«Il n'y a pas d'affaire Couillard», dit Dupuis

Philippe Couillard
Photo: Jacques Nadeau Philippe Couillard

Le Parti québécois a voulu savoir hier du premier ministre Jean Charest pourquoi il avait toléré que Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, négocie son passage chez Persistance Capital Partners alors qu'il faisait adopter une loi au sujet des cliniques d'imagerie médicale, un secteur dans lequel oeuvre l'entreprise qui allait devenir son employeur. C'est toutefois le leader parlementaire qui a répondu, affirmant n'y voir aucun conflit d'intérêts.

Québec — Pour le gouvernement Charest, «il n'y a pas d'affaire Couillard». L'opposition péquiste, au contraire, voit un «conflit d'intérêts flagrant» dans le cas de l'ancien ministre libéral qui a signé avec Persistance Capital Partners, en mai 2008 alors qu'il était toujours en poste, un protocole d'entente pour son embauche dans cette entreprise.

C'est la péquiste Agnès Maltais qui a lancé ces accusations en chambre, hier, à la période de questions. Constatant que le gouvernement était solidaire de l'ancien ministre, elle a déclaré: «Allez-vous continuer à défendre l'indéfendable? Ça entache non seulement la crédibilité du premier ministre, mais aussi celle de tout le gouvernement.» La veille, le commissaire au lobbyisme, André Côté, avait déposé un rapport dans lequel il concluait que les nouveaux employeurs de Philippe Couillard n'avaient pas enfreint la (loi sur le lobbyisme) en discutant avec le ministre du système de santé; et même en signant un protocole d'entente fixant les conditions de cette embauche.

Si les règles du lobbyisme n'ont pas été violées, celle de l'éthique l'ont été, soutient le Parti québécois. Le Québec ne possède pas de commissaire à l'éthique, mais un jurisconsulte qui n'a pas de pouvoir d'enquête et répond à des demandes d'élus. Le premier ministre adresse toutefois aux membres du conseil exécutif une directive concernant les conflits d'intérêts, qu'il peut modifier à sa guise. Le PQ prétend que M. Couillard a violé celle adoptée le 9 septembre 2003 par Jean Charest: «Les membres du conseil exécutif doivent mettre fin, dans les plus brefs délais après leur nomination et pour toute la durée de leur mandat, aux activités de nature professionnelle, commerciale ou d'affaires qui pourraient constituer une source de conflit d'intérêts ou les empêcher de consacrer tout leur temps à leurs fonctions.»

Agnès Maltais a demandé pourquoi le premier ministre avait «toléré la situation» où M. Couillard était à la fois signataire d'un protocole chez PCP et ministre de la Santé. Elle a souligné qu'après avoir signé son protocole d'entente avec l'entreprise PCP, M. Couillard a «présenté, débattu et voté le projet de loi n° 95 qui concernait les cliniques d'imagerie médicale». Or, le groupe PCP Medisys possède 19 cliniques d'imagerie médicale dont deux au Québec, a fait remarquer la député. «Est-ce que ça veut dire que c'est bar ouvert et que tout est permis, quand on est ministre libéral, maintenant?», s'est-elle indignée.

C'est le leader parlementaire Jacques Dupuis et non le premier ministre Charest qui a répondu à la question. Il a défendu la position légaliste selon laquelle aucun «contrat formel» n'a été signé par M. Couillard avant qu'il quitte ses fonctions. Car c'est après le 25 juin, date de départ à laquelle M. Couillard a rendu son portefeuille de la Santé, que le contrat a été signé, ce qu'a confirmé hier le bureau du commissaire au lobbyisme. Il a soutenu que Mme Maltais abusait de l'immunité parlementaire et qu'elle n'oserait jamais répéter ces accusations à l'extérieure de la Chambre puisqu'elle s'exposerait à des procédures judiciaires. Il a rappelé que Mme Maltais avait déjà été «poursuivie en diffamation».

Les syndicats

Qualifiant d'«incestueuse» la relation de M. Couillard avec cette firme privée, les grandes centrales syndicales ont interpellé le premier ministre et l'actuel ministre de la Santé, Yves Bolduc, pour qu'ils annulent le règlement de la loi 33 et recommencent sur de toutes nouvelles bases pour dissiper toute ambiguïté quant à sa volonté de privatisation. Entre le mois de janvier, où M. Couillard engage des démarches pour passer au privé, et le moment de sa démission en juin, l'ancien ministre «poursuit l'élaboration du règlement de la loi 33 sur les cliniques médicales spécialisées», se sont indignés la CSN et la FTQ.

Par ailleurs, des enseignants de l'Université McGill estiment qu'il y a apparence de conflit d'intérêts dans la nomination de M. Couillard à un poste spécial dans les facultés de droit et de médecine. Dans une lettre écrite il y a deux mois dans The McGill Reporter, ils se sont inquiétés du fait que M. Couillard allait participer à l'enseignement et à la recherche sur les politiques du Québec en santé alors qu'il est employé par une firme privée. En désaccord avec ces allégations, la rectrice Heather Munroe-Blum n'a pas cru bon de rectifier le tir.

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Avec la collaboration de Robert Dutrisac

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