Une ministre discrète, mais efficace

La ministre de la Santé du Canada, Leona Aglukkaq
Photo: Agence Reuters La ministre de la Santé du Canada, Leona Aglukkaq

Leona Aglukkaq a grandi dans un petit village de 1100 âmes du Nunavut, chassant le caribou avec son père adoptif et faisant du camping avec ses quatre frères. Aujourd'hui, la nouvelle ministre fédérale de la Santé gère une crise nationale de grippe qui inquiète les Canadiens. Portrait de cet ovni politique qui préfère laisser la lumière des projecteurs aux autres.

Ottawa — Pour la vaste majorité des Canadiens, le nom de Leona Aglukkaq était totalement inconnu avant l'éclatement de la crise de la grippe A/H1N1. Normal. Depuis son assermentation en octobre dernier, la ministre fédérale de la Santé a été très discrète, laissant ses collègues du cabinet faire les annonces à sa place et attirer les projecteurs. Elle accorde les entrevues au compte-gouttes.

La popularité a beau être le dernier souci de Leona Aglukkaq, 41 ans, elle est maintenant chaque jour à la télé pour faire le point sur la progression du virus. Sa voix douce et posée est maintenant familière. Le fait qu'elle ne parle pas français l'empêche toutefois de mieux communiquer avec les Québécois.

Invariablement, cette petite femme aux lunettes noires carrées et aux cheveux de jais fait une courte déclaration et passe la parole aux médecins spécialistes de son ministère, qui répondent aux questions des journalistes. Une exception dans ce gouvernement qui empêche les journalistes de parler aux fonctionnaires.

Son calme et sa maîtrise de la situation depuis une semaine impressionnent la communauté médicale canadienne. «Elle laisse les experts jouer leur rôle. Elle ne veut pas être la vedette et c'est tout à son honneur», soutient Robert Ouellet, président de l'Association médicale canadienne, qui l'a rencontrée à plusieurs reprises depuis qu'elle est en poste. «Elle gère cette crise comme un dossier de santé publique et non pas comme un dossier politique. C'est exactement ce qu'il fallait.»

Même chez les partis d'opposition, les bons mots ne sont jamais loin. «Elle est brillante et sait comment atteindre ses objectifs au sein du gouvernement. Je l'adore!», lance la députée libérale Carolyne Bennett, critique de son parti en matière de santé.

Cette dernière a été estomaquée, mais aussi ravie, lorsque Leona Aglukkaq l'a personnellement appelée dimanche dernier pour la tenir au courant de l'évolution du virus au Canada. Une courtoisie très rare entre le gouvernement et l'opposition. «Dans une telle situation, il est important de mettre de côté la politique», a dit Mme Aglukkaq cette semaine.

Une passionnée

Les gens qui la connaissent la décrivent comme une femme facile d'approche, à l'écoute des autres et travaillante. Très travaillante. «Leona est passionnée, elle croit à ce qu'elle fait. Et elle connaît à fond ses dossiers. Avec elle, tu es mieux de connaître les faits, parce qu'elle va démolir ton argumentaire assez vite merci!», affirme Hunter Tootoo, député territorial du Nunavut, où Leona Aglukkaq a été ministre entre 2004 et 2008.

Chaque matin depuis le début de la crise, la ministre se lève aux aurores, lit les journaux et participe à sa première séance d'information avant même que la majorité des Canadiens soient au travail. Elle enfile ensuite les conférences téléphoniques avec ses homologues des provinces, puis avec les autorités des États-Unis et du Mexique. Vers 15h, elle reçoit une dernière mise à jour de la situation avant de rencontrer les journalistes. «Elle travaille 14 ou 15 heures par jour», affirme son attachée de presse, Josée Bellemare.

Mme Aglukkaq a d'abord été ministre des Finances du Nunavut, avant d'être mutée à la Santé jusqu'en septembre 2008. Elle a ensuite fait le saut en politique fédérale aux dernières élections.

Avant son élection en octobre, jamais les conservateurs n'avaient fait élire un député au Nunavut, un château fort libéral. Leona Aglukkaq est ensuite devenue la première femme inuite à siéger au cabinet fédéral.

