Québec - Le ministre Bolduc donne la priorité à l'accessibilité aux soins de santé

Pour le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, les problèmes qui perdurent dans les salles d’urgence, tout comme dans le réseau de la santé dans son ensemble, pourraient se régler en bonne partie par un changement des mé
Photo: Agence Reuters Pour le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, les problèmes qui perdurent dans les salles d’urgence, tout comme dans le réseau de la santé dans son ensemble, pourraient se régler en bonne partie par un changement des mé

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, fait de l'accès aux soins de santé de première ligne sa priorité entre toutes. Il a accepté de nous dévoiler son cahier des charges actuel.

«Mes priorités concernent l'accessibilité à différents services de soins de santé de première ligne, soit aux médecins de famille, aux salles d'urgence et à différents tests d'investigation, dont la radiologie», souligne d'entrée de jeu le Dr Yves Bolduc, un médecin de famille de formation.

Justement, l'accès à un médecin de famille a beaucoup défrayé les manchettes récemment et M. Bolduc y est revenu longuement au cours de cet entretien. Il rappelle d'ailleurs la mise sur pied récente de la Table de concertation sur l'accès aux médecins de famille et aux services de première ligne, à laquelle participent l'ensemble des acteurs intéressés, dont la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la Fédération des médecins résidents du Québec (FMOQ), la Fédération médicale étudiante du Québec, le Collège des médecins du Québec, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec.

Médecin de famille

Les travaux de la première réunion de cette table ont eu lieu le 17 avril dernier. Les grands thèmes retenus sont l'aspect attrayant et la valorisation de la médecine de famille, l'organisation des soins et des ressources, les pratiques cliniques ainsi que la prestation de services.

Les trois grands objectifs poursuivis par cette table consistent à porter le nombre de groupes de médecine de famille de 180 à 300 d'ici quatre ans, à offrir l'accès à un omnipraticien au plus grand nombre de familles possible ainsi qu'à élever à environ 50 % la proportion des étudiants qui choisissent la médecine de famille plutôt qu'une spécialité, ce pourcentage étant actuellement de 45 %.

Par ailleurs, les chiffres les plus récents qu'a dévoilés la FMOQ indiquent qu'il reste 72 postes à pourvoir en médecine familiale, soit 19 % des postes offerts, et la FMOQ note au passage que, «pour une troisième année consécutive, un nombre important de places en résidence en médecine familiale demeurent vacantes».

Bien conscient des conséquences que cette réalité peut induire sur le plan des services de soins de première ligne, le ministre Bolduc estime qu'il est impératif «de valoriser la pratique de la médecine de famille sur le plan des études. Il faut qu'il y ait, lors de la formation des médecins, le plus de contacts possible avec des médecins de famille». En ce sens, le ministre précise que les doyens des facultés de médecine de la province ont été sensibilisés à cette question.

Selon lui, le fait de miser sur un meilleur accès à des médecins de famille, c'est, en quelque sorte, travailler en amont du système de santé. «Le système de santé repose beaucoup sur les soins de première ligne, ça permet d'avoir une fondation forte.»

Urgence

Le cas des salles d'urgence noircit aussi présentement le cahier des charges du ministre Bolduc. Celui-ci vient d'ailleurs de terminer une tournée qui avait pour but de faire un état des lieux. «J'ai fait une tournée des 11 urgences [à Québec, Montréal, Gatineau et dans les régions de Lanaudière et des Laurentides] qui posaient le plus de problèmes. Et ce que je constate, c'est qu'à certains endroits il y a un problème de disponibilité de lits de courte durée, alors qu'à d'autres on remarque un problème de durée moyenne du séjour des patients en hospitalisation. En d'autres mots, les patients sont hospitalisés trop longtemps. Dans d'autres cas, il y a un problème d'organisation des services cliniques.»

Les problèmes qui perdurent dans les salles d'urgence, tout comme dans le réseau de la santé dans son ensemble, pourraient se régler en bonne partie par un changement des méthodes de travail du personnel soignant et d'autres ressources humaines, souligne le ministre. «Notre objectif, c'est d'offrir des soins de santé de qualité aux patients. Et, pour ce faire, ça prend une prestation des services qui soit bien organisée. Or, quand on fait une évaluation de l'organisation du travail, on remarque qu'il y a place à de l'amélioration. On peut, par exemple, éliminer des tâches qui sont

inutiles. Il faut aussi faire en sorte que ce soient les gens sur le terrain qui prennent le plus de décisions possible quant à l'organisation du travail.»

Cela implique de négocier avec les syndicats? «Oui. Il faut toujours négocier avec les syndicats. Nous avons d'ailleurs actuellement 23 projets qui concernent l'organisation du travail et qui ont été négociés avec les syndicats qui sont nos partenaires. Vous savez, eux aussi manifestent une volonté d'améliorer l'organisation du travail.» Un cas concret? «Prenons par exemple le cas d'un bloc opératoire. On peut y revoir le processus lié au cheminement du patient, où on se rend compte qu'il y a des étapes qui peuvent être conduites différemment.»

Un bon système

Dans une perspective globale, Yves Bolduc juge que «notre système de santé se porte bien en général. Le taux de satisfaction est de 87 %. Il faut rappeler qu'il se fait 450 000 chirurgies par année, 10 000 consultations dans les urgences chaque jour et des millions de consultations auprès des médecins.» Il souligne également que 97 % des cas de cancer sont traités à l'intérieur de quatre semaines, «ce qui est la norme. Évidemment, s'il y a des urgences majeures, la personne sera traitée dans la semaine même.»

En fin d'entrevue, M. Bolduc reconnaît que le fait de remplacer le Dr Philippe Couillard, qui a laissé une forte empreinte au sein du plus gros portefeuille de l'État québécois, n'est pas une mince tâche. «Ce sont de très grosses pointures à chausser, en effet.»

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Collaborateur du Devoir

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