait ouvrir ses portes le 1er juillet 2009, tombait donc à l'eau.

«Les médecins étaient dévastés. Ils ont travaillé tellement fort pour attirer des étudiants», a lancé le Dr Massé. «Mais tu ne peux obliger le ministère à investir des millions de dollars quand il n'y a pas d'étudiants.» Quelque 79 candidatures avaient été reçues à Mont-Laurier, mais, de toute évidence, ce n'était pas le premier choix des futurs résidents, car il n'en est resté aucun au final.

Un an auparavant, le ministère de la Santé avait pourtant demandé à l'Université de Montréal de trouver des mesures pour favoriser la médecine de famille en région. Le CSSS Antoine-Labelle, qui reçoit des externes depuis plus de 30 ans, avait été désigné comme un milieu de formation de médecins de famille. Un comité s'était alors formé. Ses membres se réunissaient toutes les deux semaines depuis septembre dernier. Le Dr Massé évalue à 100 000 $ les sommes dépensées jusqu'ici pour le projet d'UMF.

«L'Université nous avait demandé de travailler sur le projet, qui devait être accepté par le ministre. Mais c'était conditionnel à ce que des étudiants veuillent venir faire leur résidence de deux ans dans notre région», a-t-il précisé.

Des régions désertées

Le deuxième tour du CARMS 2009 n'aura pas causé de surprise. À l'instar des deux précédents, le bilan du recrutement des médecins de famille est négatif. En tout, 80 % des postes de résidents en médecine familiale ont été pourvus. Certaines régions en pâtissent plus que d'autres. L'UMF de Gaspé est une belle exception. Cinq postes ont été pourvus... sur quatre. En revanche, à Baie-Comeau, deux postes de résidents sur six n'ont pas trouvé preneur. À Rivière-du-Loup-Les Basques, c'est trois sur six. «Toutes les UMF urbaines se sont remplies et celles des régions sont vides», constate le Dr Massé. «Les étudiants ne choisissent plus la médecine familiale.» Dans sa région, 35 % des habitants n'ont pas de médecins de famille, et la moyenne d'âge des médecins est de 56 ans.

Les résidents qui choisissent d'aller en région n'ont pas toujours la vie facile. Les allers-retours entre leur lieu de pratique et la faculté de médecine à laquelle ils sont rattachés sont fréquents. «C'est rendu que les médecins doivent avoir un pied-à-terre en ville et en région. Ils vivent dans leurs valises», a indiqué le Dr Massé.

Pour le directeur de l'UMF des Etchemins, Sylvain Dion, les raisons qui empêchent les résidents d'aller finir leur formation en région sont plus familiales. «À ce niveau de formation, plusieurs résidents sont en couple et ont des enfants. Ce n'est pas facile de s'expatrier», a-t-il souligné.

Autant de postes vacants sont autant de patients laissés pour compte, estime Michel Massé. «Six résidents, ça aurait été stimulant pour la communauté et pour les médecins qui se sont solidarisés autour de ce projet», a-t-il insisté. «À court terme, ça ne fait peut-être pas de différence sur l'offre de service, mais à moyen terme, ça en fait vraiment une.»

Un plan B

Néanmoins, après ce dur revers dans le projet de son UMF à Mont-Laurier, le Dr Massé et ses collègues n'ont pas l'intention de baisser les bras. Leur plan B? Recevoir des médecins pour des séjours de formation de deux mois au lieu de deux ans. «Mais les externes demandent plus de temps et de supervision. Ce n'est pas la même chose que d'avoir un résident qui est plus autonome et peut prendre en charge ses propres patients», a-t-il nuancé. «En deux mois, ils ne peuvent pas réaliser ce que ça représente un suivi de prise en charge de clientèle. Ils peuvent avoir l'impression de ne remplir que des formulaires.»

Des budgets ont été demandés notamment pour trouver des locaux pour accueillir les jeunes médecins. En raison d'un problème de moisissure, le CLSC a été évacué et les bureaux ont été transférés dans des roulottes en attendant.

