Listériose: une omission suspecte

Photo prise lorsque Maple Leaf a dû fermer ses installations torontoises pour les désinfecter.
Photo: Agence Reuters Photo prise lorsque Maple Leaf a dû fermer ses installations torontoises pour les désinfecter.

Il l'ont toujours nié, mais l'Agence canadienne d'inspection des aliments et l'entreprise Maple Leaf ont bel et bien abordé les risques liés à la bactérie Listeria, et ce, deux semaines avant qu'on puisse faire officiellement le lien entre cet agent pathogène et les viandes produites à Toronto. L'éclosion ayant pris naissance dans une usine du géant de l'alimentation industrielle avait provoqué la mort de 20 personnes l'été dernier.

Ottawa — La Presse canadienne a appris que contrairement à ce qui avait été affirmé, des fonctionnaires fédéraux ont discuté de la bactérie Listeria avec les aliments Maple Leaf bien avant le point culminant de l'éclosion mortelle de l'été dernier.

Les notes manuscrites d'une réunion tenue le 24 juillet 2008 révèlent que des représentants de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) et de Maple Leaf ont discuté de «sécurité alimentaire en relation avec la Listeria». C'était environ deux semaines avant que des tests ne permettent de relier l'éclosion de listériose aux viandes froides produites à Toronto par la compagnie.

Les deux parties avaient auparavant nié que le sujet de la Listeria ait été abordé au cours de cette rencontre. Elles soutenaient que le premier vice-président de l'Agence, Brian Evans, et Rory McAlpine, cadre de Maple Leaf, n'avaient parlé que de la production porcine de l'entreprise et de questions commerciales.

Cependant, les notes de la réunion de juillet, obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, indiquent que MM. Evans et McAlpine ont bien discuté de porc et de produits porcins, mais également de sécurité alimentaire en lien avec la Listeria. D'autres informations ont été masquées sur les documents divulgués par l'ACIA.

Un porte-parole de l'Agence, Tim O'Connor, a assuré que la discussion du 24 juillet n'avait rien à voir avec l'éclosion de listériose au pays, mais qu'elle portait sur des questions commerciales. Le sujet de la Listeria a été abordé sous l'angle des changements des normes canadiennes ayant un impact sur les importations, a-t-il expliqué, refusant d'en dire davantage.

M. McAlpine a affirmé mardi que lui-même et M. Evans ont parlé des normes et des tests en vigueur aux États-Unis qui ont un impact sur les exportations de l'entreprise. Il a été question des normes microbiologiques en matière de sécurité alimentaire aux États-Unis, a-t-il précisé. «Si je me rappelle, la discussion a abordé toutes sortes d'agents pathogènes: E. coli, salmonelle, Listeria. Les inspections des produits de viande portent sur plusieurs agents pathogènes.»

L'Agence et la compagnie Maple Leaf soutiennent maintenant avoir d'abord nié toute discussion sur la Listeria à la réunion de juillet parce que ce sujet n'avait pas été traité dans le contexte de l'éclosion de listeriose au Canada; à l'époque, l'éclosion restait encore à confirmer par des tests en

laboratoire.

Au bureau du ministre de l'Agriculture, Gerry Ritz, responsable de l'Agence d'inspection des aliments, on s'est refusé à tout commentaire.

La bactérie Listeria, décelée en août dernier dans des produits de viande provenant d'une usine de Maple Leaf à Toronto, a causé la mort d'une vingtaine de personnes au Canada, dont une au Québec. Cet agent pathogène provoque un empoisonnement alimentaire et peut parfois entraîner des complications graves chez les personnes les plus à risque.

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