Percée canadienne pour combattre la grippe A (H1N1) - La souche du virus décryptée

Les Mexicains ont recommencé à fréquenter les restaurants.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les Mexicains ont recommencé à fréquenter les restaurants.

Avec désormais 2000 infections dans le monde, le virus de la grippe continue de sévir, mais il est de mieux en mieux cerné. En déterminant la séquence complète de la souche du virus, des chercheurs canadiens auront permis au monde entier de faire un pas de géant dans la compréhension de cette forme d'influenza et de ses mutations possibles.

Des chercheurs canadiens du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg ont réussi à décrypter la souche du virus qui court actuellement au Canada et à établir sa grande ressemblance avec celui qui a infecté les Mexicains et qui a causé la mort de 42 d'entre eux. Une première mondiale dont s'est réjouie la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, en conférence de presse hier. «C'est une preuve de l'excellence scientifique canadienne», a-t-elle souligné.

En plus de faciliter l'élaboration d'un vaccin, la séquence complète de la souche du virus de la grippe A (H1N1), qui provient du Mexique, permettra de raffiner les tests de dépistage pour les rendre plus rapides. Il existerait à l'heure actuelle des tests permettant de prédire si l'influenza est de type A, B ou C et H1. «Mais ces tests ne permettent pas de différencier un H1 d'un autre», a expliqué Jean-Pierre Vaillancourt, épidémiologiste et professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. «On est maintenant en bien meilleure posture pour adapter le test afin qu'il soit spécifique, et en mesure d'aller chercher rapidement les particularités uniques de ce virus-là», a-t-il ajouté.

Le décryptage de la souche ne permet pas de prévoir le pouvoir pathogène du virus, a néanmoins averti Éric Frost, spécialiste en microbiologie et infectiologie à l'Université de Sherbrooke.

Vers un vaccin?

Ainsi, on a désormais la certitude que le virus propagé au Canada et ailleurs dans le monde par des voyageurs ayant fait un séjour au Mexique est le même que celui qui infecte les Mexicains. Mais, également l'assurance que le vaccin existant ne sera pas efficace. Par contre, l'information obtenue sur la souche va permettre de comparer plus rapidement les séquences similaires entre le virus et certains vaccins, croit Éric Frost.

Des chercheurs tentent actuellement de décoder la souche du virus qui a infecté des porcs de l'Alberta et qui a poussé certains pays, dont la Chine, à interdire l'importation de produits dérivés de cet animal. «Ce serait intéressant de savoir si le virus des porcs est similaire à celui chez les humains. On pourrait alors adapter pour les humains le vaccin destiné au porc», a soutenu M. Frost en précisant qu'on sauverait ainsi beaucoup de temps.

En tout, quelque 200 infections attribuables à la grippe A ont été confirmées au Canada depuis la mi-avril. Presque tous les malades canadiens souffrent d'une forme bénigne de la maladie. La seule exception est une jeune fille de l'Alberta, qui se rétablirait bien.

Maintenant qu'ils connaissent la structure du virus, les autorités croient que les infections graves et les décès constatés au Mexique sont peut-être attribuables à de multiples facteurs étrangers à la grippe elle-même, dont l'état préalable de santé des victimes, leur bagage génétique et leur environnement.

Selon Éric Frost, s'il n'y a pas encore de cas d'infections graves au Canada, c'est que les personnes ayant contracté le virus sont des personnes en bonne santé, du moins suffisamment pour voyager. «On va pouvoir évaluer la virulence et la pathogénécité du virus lorsqu'il se sera propagé à d'autres personnes plus vulnérables, comme des personnes âgées et des bébés», a-t-il souligné.

Dix cas au Québec

En dépit des efforts de prévention, le Québec a toutefois vu son nombre de malades grimper à dix, hier, avec la confirmation de six nouveaux cas. Au Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments a insisté sur le fait qu'aucun animal ne faisait son entrée dans la chaîne alimentaire avant d'avoir été examiné tout juste avant son abattage.

Quant aux Canadiens à l'étranger, la Chine a par ailleurs levé hier la quarantaine imposée depuis cinq jours à une vingtaine d'étudiants de l'Université de Montréal. Certains pays continuent pourtant d'user de mesures de contrôle rigoureuses par crainte de voir se propager le virus. Ainsi, les autorités haïtiennes ont refusé l'entrée au pays à un bateau mexicain d'aide humanitaire qui transportait 70 tonnes de nourriture.

Au Mexique, épicentre de l'épidémie, la vie reprend tranquillement son cours avec la réouverture des commerces et des restaurants. Les différents établissements scolaires rouvriront leurs portes au cours des prochains jours.

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Avec La Presse canadienne et l'Associated Press

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