Le nombre de césariennes et de bébés prématurés est en hausse au pays

Au Canada, le quart des naissances survenues à l’hôpital en 2004-05 ont nécessité une césarienne.
Photo: Agence Reuters Au Canada, le quart des naissances survenues à l’hôpital en 2004-05 ont nécessité une césarienne.

À quelques exceptions près, mamans et bébés se portent plutôt bien. Publié hier, le nouveau rapport sur la santé périnatale du Système canadien de surveillance périnatale de Santé Canada a révélé les tendances et les différences observées entre les provinces et territoires pour 29 indicateurs concernant la maternité et les nouveau-nés sur dix ans (1995-2005). Conclusions? Moins de mortalités maternelle et infantile, mais plus de césariennes et de naissances prématurées au Canada.

Ainsi, selon les statistiques utilisées par l'Agence canadienne de santé publique — basées notamment sur les données de l'état civil, celles des hôpitaux et de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada —, le quart des naissances survenues à l'hôpital en 2004-05 ont nécessié une césarienne, contre 17 % dix ans plus tôt. En revanche, à 22 %, le taux de césariennes chez les Québécoises est légèrement moins élevé.

Selon Catherine McCourt, médecin analyste à l'Agence, l'augmentation du nombre de césariennes au Canada pourrait s'expliquer par l'âge plus avancé des femmes qui accouchent et par le fait que c'est pour donner naissance à un premier enfant, une situation qui est plus susceptible de nécessiter une césarienne. «L'obésité est aussi un important facteur, même s'il n'est pas nécessairement reflété dans les données que nous avons», a-t-elle souligné.

Les changements apportés aux pratiques médicales pourraient également être à la source de cette augmentation, notamment l'utilisation accrue de la surveillance électronique du foetus et le recours à la césarienne pour les présentations par le siège. «Il y a aussi le fait que certaines femmes vont demander elles-mêmes la césarienne. C'est une tendance, mais qu'il est impossible de quantifier dans cette enquête», a pour sa part précisé Juan Andrés León, également médecin à l'Agence canadienne de santé publique.

Le taux national d'épisiotomies — l'ouverture vaginale destinée à faciliter la sortie du bébé — a quant à lui énormément diminué au Canada au cours des dix dernières années. En 1995-96, 31 épisiotomies ont été effectuées pour 100 accouchements survenus dans un hôpital, comparativement à 20,4 en 2004-2005, ce qui correspond à une baisse de 34 %. Le Québec se distingue par son taux plus élevé que la moyenne canadienne, soit 24,8 épisiotomies pour 100 accouchements. Selon l'Agence, le taux d'épisiotomie est probablement plus faible parce que les médecins souscrivent aux recommandations d'organisations telles que l'OMS qui proscrivent désormais le recours systématique à cette intervention.

«Il est important de comprendre que, concernant les différences dans le secteur des services de santé, la variation peut dépendre du nombre d'enfants par femmes, de leur âge et du taux d'obésité de la population. Elle peut aussi être due à des différentes au niveau des pratiques cliniques et à la façon dont les hôpitaux rapportent et encodent les accouchements», a tenu à préciser la Dre McCourt.

Bébés prématurés et mini baby-boom

L'enquête signale également que les bébés prématurés seraient légèrement plus nombreux: 8,2 sur 100 naissances vivantes en 2004 contre 7 dix ans plus tôt. Encore une fois, l'âge tardif du premier enfant est mis en cause de même que le nombre accru de jumeaux et de triplés: on constate une hausse de 1 % des naissances multiples par rapport à 1995. Le Canada affiche le taux de mortalité maternelle (nombre de femmes qui meurent durant ou peu après la grossesse) parmi les plus bas du monde et le taux de mortalité infantile continue de décroître.

Des bonnes nouvelles qui s'ajoutent à celle du petit baby-boom que vit actuellement le Québec. Selon les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), les naissances n'ont cessé de progresser dans la Belle Province, alors que 65 750 naissances ont été enregistrées au cours des neuf premiers mois de l'années comparativement à 56 350 pour la même période l'an dernier. Si la tendance se maintient, l'ISQ prédit que les nouveau-nés québécois seront plus nombreux en 2008 que les 84 350 répertoriés en 2007.

Les mamans se portent... et se comportent bien

La Dre Catherine McCourt s'est réjouie du fait que les mères prennent davantage — et mieux! — soin d'elles et de leur bébé. Ainsi, le rapport dénote qu'un nombre croissant (87 %) de Canadiennes choisissent d'allaiter leur nourrisson dès la naissance. Les Québécoises, elles, sont moins nombreuses (82 %), «mais font mieux que beaucoup de femmes dans d'autres provinces», a rappelé la Dre McCourt.

«En général, si les mères allaitent plus, c'est grâce à leur niveau d'éducation toujours plus élevé. Mais c'est aussi parce que les professionnels de la santé ont multiplié les recommandations en ce sens», a souligné la Dre McCourt. Par contre, toujours en 2005, seulement 16 % des mères canadiennes ont dit avoir nourri leur bébé exclusivement au sein jusqu'à six mois.

Autre bonne raison d'applaudir, selon la Dre McCourt, les mères fument moins durant leur grossesse. En cinq ans, de 2000 à 2005, la proportion des femmes enceintes qui fumaient la cigarette est passée de 18 % à 13 %, ce qui constitue une baisse de 5 %. Elles seraient aussi légèrement moins nombreuses à boire de l'alcool: 12 % en 2000 contre 11 % en 2005, ce qui signifie que seulement 1 % des femmes qui étaient enceintes au cours de ces cinq années ont déclaré avoir bu plus d'une fois par semaine durant leur grossesse. Seule exception? Le Québec, où près de 18 % des femmes ont admis avoir consommé de l'alcool alors qu'elles portaient un enfant, le plus haut taux au Canada. Le prochain rapport du Système canadien de surveillance périnatale sera publié en mars 2009.

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