Rupture prévisible des soins en obstétrique au Canada

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) s'inquiètent pour les futures mamans: il n'y aura bientôt plus assez de gynécologues-obstétriciens pour couvrir les 350 hôpitaux canadiens dans les cas d'urgence en maternité. Décriant une situation de pénurie intenable partout au Canada, la SOGC a dévoilé hier les résultats d'une étude financée par Santé Canada qui conclut que «les prestations des services obstétricaux est à un point de rupture au Canada». Selon le Dr Scott Farrell, président de la SOGC, les accouchements d'urgence qui ne peuvent être pris en charge que par des obstétriciens-gynécologues sont de plus en plus nombreux en raison des grossesses tardives et des problèmes liés à l'embonpoint dont souffrent plusieurs mamans.

À l'heure actuelle, seulement 1370 obstétriciens offriraient des soins prénataux et postnataux, un nombre qui diminuera de plus du tiers au cours des cinq prochaines années. «Il va manquer plus de 500 gynécologues. Et ça, c'est en se basant sur des calculs qui supposent un taux de croissance très bas de la natalité. Mais, en réalité, c'est beaucoup plus», a affirmé le Dr André Lalonde, un médecin obstétricien qui a oeuvré pendant plus de 15 ans à l'Hôpital LaSalle et qui travaille maintenant pour la SOGC.

«On commence déjà à étirer l'élastique. Dans certains régions du Québec et de l'Ontario, on ferme les maternités des hôpitaux la fin de semaine. On dépend complètement des médecins dépanneurs. Si on ne les avait pas, il y aurait une demi-douzaine de maternités d'hôpitaux du Québec qui seraient obligés de fermer chaque fin de semaine», a-t-il souligné.

Selon l'étude, les obstétriciens-gynécologues seraient aux prises avec un nombre de cas écrasant d'accouchements supplémentaires, soit de 200 à 300 par année, et seraient de garde en moyenne 200 heures par mois. «Un médecin s'est interrogé sur le fait qu'on ne permette pas à des pilotes d'avion de voler un certain nombre d'heures par jour ou par semaine sous prétexte que c'est dangereux. Alors, comment dire à un médecin de travailler encore plus d'heures? Il y a un non-sens», a soutenu le Dr Lalonde.

Moins de sacrifices

La crainte de cette pénurie anticipée vient du fait que les résidents et les nouveaux diplômés affirment désormais qu'ils ne sont pas prêts à sacrifier leur vie familiale et à travailler de longues heures. «Les gynécologues trouvent que c'est dangereux de travailler des centaines d'heures par mois. Ils craignent pour leur famille et pour leur santé. Ils ne veulent pas de burnout», a indiqué le Dr Lalonde. «Et la nouvelle génération comprend 85 % de femmes. Elle travaillent aussi fort que les hommes, mais c'est elles qui vont vivre les grossesses. La plupart vont vouloir travailler à temps partiel ou en groupe.» Étude en main, le Dr Lalonde compte faire le tour des gouvernement provinciaux pour les sensibiliser à la situation. «Il faut que ce soit mis à leur programme, car ce sont eux qui contrôlent le paiement et le nombre de résidents dans les universités. Mais, pour ça, il faudra aussi augmenter les ressources», a-t-il noté. Selon le Dr Lalonde, pour que la crise commence à se résorber, il faudrait annuellement, au Canada, de 30 à 40 gyncologues-obstétriciens de plus que les 90 qui sortent de l'école actuellement.

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