L'ophtalmologie restera au CHUM - Les spécialistes veulent d'autres salles d'opération

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) veut des «garanties formelles» pour que l'intégration des services d'ophtalmologie au futur méga-hôpital universitaire ne gruge pas les espaces déjà planifiés. Du même coup, la Fédération demande au gouvernement de court-circuiter le processus de consultation publique pour activer la mise en chantier du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

«Le programme fonctionnel et technique [PFT] du futur CHUM de 772 lits et 39 salles d'opération a été conçu sans l'ophtalmologie», a dit le Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ, en conférence de presse hier midi, à Montréal. La Fédération représente plus de 8000 membres de 35 disciplines, dont l'ophtalmologie. «Nous voulons un engagement clair concernant le volume de ressources physiques nécessaires pour intégrer [ce service] en sus du PFT actuel. Le ministre nous a dit qu'il allait le faire et nous voulons une prise de position publique.»

Privatisation annulée

Québec a mis fin à une entente négociée avec le Groupe santé Sedna, une entreprise privée, pour confier au CHUM les soins en ophtalmologie. Un projet semblable de clinique privée est tombé dans les Laurentides. Selon la compréhension du Dr Barette, la récente marche arrière met fin à toute création future de centres médicaux spécialisés associés (CMS-A) dans tous les secteurs de la santé, partout au Québec.

Québec nie cette lecture. «Il est toujours possible de présenter un projet de CMS-A», dit Marie-Ève Bédard, porte-parole du ministère de la Santé. Toutefois, il y a toujours deux critères qui vont prévaloir: l'accessibilité aux soins et l'égalité des coûts par rapport au réseau public.»

Justement, le Dr Barette prétend que les cliniques d'ophtalmologues proposées à Québec auraient été rentables pour l'État. Mme Bédard a répété ensuite au Devoir que la récente décision ministérielle d'intégrer au CHUM la clinique d'ophtalmologie découle d'une étude indépendante «ayant établi que les coûts seraient bien supérieurs à ceux dispensés par le public».

De même, elle refuse d'engager le ministère quant aux espaces réservés ou non aux soins ophtalmologiques. «C'est au CHUM d'indiquer quels espaces seront réservés aux différentes fonctions, dit-elle. Mais les ophtalmologistes auront l'espace nécessaire.»

Un décret?

La demande concernant la fin des consultations publiques découle du fait que la Ville de Montréal devra effectuer une seconde ronde de consultations publiques en raison des nombreux changements survenus dans le projet depuis l'adoption du règlement de zonage, en mai 2008. «Le processus de nomination du p.-d.g. de la Caisse de dépôt a été "by-passé", parce qu'il y avait urgence, dit le docteur-président. Je ne vois pas pourquoi les circonstances ne seraient pas les mêmes pour le CHUM.»

Cette fois, la porte-parole du ministère renvoie la balle à la Ville et rappelle que seule une partie du projet sera à nouveau examinée. «Le décret gouvernemental est possible, mais ce n'est pas envisagé pour l'instant, dit Mme Bédard. Disons que la porte n'est pas complètement fermée.»

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