Violence contre les femmes - Les ressources continuent d'être insuffisantes

Près de 8000 femmes victimes de violence et leurs 5400 enfants ont trouvé refuge dans la centaine de maisons d'hébergement du Québec au cours de l'année qui vient de s'écouler. Cependant, sur les 87 000 appels reçus, la Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec (FRHFVD) a dû refuser l'assistance immédiate à 10 000 de ces demandes, faute de ressources. En ces Journées d'action contre la violence faite aux femmes, les deux regroupements de maisons d'hébergement de la province estiment qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire pour assurer la sécurité de toutes.

Les taux d'occupation sont de 86 % et 72 % respectivement dans les 41 maisons de la fédération et dans les 49 maisons du Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. Souvent, comme le soulignent les deux organismes, les chambres sont toutes occupées. Les femmes en danger ne sont pas abandonnées à leur sort, assure la directrice de la Fédération, Manon Monastesse: «Oui, nous avons dû refuser 10 000 demandes immédiates, mais on tente de les rediriger là où les ressources existent. Si la femme est en danger, dans le pire des cas, on va la coucher sur le sofa d'une maison qui serait pleine cette nuit-là.»

Selon la plus récente enquête de Statistique Canada, en 2006, plus de 38 000 affaires de violence conjugale ont été signalées à la police au pays, un chiffre en hausse constante. Les signalements sont plus fréquents au Québec et au Nunavut. Louise Riendeau, coordonnatrice au Regroupement, doute que la violence soit plus répandue qu'avant. Au contraire, elle voit les dénonciations en hausse comme «un succès», le bris de l'omertà. «Pour ce qui est du nombre réel de victimes, on l'ignore», ajoute-t-elle.

Les femmes hébergées par les maisons du Regroupement fuient la violence physique dans 41 % des cas, alors que la violence psychologique est en cause dans plus de 3 cas sur 10. Le soutien externe offert en plus de l'hébergement connaît une forte popularité: 37 500 appels ont été reçus au Regroupement et 87 000 à la Fédération (dont ceux s'étant soldés par un hébergement). Louise Riendeau confie recevoir beaucoup d'appels de proches, qui, «découragés, se demandent comment ils peuvent aider une femme de leur entourage». Comme l'expriment les cartes postales de leur nouvelle campagne de sensibilisation lancée hier, il y a une série de signes à surveiller. «On peut avoir des soupçons si elle est de plus en plus isolée, dit Louise Riendeau. Par exemple, quand elle vient chez vous, son conjoint l'appelle dix fois et elle ne parle pas de ce qui se passe à la maison... Surtout, il faut rester en contact même si le conjoint essaie de l'isoler.»

Manon Monastesse, qui représente des maisons qui accueillent tant les femmes violentées qu'itinérantes, toxicomanes ou aux prises avec une maladie mentale, s'inquiète de son côté pour le sort des femmes immigrantes, autochtones et handicapées: «On ne les rejoint pas, c'est grave. Il faut développer des services pour elles. Il reste beaucoup à faire.»

Les Journées d'action contre la violence faite aux femmes se déroulent du 25 novembre au 6 décembre.

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