Le pontage coronarien suffit

Pratiquée depuis plus de 30 ans chez les personnes souffrant d'insuffisance cardiaque, la reconstruction chirurgicale ventriculaire (RCV) serait aujourd'hui complètement dépassée, tant et si bien que le seul pontage, accompagné d'une prise de médicaments, donnerait d'aussi bons résultats. C'est ce que révèle une étude internationale intitulée Essai STICH (pour Surgical Treatment for Ischemic Heart Failure) effectuée par Robert Jones, du Duke Clinical Research Institute aux États-Unis, et présidée par le docteur Jean-Lucien Rouleau, chercheur à l'Institut de cardiologie de Montréal.

Lors d'un infarctus, le coeur se déforme et prend la forme d'un ballon. Les chercheurs étaient convaincus que la chirurgie ventriculaire, qui consiste à replier sur elle-même la partie cicatrisée du coeur endommagé pour qu'il batte de façon efficace, accompagnée de pontages et de médicaments qui aident à préserver la forme et la fonction du coeur, étaient le meilleur traitement.

«À notre grande surprise, on a appris qu'aujourd'hui, étant donné la puissance des médicaments qui empêchent la dilatation du coeur, le simple pontage s'avère aussi bon que la chirurgie ventriculaire», a souligné le chercheur qui est également doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Cette découverte amènera certes un changement de pratiques, croit Jean-Lucien Rouleau. Au cours des dix dernières années, de 3000 à 5000 RCV auraient été effectuées dans le monde.

Étude et résultats

Publiée dans le New England Journal of Medicine, l'étude du National Heart, Lung and Blood Institute a été menée auprès de 1000 patients de 23 pays industrialisés. Elle a comparé différents indicateurs (la survie, la qualité de vie, la taille du coeur, etc.) dans deux groupes. L'un était formé de patients qui avaient subi une RCV accompagnée d'un pontage et d'une médication, et l'autre, de patients qui n'avaient reçu que le pontage et la médication.

La mortalité 30 jours après la chirurgie était d'à peu près 5 %, et elle était la même dans les deux groupes. L'angine avait diminué et la qualité de vie avait augmenté. La reconstruction ventriculaire devient donc désuète. Une bonne nouvelle étant donné que cette intervention plus complexe qu'un pontage coûte 15 000 $. Moins de cette chirurgie signifie moins de gens aux soins intensifs, rappelle le Dr Rouleau.

«Ça prouve qu'une nouvelle technique peut s'avérer plus efficace et améliorer la qualité de vie d'un patient, mais tant qu'elle n'a pas été comparée, on ne peut pas prétendre qu'elle surpasse ce qui existe déjà», a fait valoir le chercheur.

Une étude similaire en cours vérifie maintenant la nécessité du pontage. La médication seule, sans pontage, pourrait-elle suffire? Réponse dans deux ans.

Une personne de 50 ans et plus sur cinq va développer une insuffisance cardiaque au cours de sa vie, homme ou femme.

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