«Si le ministère dit non à notre budget de plan B, on va devoir couper les stagiaires de moitié», craint le Dr Massé. Le tout se décidera à la mi-juin. En attendant, le ministère de la Santé prétend s'être déjà attaqué au problème de pénurie au moyen de tables de concertation rassemblant tous les acteurs du milieu de la médecine familiale, dont la première a eu lieu le 17 avril dernier.
6 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 11 mai 2009 07 h 07

    Encore la faute aux méchants séparatisses, je suppose...

    «Nous sommes prêts!» disait le frisé. À quoi sont-ils prêts, ça il ne l'a . À magouiller possiblement.

    Ramenez nous le P.Q. ou Québec Solidaire mais libérez-nous des Libéraux Seigneur. Ça presse! C'est une question de santé publique, voire de vie ou de mort.

  • André Doré - Inscrit 11 mai 2009 09 h 08

    Un scandale qui pue!

    Le 6 mai 2008, le porte-parole de la Coalition des associations de médecins diplômés à l'étranger, Dr. Comlan Amouzou, déplorait que pour une deuxième année consécutive, les universités du Québec décidaient DÉLIBÉRÉMENT de laisser des postes de résidence vacants puisqu'ils n'ont pas convoqué en entrevue la majorité des médecins diplômés à l'étranger ayant soumis une application.

    L'année précédente, en 2007, les quatre facultés de médecine du Québec avaient laissé vacants 87 postes en résidence, alors que 174 médecins diplômés à l'étranger dont le diplôme avait été reconnu par le Collège des médecins du Québec étaient en attente de stage en résidence.

    (Source: site http://www.medecinsdailleurs.com/nouvelles/)

    Aujourd'hui, cet article nous mentionne qu'il y a 72 postes de résidents laissés vacants en médecine familiale en 2009.

    Je sais qu'il y a encore de nombreux médecins dont la formation a été reconnue par le Collège des médecins et qui restent sur le carreau en attendant le messie...!!!

    Quand les ministres de la santé et de l'éducation vont-ils CIVILISER les doyens des facultés de médecine pour les obliger à accepter en résidence les médecins diplômés à l'étranger et QUI ONT SATISFAIT À TOUTES LES EXIGENCES DU COLLÈGE DES MÉDECINS? Je sais qu'une grande majorité de ces médecins seraient disposés à faire leur résidence en médecine familiale et à pratiquer ensuite en région.

    En fin de semaine je discutais avec un ami de la possibilité d'intenter un recours collectif contre les doyens des facultés de médecine, le gouvernement, M. Charest, et ses ministres responsables, pour refus d'assistance à des personnes en danger, au nom de tous les québécois qui cherchent un médecin de famille et qui n'en trouvent pas...

    Toute cette affaire du manque de médecins est un scandale qui pue... Va-t-il falloir que la justice s'en mêle?

    Et je suis de Mont-Laurier...

  • Maco - Abonné 11 mai 2009 13 h 51

    Pourquoi ?

    OUI! OUI!
    Pourquoi? C'est simple non!

    Pourquoi un endroit suffisamment riche (pour que tout le monde pige un peu partout) est-il incapable d'avoir suffisamment de médecins de famille?

    Nous attendons les explications. Et ils seront sûrement à la sauce pétrolière. Par exemple; trop de patients malades ou encore, la population vieillissante demandent plus d'attention. Une autre. La médecine familiale n'attire plus. Une savoureuse. Les conditions de travail sont dures.

  • Bousigue Jean Yves - Inscrit 11 mai 2009 17 h 47

    On dirait la France...

    Pourquoi les résidents ici comme chez vous ne veulent-ils pas aller vers la médecine de famille? Peut-être tout simplement parce que personne ne leur en a parlé auparavant?

  • Donald Bordeleau - Inscrit 12 mai 2009 09 h 29

    Le Klondike des abuseurs, c'est ça les services de santé

    Monsieur Doré je vous appuie dans votre réflexion d'intenter un recours collectif. Il faut se regrouper pour obtenir ce pourquoi on paie tous les jours. Contrairement à ce que l'on dit et écrit les soins de santé ne sont pas gratuits mais nous payons collectivement pour des services que nous n'avons pas. Les coûts seraient beaucoup moins élevés si chaque citoyen avait accès à un médecin de famille et à un véritable suivi de la santé des usagers.