Le Dr Robert Ouellet estime que le passé et l'expérience de Leona Aglukkaq en tant que ministre au Nunavut servent bien le pays en ces temps de crise de santé publique. «Au Nunavut, il n'y a pas de parti politique et pas vraiment d'affrontement entre les 19 députés du territoire. Elle n'a pas fait ses classes en politique dans un milieu très partisan. Elle cherche davantage le consensus, et ça paraît dans sa gestion», dit-il.

Et, par chance, la ministre connaît bien le plan canadien contre les pandémies élaboré en 2006. En tant que ministre de la Santé du Nunavut, elle a participé à l'élaboration du plan avec les ministres des provinces, des territoires et du fédéral.

La chasse et la pêche

Leona Aglukkaq est née à Inuvik, le 28 juin 1967. Adoptée quelques jours après sa naissance par Miriam Aglukkaq, une enseignante respectée du Grand Nord, elle grandit dans le village de Gjoa Haven, à 1300 kilomètres au nord-ouest de la capitale, Iqaluit.

Avec son père adoptif, un chasseur de métier décédé il y a quelques années, la jeune Leona parcourt les plaines arides et venteuses de Yellowknife (le Nunavut n'existe pas encore). Elle chasse le caribou et pêche avec ses quatre frères et sa soeur, tous adoptés.

«On pratique encore la chasse et la pêche, ça fait partie de notre culture inuite. J'ai grandi en faisant du camping, près de la nature», a-t-elle dit quelques jours après avoir hérité du poste de ministre fédérale de la Santé. En raison de la crise, Le Devoir n'a pas été en mesure de lui parler cette semaine.

Jim Bell, qui a été son professeur à l'Arctic College d'Iqaluit, savait qu'elle irait loin. «Elle était ma meilleure étudiante. Leona étudiait en management à l'époque. Elle avait peut-être 20 ou 21 ans. Elle travaillait très fort. Elle était bien habillée, organisée et ambitieuse», a-t-il dit au Globe and Mail.

Quand elle n'est pas dans la capitale fédérale, Leona Aglukkaq vit à Iqaluit avec son mari, Robert MacNeil, un spécialiste de la santé mentale originaire du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Il y a huit mois, Leona Aglukkaq a donné naissance à Copper, un jeune garçon qu'elle amène partout avec elle.
9 commentaires
  • Daniel Beaudry - Abonné 2 mai 2009 09 h 34

    Un temps nouveau ?

    Peut-on espérer que ce genre de leader public responsable et compétent finisse par remplacer tous les autres ?

  • Diane Cadieux - Inscrite 2 mai 2009 11 h 21

    @Daniel Beaudry

    ça serait drôlement bien, un temps nouveau.

    mais j'ai bien peur que ce ne soit pas pour demain.

    ma lecture de l'actualité m'empêche sérieusement de penser que ça pourrait changer dans un avenir prochain.

  • Michel Bérubé - Inscrit 2 mai 2009 11 h 39

    Conservatrice quand même

    J'ai un certain malaise avec ce genre d'article dithyrambique. La madame, elle est membre du gouvernement de monsieur Harper ou non? Compte tenu qu'elle n'a pas l'air d'une potiche, on se doit de penser qu'elle assume les choix de ce gouvernement. J'aurais bien aimé savoir pour compléter cet article pourquoi elle y est. Ou alors me donner l'adresse d'une clinique pour me faire retirer la poignée qui m'est poussée dans le dos.

  • Dr. Dr. ULRICH - Inscrit 2 mai 2009 12 h 50

    Le fait qu'elle ne parle pas français l'empêche toutefois de mieux communiquer avec les Québécois.

    Elle n'a aucun raison pour apprendre la langue d'un province separatiste.

  • Claude Rompré - Inscrit 3 mai 2009 06 h 45

    Wow pour l'intervention precedente, c'est du grand art!

    Elle n'a pas a apprendre la langue d'une province separatiste? Serieusement!?