Alerte à la grippe porcine - Les éleveurs de porcs égyptiens se défendent bec et ongles

Une quinzaine d’Égyptiens ont été blessés hier dans des affrontements liés aux abattages de porcs au Caire.
Photo: Agence Reuters Une quinzaine d’Égyptiens ont été blessés hier dans des affrontements liés aux abattages de porcs au Caire.

Au moins quinze personnes ont été blessées au Caire dans des affrontements qui ont opposé des éleveurs de porcs à des policiers venus prendre leurs animaux pour les faire abattre dans le cadre de l'élimination de tout le cheptel porcin d'Égypte, décidée alors que la grippe porcine se propage dans de nombreux pays.

De 300 à 400 résidants de Manchiyet Nasr, un bidonville de la colline du Moqattam, lançaient hier pierres et bouteilles à la police, qui escortait les employés gouvernementaux venus emmener les bêtes. Les policiers antiémeutes ont riposté par des tirs de sommation et de gaz lacrymogènes et ont tiré des balles en caoutchouc contre les manifestants, pour la plupart des jeunes gens.

«Nous ne les laisserons jamais entrer dans notre quartier, ils veulent nous voler notre gagne-pain», a déclaré un éleveur, Adel Izhak. Les habitants de ce quartier vivent du recyclage des ordures de la décharge et élèvent quelque 60 000 porcs.

Sept policiers ont été légèrement blessés, selon un responsable des services de sécurité, ainsi qu'au moins huit manifestants, d'après le journaliste de l'AFP et une source médicale. Un poste de contrôle de police à l'orée du quartier a été détruit par les manifestants, et un officier a tiré en l'air un coup de semonce à balles réelles.

Bien que l'Organisation mondiale de la santé juge l'élimination des porcs inutile — la transmission du virus étant inter-humaine — et bien que l'Égypte n'ait aucun cas recensé, Le Caire a ordonné l'abattage des quelque 300 000 porcs élevés dans le pays mercredi dernier.

Précaution

Les autorités égyptiennes avaient d'abord présenté la mesure comme une précaution devant la grippe A, pour ensuite affirmer qu'il s'agit d'éradiquer des élevages insalubres. Le ministre de l'Agriculture, Amine Abaza, a annoncé que l'Égypte devrait importer trois nouvelles machines spéciales pour parvenir à une capacité d'abattage de 3000 porcs par jour. Les éleveurs seront dédommagés, selon le quotidien Al-Ahram.

Cette mesure frappe tout particulièrement la minorité chrétienne dans ce pays largement musulman, l'islam interdisant pour sa part la consommation de porc. Les Coptes, qui élèvent et consomment du porc, constituent de 6 à 10 % de la population. Selon l'éleveur Adel Izhak, les autorités «veulent se débarrasser des cochons parce que cet animal est interdit par l'islam et qu'ils disent que l'Égypte est un pays islamique».

Des incidents ont aussi éclaté de nouveau entre éleveurs et policiers à Khanka, à 25 km au nord du Caire, selon un responsable des services de sécurité.

Les autorités égyptiennes ont également mis en place un centre de quarantaine au Caire pour surveiller les touristes venant de pays touchés par la grippe porcine, a indiqué hier l'agence Mena.

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