Santé mentale - Les syndicats ne croient pas pouvoir appliquer le plan de Québec à temps

Après que des organismes travaillant dans le milieu de la santé mentale eurent dénoncé l'absence d'une «première ligne» de soins, insatisfaits, les syndicats en remettent. L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS) et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ont perdu confiance en l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal, qu'elles ne croient pas capable d'appliquer le plan quinquennal en santé mentale du ministère de la Santé, qui arrivera à terme en 2010. «On n'est pas en désaccord avec ce plan, mais on ne pense pas que c'est réaliste de l'appliquer dans les délais», a déclaré la vice-présidente de l'APTS, Maria Piazza.

Sur l'île, le plan d'action ministériel comprend notamment le transfert de quelque 460 employés travaillant actuellement dans les hôpitaux psychiatriques, ou ceux qui comprennent une telle unité de soins, vers les Centres de santé et de services sociaux (CSSS) pour offrir des soins dits de première ligne parce que plus accessibles à la communauté.

Craignant toutefois que cela ne laisse à découvert les hôpitaux, ce nombre a été réduit à 60 personnes, ou l'équivalent à temps plein. Afin de pallier cette réduction draconienne, l'Agence a convenu avec les directions des établissements le transfert des sommes qui serviront pour l'embauche des quelque 400 personnes manquantes. D'ici janvier 2009, 270 postes seront remplis, ce qui représentera dans les faits le fonctionnement de neuf équipes de «première ligne» sur 12, assure l'Agence.

Un tout autre terrain

Très au fait du dossier du plan ministériel, Daniel Gilbert, vice-président de la FIQ, ne fait pas du tout la même lecture sur le terrain. «On attend toujours. Si une soixantaine de personnes ont été identifiées comme allant être transférées, ce n'est pas ce qui se passe en réalité», a-t-il dit.

Sur la question des embauches, M. Gilbert demeure dubitatif. «Les postes ont été affichés dans les CSSS, mais ils n'ont pas été pourvus. Encore là, pourvoir des postes, c'est une chose. Mais il faut que les gens soient habilités à donner ces soins particuliers.»

À l'Institut Douglas, on assure que le transfert du personnel ainsi que de la clientèle se fera graduellement pour se terminer à l'été 2009. «Notre comité de vigilance étudie tous les scénarios possibles pour s'assurer que nos patients ne souffriront pas de cette situation», a précisé Jean-Bernard Trudeau, médecin responsable du plan à l'Institut Douglas. Même son de cloche à l'hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine, qui a déjà déterminé quel personnel serait transféré mais qui n'a pas encore commencé l'opération. Le CSSS de la Pointe-de-l'Île, situé sur son territoire, n'a pas encore complété l'embauche des quatre personnes qui vont constituer «le guichet d'accès». Il restera 45 postes à pourvoir pour consolider les équipes de première ligne au cours de l'année 2009.

Même si elle se dit d'accord sur le fond avec le plan, la direction de l'hôpital Sacré-Coeur n'entend pas effectuer de transferts de ressources et est en pourparlers avec le ministère. «On nous demande de prendre plus de 40 % des ressources à Sacré-Coeur et de les transférer au CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent. Mais je crains qu'on ne menace le bon fonctionnement d'un département qui a su tirer son épingle du jeu», a soutenu Paul-André Lafleur, chef du département de psychiatrie. «On est loin d'être un hôpital avec le plus gros budget et on est l'un des deux plus importants hôpitaux pour l'enseignement», a-t-il ajouté.

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