Ça ira mieux demain...

Le plus important secteur économique au Québec n'est ni l'agriculture, ni les nouvelles technologies, moins les mines et surtout pas la forêt. C'est, et on l'oublie souvent, le secteur de la santé. À lui seul, il impose au gouvernement du Québec une facture qui avoisine, voire dépasse, les 40 milliards. Et, année après année, les dépenses augmentent. De façon quasi exponentielle, diront même certains. En ces jours de récession économique admise, quand on insiste sur la nécessité de relancer la consommation, est-ce là une bonne nouvelle?

«Ce sont de très grosses pointures à chausser.» Ainsi répond Yves Bolduc quand on lui demande de commenter le fait qu'il a succédé à Philippe Couillard au poste de ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest. D'autant plus que, à l'occasion, il ne reprend pas la formule de son prédécesseur quand on lui demande de commenter une autre «mauvaise» nouvelle qui tombe dans le secteur. Et elles abondent.

Un jour, c'était cette semaine, Urgence-Santé connaissait des carences de fonctionnement. Auparavant, on dénonçait le fait que des médecins abandonnent encore le réseau public pour passer au secteur privé. Et, toujours, la construction du CHUM est retardée, ce centre hospitalier universitaire rattaché à l'Université de Montréal qui un jour augmente en hauteur ou qui aura aussi plus de salles d'opération, mais qui ne seront utilisées que cinq ans après une ouverture dont la date est toujours non fixée, et ainsi de suite.

Être ministre de la Santé au Québec n'est pas une job de tout repos. Interrogé une fois sur la façon de s'y prendre pour survivre dans une telle situation en faisant taire les commentaires négatifs, l'ancien ministre informait de sa formule. À toute question, peu importe laquelle, une seule réponse suffisait, disait-il. Et pour le paraphraser: «La situation est moins catastrophique que celle dont nous avons hérité. Nous agissons présentement pour l'améliorer. Et vous serez bientôt surpris par les résultats que nous allons obtenir.» Appliquée à la situation personnelle de cet ancien ministre, on sait, quand elle est utilisée, comment la formule fonctionne: d'abord médecin et administrateur, puis ministre et maintenant gestionnaire principal dans le secteur privé!

Améliorations

Aussi, le réseau de la santé connaît inévitablement des améliorations. Ainsi, que ce soit à Saint-Luc ou à Notre-Dame, un nouveau personnage est apparu dans le décor. De la famille du célèbre R2D2, il a pour nom Ulysse ou Samuel (Sam, pour ses intimes) et c'est un robot. Son travail est simple: s'il n'est pas préparateur de médicaments, il est toutefois un ouvrier efficace pour leur distribution. Et cela élimine de la nomenclature des postes à pourvoir quelques inscriptions dans un réseau où sévit un manque de ressources humaines.

Mais on ne peut pas compter sur les robots pour devenir médecins de famille, infirmiers ou infirmières, aidants naturels ou tout simplement préposés aux bénéficiaires. Du moins, pas encore, d'autant plus que, dans un hôpital, on sait que qui voit de ses yeux arriver un patient futur peut décider s'il y a ou non urgence véritable. Et même, pour ajouter au problème, la coroner Rudel-Tessier informait la semaine dernière qu'une obligation de constat visuel devrait aussi s'appliquer à ces cliniques privées qui deviennent de plus en présentes dans le paysage québécois.

Priorités

La «formule Couillard», si elle est donc valide pour son proposeur, ne s'applique toutefois pas à toutes les situations. On comprendra donc que, dans l'établissement d'un programme d'action, il faille cibler: «Mes priorités, informe donc Yves Bolduc, l'actuel ministre de la Santé, concernent l'accessibilité à différents services de soins de santé de première ligne, soit aux médecins de famille, aux salles d'urgence et à différents tests d'investigation, dont la radiologie.»

Qu'il taise le manque de médecins ou d'infirmières, cela va de soi, car que peut-on faire quand la matière première, ici les actuels étudiants dans l'une ou l'autre discipline, se révèle être, malgré diverses augmentations successives en nombre d'acceptations de candidatures, en nombre toujours insuffisant? Et l'écart salarial entre ce qui est accordé ici et ailleurs, du moins en Amérique du Nord, ne rend pas le Québec intéressant. De plus, sur la planète, du moins pour 54 pays identifiés comme prospères, le Collège des médecins établit à quatre millions le nombre des postes professionnels qui seraient actuellement à pourvoir. Qu'une aide pour le Québec vienne d'ailleurs semble donc peu probable.

En santé, donc, si difficile soit-il d'identifier la maladie, même si, après, il n'est pas plus facile d'établir le diagnostic, rien n'indique qu'en bout de course il sera possible, médicalement et financièrement, d'appliquer un traitement. Et quand tout un réseau va avec des carences connues ou prévisibles, alors on ne peut que faire selon ses ressources, sans pour autant pouvoir assurer que finalement tout va. Et ainsi croire qu'il suffit de laisser aller les choses pour que, enfin, demain, tout ira pour le mieux.

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