Mobilité de la main-d'oeuvre médicale - Les avis sont partagés au sujet des effets potentiels de l'entente France-Québec

«Les spécialités en France ne correspondent pas nécessairement toutes à ce qui se fait au Québec et en Amérique du Nord», indique le Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec.
Photo: «Les spécialités en France ne correspondent pas nécessairement toutes à ce qui se fait au Québec et en Amérique du Nord», indique le Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec.

Les discussions et les démarches se poursuivent en vue d'assurer une mobilité de la main-d'oeuvre médicale entre les différentes provinces canadiennes, d'une part, et entre le Québec et la France, d'autre part. Si plusieurs craignent les effets de l'entente Québec-Ontario sur les effectifs médicaux québécois, les avis sont davantage partagés sur les répercussions que pourrait avoir l'entente France-Québec.

Le Collège des médecins du Québec et l'Ordre national des médecins de France entendent conclure des arrangements de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles des omnipraticiens et des médecins dans 23 spécialités, d'ici 2010, dans le cadre de l'entente France-Québec signée en octobre dernier. D'autres spécialités seront peut-être incluses ultérieurement dans l'accord.

«Les spécialités en France ne correspondent pas nécessairement toutes à ce qui se fait au Québec et en Amérique du Nord. Au Québec, on a 35 spécialités. En France, ils en ont une cinquantaine», indique le Dr Yves Lamontagne, président-directeur général du Collège des médecins du Québec. La cardiologie ainsi que l'obstétrique et la gynécologie font partie des spécialités qui sont présentes de part et d'autre de l'Atlantique. Au chapitre des différences, le Dr Lamontagne signale par exemple que des médecins français se spécialisent en toxicomanie, une spécialité qu'on ne retrouve pas au Québec.

Préalablement à la conclusion d'arrangements de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles des médecins, l'Assemblée nationale française doit adopter une modification législative.

Effets potentiels

Le président-directeur général du Collège des médecins du Québec pense que davantage de Français pourraient venir s'installer au Québec, plutôt que l'inverse. «Les médecins sont mieux payés au Québec qu'en France. La bureaucratie est moins lourde au Québec qu'en France et la hiérarchie est aussi beaucoup plus souple au Québec qu'elle ne l'est en France», affirme le Dr Lamontagne.

Le président-directeur général du Collège des médecins du Québec souligne que les médecins français occupent actuellement le premier rang des médecins étrangers pratiquant la médecine au Québec et détenant un permis régulier. Environ 450 des 2112 médecins étrangers pratiquant actuellement la médecine au Québec et détenant un permis régulier sont ainsi des Français.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, voit la situation d'un autre oeil. Il affirme que les médecins français ne sont pas moins bien payés que leurs homologues québécois. Il fait aussi valoir que les hôpitaux français sont modernes et bien équipés et que les médecins québécois doivent travailler davantage que les médecins français, étant donné qu'ils sont moins nombreux. «Je pense qu'il y a certaines spécialités où le Québec pourrait être plus attirant que la France. C'est très rare, mais je pense que ça existe. Mais c'est vraiment, vraiment, vraiment une goutte d'eau dans l'océan. Je pense que, au total, le bilan va être négatif», dit-il.

Le Dr Barrette est d'avis que des médecins québécois en fin de carrière pourraient souhaiter profiter de l'entente et prendre une semi-retraite en France. Il dit douter qu'il y ait un afflux de médecins français qui se précipiteraient «pour venir pratiquer dans le Grand Nord québécois». «J'ai connu personnellement des gens qui viennent ici parce qu'ils sont attirés par les grands espaces, la forêt et ainsi de suite. Mais les médecins européens, français particulièrement, sont avant tout des médecins urbains, et il n'y a pas de postes pour ces gens-là en ville. Ce sont des postes en région», fait-il remarquer.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin, note pour sa part que les médecins de famille français ont en général une pratique fort différente de celle de leurs homologues québécois. Alors que les omnipraticiens québécois travaillent à la fois en cabinet et en établissement hospitalier, les médecins de famille français auraient en général une pratique soit strictement hospitalière, soit strictement extérieure aux hôpitaux. Le Dr Godin ne s'attend pas à ce qu'un grand nombre d'omnipraticiens français viennent au Québec. «Ce n'est vraiment qu'une impression, mais je dirais à ce stade-ci qu'on aura probablement un effet négligeable de ce côté-là.»

Gagner 174 140 $

ou 192 280 $?

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a comparé la rémunération des médecins dans 14 pays en tenant compte du pouvoir d'achat. Selon les données mentionnées dans cette étude, le revenu moyen des médecins omnipraticiens travaillant à temps plein était en 2004 de 84 000 $US en France (environ 101 580 $CAN) et de 106 000 $US au Canada (environ 128 185 $CAN). Le revenu moyen des médecins spécialistes était de 144 000 $US en France (environ 174 140 $CAN) et de 159 000 $US au Canada (environ 192 280 $CAN). Ces montants ont été ajustés pour tenir compte du pouvoir d'achat.

Le revenu des médecins québécois est toutefois inférieur à celui de leurs collègues dans d'autres provinces canadiennes. Selon des données mentionnées par l'Institut canadien d'information sur la santé, pour l'année 2006-2007, les médecins de famille canadiens ont touché en moyenne des paiements à l'acte bruts de 216 575 $, comparativement à 297 575 $ pour les spécialistes. Au Québec, ces chiffres étaient respectivement de 170 328 $ et de 211 991 $. Les données concernent les médecins ayant reçu une rémunération à l'acte d'au moins 60 000 $.

Mobilité au Canada

Le Collège des médecins du Québec et le Collège des médecins et chirurgiens de l'Ontario ont signé en avril une entente favorisant la mobilité de la main-d'oeuvre médicale entre les deux provinces. Pour donner suite à l'entente, le Collège des médecins du Québec a soumis un projet de règlement à l'étude.

Le Dr Godin, le Dr Barrette et le Dr Lamontagne croient que des médecins québécois pourraient être tentés d'aller travailler en Ontario, où la rémunération est plus élevée qu'au Québec. «Par contre, les Québécois sont très attachés à leur système de santé et je ne pense pas qu'il va y avoir une invasion massive de l'Ontario», dit le Dr Lamontagne.

L'accord Québec-Ontario découle de la volonté des gouvernements du Québec et de l'Ontario de développer un espace économique commun ainsi que de la volonté des gouvernements des différentes provinces canadiennes qui souhaitent favoriser la mobilité de la main-d'oeuvre à l'intérieur du pays et qui ont apporté, dans cette optique, des modifications à l'Accord sur le commerce intérieur.

Des discussions ont lieu actuellement en vue de la conclusion d'une entente visant à favoriser la mobilité de la main-d'oeuvre médicale dans l'ensemble du Canada. L'entente Québec-Ontario sert de canevas, indique le président-directeur général du Collège des médecins du Québec.

Le Dr Lamontagne souligne que toutes les provinces canadiennes sont aux prises avec une pénurie de médecins, à l'exception de la Colombie-Britannique. «Il faut faire attention de ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul», dit-il. Le Dr Lamontagne souligne que, pour venir travailler au Québec, les médecins doivent parler le français. «On est les plus mal payés. Et on a des contraintes qu'ils n'ont pas dans les autres provinces, comme les programmes régionaux d'effectifs médicaux et les activités médicales particulières pour les omnipraticiens. Alors, on est un peu moins attirant.»

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Collaboratrice du Devoir

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