Santé - Les super-infirmières, un espoir déçu

Il y a présentement 37 super-infirmières dans les hôpitaux et 72 sont en formation dans les universités
Photo: Agence France-Presse (photo) Il y a présentement 37 super-infirmières dans les hôpitaux et 72 sont en formation dans les universités

On avait fondé beaucoup d'espoir sur ces infirmières-praticiennes spécialisées formées pour pouvoir exécuter certaines tâches de médecins. Mais depuis 2002, à peine 37 de ces «super-infirmières» ont intégré le marché du travail. L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec s'impatiente.

Devant les problèmes d'intégration des infirmières-praticiennes spécialisées (IPS), l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) tire la sonnette d'alarme et exhorte le gouvernement à livrer son plan de match. Selon l'Ordre, cette formation de deuxième cycle en soins infirmiers n'attire pas encore assez de candidats et le financement n'est pas au rendez-vous pour accueillir les nouveaux diplômés dans le système. «Si on n'en veut pas, qu'on le dise parce qu'on ne pourra pas continuer de porter ça à bout de bras», a lancé Gyslaine Desrosiers, présidente de l'OIIQ. «C'est pourtant un virage des plus prometteurs que toutes les autres provinces ont fait. Il serait grand temps qu'on ait des indications politiques claires plutôt que de laisser ça au hasard.»

Par la loi 90, approuvée en 2002, le gouvernement avait pourtant signifié son intention d'appuyer ces infirmières qui allaient pouvoir accomplir certains actes médicaux et même prescrire certains médicaments. Des programmes ont été ouverts dans les quatre universités ayant des facultés de médecine au Québec.

En 2007, l'ex-ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait annoncé l'octroi de 115 bourses rien que pour former ces «super-infirmières» qui travailleraient en soins de première ligne. Il y en a actuellement 72 aux études. Pour former des infirmières en cardiologie, néphrologie et néonatalogie, là où des besoins avaient été exprimés, 75 bourses ont été rendues disponibles, mais à peine 21 personnes en profitent. «Des bourses d'études ne remplacent pas un plan d'effectifs», a insisté Mme Desrosiers.

Des cours vides

Les universités peinent à remplir leurs cours, surtout pour les formations en spécialité. Depuis 2002, à peine 4 étudiantes ont été formées en néphrologie à l'Université de Montréal. «Ça coûte une fortune pour les former et c'est donc très difficile de maintenir un programme ouvert», a affirmé Francine Gratton, vice-doyenne aux études supérieures et à la recherche à la faculté des sciences infirmières.

Pour le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, le manque d'espace est également un problème. «Ces IPS sont formées à l'intérieur de nos unités de médecine familiale. Encore faut-il qu'on ait une capacité d'accueil», a-t-il dit. S'il n'est pas contre le fait que des infirmières puissent acquérir cette «formation plus pointue», il invite à ne pas dévier l'attention du réel problème qui, selon lui, est le recrutement des médecins de famille.

Un financement absent

Au cabinet du ministre de la Santé, on affirme soutenir corps et âme les IPS. Pour aider à l'intégration des IPS dans un établissement, le gouvernement a réservé des montants pour payer une partie de leur salaire. Des sommes qui ne sont pas récurrentes puisque, selon lui, «c'est à l'établissement de prendre en charge les salaires si les infirmières ont des compétences plus élevées», a soutenu l'attachée de presse du ministre.

«C'est par bonté d'âme que les directeurs généraux d'hôpitaux ont ouvert et financé à même leur budget 17 postes d'IPS en cardiologie. [...] À l'Hôpital de Montréal pour enfants, les médecins se sont même cotisés pour payer les infirmières-praticiennes et garder le département de néonatalogie ouvert», a souligné pour sa part Gyslaine Desrosiers.

Elle déplore qu'au Québec, les médecins des différentes spécialités aient à faire la demande pour avoir des «super-infirmières», contrairement aux autres provinces où la décision vient «d'en haut». «On a une solution gagnante, les universités embarquent, les médecins en veulent et on n'arrive pas à accoucher. [...] On va frapper un mur.»

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