Séropositif condamné pour meurtre après avoir infecté des femmes - Un jugement ontarien soulève un débat sur la responsabilité des partenaires sexuels

Première condamnation pour meurtre de l'histoire de la criminalisation du VIH, l'affaire Aziga a suscité de vives réactions de la part d'intervenants et d'organismes luttant contre le VIH/sida. Craignant que la décision de la Cour de justice ontarienne ne crée un précédent qui aurait des effets dévastateurs sur la prévention du VIH, ces organismes plaident en faveur d'une réflexion collective sur la question. À qui incombe véritablement la faute?

Samedi, un jury avait déclaré Johnson Aziga coupable de deux meurtres au premier degré pour avoir infecté deux femmes auxquelles il n'avait pas révélé qu'il était séropositif. L'avocat qui le défendait a affirmé qu'il songeait sérieusement à interjeter l'appel. Selon lui, cette décision crée «un très mauvais précédent» et pourrait amener des gens à ne pas divulguer leur séropositivité à des partenaires sexuels de crainte d'être accusés.

M. Aziga a également été reconnu coupable de dix chefs d'accusation d'agression sexuelle grave et un chef de tentative d'agression sexuelle grave contre 11 autres femmes avec lesquelles il a eu des rapports sexuels non protégés. Sept de ces femmes ont été infectées par le VIH, et deux d'entre elles sont mortes d'un cancer lié au sida. Quatre autres femmes ont été déclarées séronégatives.

Un dangereux précédent

Viviane Namaste, professeure à l'Université Concordia et chef de recherche sur le VIH/sida et en santé sexuelle, trouve dangereux que le jugement de la Cour rejette toute la responsabilité sur les personnes séropositives et non pas sur les personnes impliquées. «Comme société, je pense qu'il faudrait avoir une discussion franche sur les droits et les responsabilités de tout le monde lorsqu'on a un rapport sexuel», estime-t-elle.

«En 2009, on sait qu'il y a des maladies qui courent et qu'on s'y expose. La personne qui ne prend pas de précaution ne doit pas elle-même assumer certains risques? Si elle assume ce risque, ne doit-elle pas alors porter la responsabilité autant que l'autre? Même si [l'affaire Aziga] est terrible, je me demande si ça règle vraiment le problème de punir quelqu'un devant la justice.»

La COCQ-sida, qui regroupe les organismes communautaires québécois de lutte contre le VIH/sida, est également d'avis que la criminalisation du VIH nuit aux efforts de prévention. «Lorsqu'on sait que la majorité des cas de transmission surviennent alors que les personnes infectées ignorent leur statut sérologique, l'accès au dépistage constitue une priorité en matière de prévention du VIH», a fait savoir la coalition par voie de communiqué.

La COCQ-sida s'en prend à «l'indifférence totale» des autorités responsables, soit des ministres de la Santé et de la Justice, à qui elle demande de développer des lignes directrices pour encadrer les poursuites judiciaires en matière de criminalisation du VIH.

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