Omnipraticiens - Le secteur privé courtise les médecins de famille

Désintérêt des étudiants pour la médecine familiale, conditions de pratique difficiles, attraction croissante exercée par le secteur privé. Voilà quelques-uns des maux qui affligent la médecine familiale. Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), presse le gouvernement du Québec de remédier à la situation.

De plus en plus de médecins quittent le réseau public pour travailler dans le secteur privé. Bien que secondaire, ce phénomène préoccupe le Dr Godin. «Il y a encore très peu de médecins qui optent pour le privé, explique-t-il. Un peu moins de 110 omnipraticiens, sur les quelque 8000 membres que compte la FMOQ, sont des non-participants à la RAMQ. Mais ce nombre est à la hausse. Depuis trois ans, on a perdu respectivement 18, 20 et 22 omnipraticiens. Seulement depuis le début de 2009, six médecins ont décidé d'exercer hors RAMQ.»

Selon le Dr Godin, divers facteurs sont à l'origine de cette désaffiliation. «Les omnipraticiens recherchent un meilleur environnement de travail, un rythme de travail moins effréné et un salaire plus élevé. Ils nous disent qu'ils recevraient deux fois moins de patients et feraient autant, sinon plus, d'argent. Cela indique que les conditions d'exercice sont très difficiles en médecine familiale.»

Baisse du nombre des admissions en résidence

Parallèlement, la relève médicale fait défaut. On observe une diminution du nombre des admissions en résidence en médecine familiale. «Il reste encore 72 postes à combler en médecine familiale, soit 19 % des postes offerts, fait observer le porte-parole de la FMOQ. Depuis trois ans, 180 postes en médecine familiale n'ont pas trouvé preneur. Cela confirme le peu d'attrait qu'exerce la profession. La pénurie de médecins de famille n'est pas sur le point de se résorber.»

Jugeant ces résultats inquiétants, le Dr Godin demande au gouvernement du Québec et aux acteurs du milieu de la santé de s'attaquer de façon urgente à ce manque d'intérêt pour la médecine familiale. «Afin de valoriser la profession, il faut agir sur trois fronts: la formation, l'organisation des services et la rémunération. C'est la seule façon de permettre à un plus grand nombre de Québécois d'avoir accès à un médecin de famille.»

La fédération doit renégocier l'an prochain son entente collective avec le gouvernement du Québec. La rémunération, l'intégration d'autres professionnels en soutien avec la pratique des médecins et le financement des cabinets privés dans le réseau public seront au coeur des négociations. «On consacre à peine 3 % du budget de la santé aux cabinets privés, honoraires professionnels inclus. Pourtant, plus de 15 millions de consultations par année sont effectuées dans ces cabinets et plus de 90 % des Québécois qui ont un médecin de famille y sont suivis. Il faudrait les soutenir davantage et instaurer des conditions de travail concurrentielles pour les médecins qui se consacrent à la prise en charge et au suivi des patients.»

Vers un système à deux vitesses ?

À défaut de s'attaquer à ce problème, le Dr Godin précise qu'un bon nombre de patients se tourneront vers le secteur privé pour accéder à des services auxquels ils n'ont pas accès actuellement. «Si nous voulons un réseau public fort, il faut lui donner les moyens de répondre à la demande. Sinon, on risque d'assister à une médecine à deux vitesses, où les personnes les plus fortunées pourront se faire soigner plus rapidement.»

Le réseau de santé public semble déjà engagé dans un processus de privatisation. L'arrêt Chaoulli, rendu en 2005 par la Cour suprême du Canada, a ouvert une brèche importante dans le système public. Depuis, les Québécois peuvent souscrire à une assurance privée pour payer les soins médicaux privés. Ce jugement inquiète-t-il le Dr Godin? «Le problème de l'accès aux services de première ligne représente la plus grande menace pour le réseau public, expose-t-il. Si on veut un système de santé public, il faut lui donner les ressources dont il a besoin.»

Enfin, devrait-on permettre aux médecins de pratiquer à la fois dans les secteurs public et privé, comme le recommande le rapport Castonguay? «Les avis sont partagés. Certains croient qu'on pourrait ainsi augmenter l'offre globale de services et, du même souffle, soulager un peu le réseau public. D'autres craignent que les listes d'attente ne s'allongent dans le système public en raison de la pénurie des effectifs. Si on emprunte cette voie, il est clair qu'il faudra encadrer la pratique. La question mérite toutefois de faire l'objet d'un débat», conclut-il.

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Collaboratrice du Devoir

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