Le gouvernement doit renoncer à privatiser les soins ophtalmologiques, croit le PQ

Québec — Maintenant qu'il est établi que le secteur privé coûte plus cher que le réseau public pour les opérations de la cataracte, le gouvernement Charest doit abandonner ses projets d'une clinique spécialisée en ophtalmologie dans la région des Laurentides et d'une autre qui prendrait à sa charge les chirurgies oculaires du Centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal (CHUM).

C'est l'avis du Parti québécois, que partagent tant la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) que la Coalition Solidarité Santé. Dans son édition d'hier, Le Devoir révélait que les hôpitaux du réseau public de santé étaient en mesure d'effectuer des chirurgies de la cataracte pour deux fois moins cher que le secteur privé. Alors qu'il en coûte 450 $ en moyenne dans les hôpitaux de Montréal et 425 $ à Québec pour une opération de la cataracte, l'hôpital de Saint-Jérôme verse 1000 $ à la clinique privée Iris, de Laval, pour faire la même chirurgie en vertu d'un contrat de service. Depuis juillet dernier, plus de 500 patients de cet hôpital ont été dirigés vers cette clinique privée.

«La preuve est faite que, pour les chirurgies de la cataracte, le public s'en sort mieux que le privé», a fait valoir le député de Marie-Victorin et porte-parole péquiste en matière de santé, Bernard Drainville.

Le gouvernement doit renoncer au projet de centre médical spécialisé (CMS) associé des Laurentides qui se spécialiserait en ophtalmologie, juge M. Drainville. Il vaut mieux investir dans les activités de chirurgie de l'hôpital de Saint-Jérôme, comme l'avait d'ailleurs promis le gouvernement Charest à la fin de 2007, estime le député. Le gouvernement doit également renoncer au projet du groupe Sedna, présidé par l'ancien ministre péquiste Michel Clair. Ce projet vise la création d'une clinique privée qui se chargerait des 4000 opérations de la cataracte et des autres chirurgies oculaires effectuées chaque année au CHUM, tout comme de l'enseignement et de la recherche en ophtalmologie.

Pour la présidente de la FIQ, Lina Bonamie, la population «se fait littéralement voler». La chef syndicale a dénoncé le fait que ni le gouvernement ni les cliniques n'acceptent de dévoiler les coûts réels des ententes qui les lient, sous prétexte de confidentialité.

Selon Mme Bonamie, c'est parce que l'hôpital de Saint-Jérôme n'a pas réorganisé ses activités de chirurgie de la cataracte, comme l'a fait l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, par exemple, qu'il est aux prises avec de longues listes d'attente.

Pour le député de La Peltrie et porte-parole adéquiste en matière de santé, Éric Caire, le fait qu'un hôpital paie le double du coût pour une opération qu'elle confie à une clinique privée trahit «une erreur de gestion». En vertu d'une entente avec l'hôpital, la clinique privée jouit d'une forme de monopole normé par l'État, juge-t-il. «C'est clair qu'on ne va pas chercher le meilleur du privé.» L'Action démocratique du Québec préconise l'implantation de cliniques «privées-privées», a-t-il rappelé, où le client paie la note. «L'idée du privé, c'est la concurrence. Là [avec la clinique Iris], c'est un sous-contractant qui est tout seul dans son secteur et qui est normé par le public», a déploré Éric Caire.

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