Castonguay change son fusil d'épaule

Il y a un an, Claude Castonguay proposait de récupérer entre 0,5 et 1 % de la TVQ pour financer le réseau de santé en plus d’imposer une franchise aux usagers.
Photo: Jacques Nadeau Il y a un an, Claude Castonguay proposait de récupérer entre 0,5 et 1 % de la TVQ pour financer le réseau de santé en plus d’imposer une franchise aux usagers.

Québec — L'ex-ministre Claude Castonguay change son fusil d'épaule un an jour pour jour après avoir recommandé de mettre fin à la gratuité dans le réseau de la santé.

Compte tenu de la situation économique difficile, il ne convient pas d'accroître le fardeau des citoyens, a dit M. Castonguay, en conférence de presse hier à Québec à l'occasion de la présentation d'un rapport sur l'implantation de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux.

«Ce n'est pas le moment d'imposer de nouvelles charges par la fiscalité ou par des moyens de cette nature aux personnes de façon générale. Au contraire, un peu partout, on essaie même de réduire les impôts ou de donner des exemptions d'impôt pour stimuler la consommation», a expliqué l'ancien ministre de la Santé.

Par conséquent, le contexte «n'est pas très bon pour introduire une mesure nouvelle de la nature de celle que nous recommandions dans notre rapport», a poursuivi M. Castonguay.

En février 2008, le groupe de travail sur le financement de la santé, présidé par M. Castonguay, proposait de récupérer entre 0,5 et 1 % de la TVQ pour accroître les ressources du réseau de la santé en plus d'imposer une franchise aux usagers.

Ces deux avenues, perçues à l'époque comme un «électrochoc pour le système public», avaient été promptement rejetées par le ministre de la Santé, Philippe Couillard.

Au moment où le Québec s'engage dans une récession «inquiétante», il vaut mieux ne pas soulever à nouveau ce débat, conclut aujourd'hui l'auteur des recommandations. «Je pense bien que ne n'est pas le moment», a laissé tomber M. Castonguay.

Néanmoins, en dépit de la crise, le «père de l'assurance maladie» n'est pas pour autant en faveur d'un gel des tarifs tous azimuts, comme le suggère le Parti québécois.

«Un gel total des tarifs serait contre-indiqué. Il y a des types de tarifs qui doivent connaître une évolution régulière, je crois. Il y a des mécanismes pour apporter ces changements de la façon la plus correcte possible», a-t-il fait valoir.

Parmi les frais pouvant être revus à la hausse, Claude Castonguay cite les tarifs de l'assurance automobile et de l'électricité, mais aussi ceux de l'assurance médicaments ou du transport en ambulance. «La grande partie des travailleurs vont conserver leur emploi et ils pourront faire face aux augmentations parce que la récession freine, pour l'instant, l'inflation», a-t-il analysé.

M. Castonguay rencontrait la presse hier pour présenter son rapport sur l'implantation de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux, un mandat que lui avait confié le ministre Couillard il y a un an.

Fruit de la fusion du Conseil du médicament et de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, le nouvel organisme aura en outre pour tâche de jauger la performance clinique des établissements de santé. Il aura également pour mandat d'évaluer les nouvelles technologies, y compris les médicaments et les modes d'intervention.

L'objectif de l'Institut est de s'assurer que les soins prodigués dans le réseau québécois de la santé demeurent à niveau. «Si on évalue la performance clinique et qu'il ressort que certains hôpitaux ont une performance sous standard, on saura alors où il faut mettre l'accent. Présentement, il n'y a pas d'évaluation sur ce plan», a souligné M. Castonguay.

Aux États-Unis, des études effectuées dans les années 1990 ont révélé que 30 à 40 % des patients recevaient des soins non conformes aux données probantes en vigueur.

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