Lina Bonamie quitte - Après 34 ans de vie infirmière et syndicale dans le réseau...

Lina Bonamie abandonnera en juin prochain son poste à la présidence de la Fédération inter-professionnelle de la santé du Québec.
Photo: Lina Bonamie abandonnera en juin prochain son poste à la présidence de la Fédération inter-professionnelle de la santé du Québec.

Lina Bonamie quittera la profession infirmière et abandonnera son poste à la présidence de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), en juin prochain. Elle a travaillé à l'urgence et aux soins intensifs, avant de remplir deux mandats à la tête de la FIQ. Maintenant, c'est «liberté 55» pour elle, après 34 années vécues dans le réseau de la santé. Portrait syndical et diagnostic du système.

Avant que le rideau ne tombe, elle pose ce regard sur sa carrière de 17 ans à titre d'infirmière: «Ça demeure encore pour moi la plus belle profession. J'en ai tiré une grande satisfaction sur le plan professionnel mais aussi sur le plan personnel; ce contact avec l'être humain, qui peut être parfois très malheureux mais parfois très heureux, est très enrichissant.» Sur le plan syndical, elle ajoute: «Ce sont les défis à relever qui sont marquants. C'est de dire que je vais de l'avant pour que mes collègues obtiennent de meilleures conditions de travail.»

À partir de 1974 et jusqu'en 1991, elle occupe un poste d'infirmière à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont: «J'assistais à toutes les assemblées générales syndicales qu'il y avait pendant cette période; je m'exprimais à l'intérieur de celles-ci et, quand est arrivée la grève de 1989, je me suis engagée de façon plus active.» En novembre 1991, elle est dégagée de ses fonctions et entreprend sa carrière syndicale.

Une FIQ transformée

Mme Bonamie se retrouve par la suite à la barre de la FIQ, dans la foulée des lois 25 et 30 qui ont entraîné les fusions d'établissements et d'accréditations syndicales. Les infirmières auxiliaires, les inhalothérapeutes et les perfusionnistes ont joint les rangs de la FIQ à la suite de ces changements structurels: «Pour moi, le défi, c'était alors de dire qu'il y aurait vraiment un mariage des cultures entre ces professions, un mariage qui nous était imposé dans un premier temps; je m'étais engagée à ce qu'il n'y ait pas de divorce par la suite.» Elle est plutôt satisfaite du résultat obtenu: «Ce n'est pas le paradis tous les jours et, sur le terrain dans certains départements, il peut y avoir encore un peu de frictions, mais tout cela s'est réalisé plus facilement qu'on ne l'aurait cru au point de départ.»

Les membres de cette organisation syndicale sont maintenant au nombre de 57 000, alors que celle-ci regroupait quelque 45 000 infirmières avant la fusion: «Cela a causé un impact qui nous a conduits à l'embauche massive de salariés à l'interne, ce qui a provoqué un entrecroisement entre les générations baby-boomers X et Y. On a les trois chez nous et cela aussi crée une dynamique différente de celle qu'on connaissait auparavant.»

Sous un autre angle, elle considère que sa présidence a été marquée par une ouverture sur les alliances syndicales: «La mise en place du secrétariat intersyndical des services publics est, quant à moi, une grande réussite. La FIQ s'est engagée dans cette voie d'avenir et c'est là un dossier positif qui fait partie de mes succès durant la dernière année à la tête du mouvement.»

Un niveau de stress permanent

Lina Bonamie pose le constat que le virage ambulatoire, survenu autour de 1996-1997, a complètement transformé la vie professionnelle des infirmières: «Celui-ci a apporté des changements profonds au climat de travail et à nos façons de faire à l'intérieur du réseau.» Elle rappelle son expérience de travail en salle d'urgence et aux soins intensifs: «On avait, par moments, des périodes de répit. À l'intérieur de sept heures et quart de travail, je pouvais avoir une heure pendant laquelle je pouvais reprendre mon souffle; le virage a changé cela et a complètement bouleversé le travail.»

Elle dépeint la situation: «Parmi les patients qu'on me confiait, il y avait différents degrés d'intensité dans les soins à apporter: quelqu'un était sur le point d'obtenir son congé, un autre patient était en début d'investigation et une autre personne revenait de la salle d'opération. J'étais donc en présence d'une charge de travail plus équilibrée.»

L'infirmière passait du cas le plus léger jusqu'au plus lourd: «Tandis que, maintenant, il n'y a que des cas lourds, car celui qui est plus léger est traité de façon ambulatoire.» Elle fournit des exemples: «Le patient vient à l'hôpital pour passer des examens et, après cela, il retourne chez lui. Il revient pour subir sa chirurgie et, à ce moment-là, il demeure en milieu hospitalier durant une phase intensive; sinon, il est traité à domicile.» Dans les centres hospitaliers de santé, il n'y a jamais de répit.

Lourde tâche

Le fardeau de la tâche s'est encore alourdi avec la pénurie de personnel: «Le manque d'infirmières, c'est extrêmement lourd. Malheureusement, on est en train de répéter les erreurs du passé et on ne traite pas ce problème avec autant d'acharnement qu'on devrait le faire. On tarde à faire des gestes sur le terrain et on s'en tient à la bonne volonté de chacun. Du côté du ministère, on entend des propos comme ceux-ci: "C'est vrai, il y a de la pénurie et on va mettre un comité en place". Pendant ce temps, on n'investit pas les sommes nécessaires pour trouver et appliquer les bonnes solutions. On prend des moyens, mais ceux-ci sont homéopathiques.»

Elle livre ce témoignage: «Quand je retourne à Maisonneuve et que je vois mes collègues qui sont encore là mais qui sont elles aussi à la veille de prendre leur retraite, elles me disent: "Auparavant, on avait l'occasion de rire un peu et d'évacuer une partie de notre stress; maintenant, on n'a plus le temps de le faire".» En milieu hospitalier, les infirmières demeurent constamment sur un pied d'alerte, malgré l'utilisation de nouvelles technologies qui ne pèsent pas très lourd dans l'allégement des soins

à dispenser.

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Collaborateur du Devoir

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