Dossiers chauds - « La santé est un investissement et non une dépense »

La rétention des jeunes infirmières pose un problème au système de santé.
Photo: Pascal Ratthé La rétention des jeunes infirmières pose un problème au système de santé.

Négociation des prochaines conventions collectives, pénurie de main-d'oeuvre, en particulier chez les infirmières, meilleure organisation du travail et présence accrue du secteur privé. Voilà les dossiers chauds en santé, selon les syndicats.

«La convention collective arrive à échéance en 2010 et nous travaillons déjà sur un avant-projet de convention, explique Michèle Boisclair, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Il faut attendre de voir ce que notre base décidera, mais nous chercherons certainement à négocier de meilleures conditions salariales et de travail. Ces négociations seront sans doute le dossier qui nous occupera le plus dans les mois à venir.»

Mme Boisclair tient à rappeler que la dernière convention collective leur a été imposée par décret gouvernemental, ce qu'elle dénonce encore aujourd'hui. «Le gouvernement ne doit pas profiter de la crise économique pour refuser de négocier. Il est temps que Québec comprenne qu'il doit donner les meilleures conditions de travail possibles aux professionnels de la santé.»

Pénurie

La pénurie d'infirmières perdure. «Au fond, rien n'a vraiment changé», souligne Nadine Lambert, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la CSN. N'a-t-on pas augmenté le nombre d'admissions dans les collèges et les universités qui forment les infirmières? «Nous formons aujourd'hui le maximum d'infirmières qu'il nous est possible de former. Mais cela ne suffit pas, puisque les départs sont toujours plus élevés que les entrées.»

Un des facteurs qui expliquent cette situation est le vieillissement des infirmières. «Présentement, il y a dans le réseau 11 000 infirmières qui ont 55 ans ou plus et qui sont susceptibles de prendre leur retraite bientôt. Comme il n'entre dans le réseau que 3000 nouvelles infirmières par année, on se retrouve avec un manque à gagner.»

Jeunes infirmières

La rétention des jeunes infirmières pose aussi un problème, puisque plusieurs jeunes infirmières quittent le réseau, et parfois la profession, après seulement quelques années, jugeant les conditions de travail trop ardues. «Avec les heures supplémentaires obligatoires, les infirmières savent à quelle heure elles entrent à l'hôpital, mais trop souvent elles ne savent pas à quelle heure elles en sortiront.»

La précarité est aussi un irritant. «Il n'y a pas assez de postes à temps plein, déplore Michèle Boisclair. Plutôt que de créer de nouveaux postes, l'employeur comble les vides en utilisant les agences privées.» Une situation jugée frustrante par les infirmières du réseau. «Les infirmières des agences privées ne sont pas obligées de faire des heures supplémentaires, ni de travailler la nuit ou les fins de semaine. C'est irritant pour les autres infirmières», soutient Nadine Lambert. Sans compter que les postes à temps plein présentent de nets avantages. «Les postes à temps plein font augmenter l'expertise et favorisent le travail en équipe, souligne Michèle Boisclair. On y gagne en efficacité.»

De plus, les jeunes infirmières «sont trop souvent laissées à elles-mêmes, avance Michèle Boisclair. Il n'y a pas assez de soutien et d'encadrement.» Même son de cloche de la part de Nadine Lambert. «On a déjà vu de jeunes infirmières ayant 12 ou 18 mois d'expérience qui ont dû assumer la nuit la tâche d'une infirmière principale. C'est un mandat trop lourd à porter.»

Organisation du travail

Parmi les pistes de solution envisagées par les syndicats, une meilleure organisation du travail fait l'objet d'un consensus. «Il faudrait d'abord alléger les tâches des infirmières principales afin de dégager du temps pour qu'elles puissent faire du mentorat et ainsi assurer le transfert des connaissances, estime Nadine Lambert. Cela permettrait de les maintenir quelques années de plus dans le réseau, plutôt que les voir partir à la retraite. De plus, cet encadrement permettrait aussi de mieux retenir les jeunes infirmières.»

Elle croit aussi qu'on devrait recentrer le travail des infirmières vers des tâches davantage liées à leur profession. «Dans certaines situations, on demande aux infirmières de faire des tâches, comme laver une civière, qui pourraient être faites par d'autres. Plus elles passent de temps à faire ces tâches, moins elles ont de temps pour faire les autres.»

Un rehaussement du rôle de l'infirmière et une meilleure reconnaissance de son travail sont aussi souhaitables. «C'est dans les unités de pointe, comme les soins intensifs, que la pénurie d'infirmières se fait le plus sentir. C'est dans ces unités que le niveau de stress est le plus élevé, qu'il faut avoir de meilleures connaissances et que celles-ci doivent être constamment mises à jour. Pourtant, il n'y a aucune plus-value pour les infirmières qui acceptent d'y travailler.»

Présence accrue du secteur privé

Selon Michèle Boisclair, la présence accrue du secteur privé dans le domaine de la santé n'augure rien de bon. «Je ne comprends pas du tout le choix des PPP pour la construction des hôpitaux universitaires. Les PPP ne sont pas plus rentables aujourd'hui qu'avant. Je me demande ce qu'il faut dire pour le faire comprendre au gouvernement.»

Elle ne croit pas non plus à la nécessité de confier certains soins aux cliniques médicales spécialisées. «Nous avons fait beaucoup de progrès quant aux listes d'attente et je ne crois pas qu'il faille aller vers le secteur privé pour régler le problème.»

Elle avance que c'est toute l'approche du gouvernement dans le dossier de la santé qui doit être revue. «Québec doit se donner une meilleure vue d'ensemble. Présentement, il a le nez collé sur l'arbre et ne voit pas la forêt. Québec doit comprendre que la santé est un investissement et non une dépense. Un système de santé public en bon état avec des travailleurs heureux d'y travailler demeure la meilleure solution.»

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Collaborateur du Devoir

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