Québec devrait réserver des places aux médecins étrangers, suggère un conseiller du ministre Bolduc

Des postes réservés aux médecins étrangers et un examen clinique plutôt qu'une entrevue de dix minutes pour tester leur compétence, voilà quelques pistes de solutions proposées par le Dr Vincent Échavé, chirurgien maintes fois primé de l'Université de Sherbrooke et président d'un groupe de travail mandaté par le ministre de la Santé pour favoriser l'intégration des médecins diplômés à l'étranger.

Même si son rapport ne sera pas prêt avant l'été, le Dr Échavé réagissait au ras-le-bol exprimé hier par la Coalition des associations de médecins diplômés à l'étranger, qui dénonce l'inaction du gouvernement dans le dossier. Le porte-parole de la Coalition, Comlan Amouzou, s'était indigné qu'en pleine de pénurie de médecins un si grand nombre de postes de résidents ont été laissés vacants dans les facultés de médecine du Québec au terme du premier tour du processus de jumelage 2009 et a exigé une commission parlementaire sur le sujet.

Lui-même médecin, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a suggéré qu'une partie de la centaine de millions octroyée au Québec pour l'intégration des immigrants par les transferts fédéraux pourrait être donnée aux facultés et servir à l'embauche de personnel qui formerait les étudiants étrangers. «C'est une question de nécessité et de justice. Ce sont des citoyens comme tout le monde», a dit M. Khadir.

Vers un examen clinique?

Se disant sensible au sort des médecins diplômés hors Canada et États-Unis (DHCEU), le Dr Échavé a reconnu qu'il est aujourd'hui beaucoup plus difficile qu'avant pour un médecin venu d'ailleurs d'exercer sa profession dans les hôpitaux québécois. «Avant, on faisait un internat rotatoire dans chacun des départements pendant un an avant d'appliquer à la résidence. Mais ça a été aboli, et le rétablir nécessiterait trop de ressources», a-t-il soutenu.

Le Dr Échavé a également pointé du doigt la difficulté pour un chef de service d'évaluer la compétence technique d'un médecin venu d'ailleurs au cours d'une entrevue de sélection qui ne dure parfois même pas 15 minutes. «On pense faire un examen qui permettra à l'évaluateur de bien mesurer la compétence clinique d'un candidat qui n'a pas fait sa formation ici», a-t-il indiqué.

Réorientation

Après cet examen, certains de ces candidats DHCEU pourront alors postuler au Service canadien de jumelage des résidents (CARMS), tandis que ceux qui n'auront pas été retenus pourront faire un stage de mise à niveau. «Les plus faibles devront être encadrés par Emploi Québec pour être réorientés professionnellement afin d'exercer un emploi dans une spécialité connexe à la médecine, comme en pharmacie, par exemple», a expliqué le Dr Échavé.

Toutefois, le chirurgien n'hésite pas à dire que certains médecins DHCEU qui ne pratiquent pas depuis plusieurs années n'intégreront jamais le système. «La médecine et les technologies se développent si rapidement, il faut être honnête, certains ne rattraperont jamais le temps perdu.»

En outre, il a suggéré que des places soient réservées aux médecins DHCEU pour ne pas qu'ils soient en concurrence avec la cohorte des étudiants qui auront fait leurs cursus au Québec.

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