Jeunes en difficulté - De la dépendance à l'espoir en trois mois

Quinze, seize ans, parfois même douze, et déjà un diagnostique de maladie mentale: dépression, schizophrénie, personnalité limite, anorexie... S'ajoute la dépendance à une, voire deux drogues, ou à l'alcool. La justice ou les centres jeunesse les ont vu défiler, la violence et la négligence les ont trop souvent marqués au fer rouge.

Malgré un portrait aussi lourd, la réadaptation et la désintoxication donnent des résultats importants en environ trois mois, selon une récente étude. Un espoir pour son auteure, Karine Bertrand, qui a dévoilé les données non publiées à ce jour lors du colloque conjoint de l'Association des centres jeunesse du Québec (ACJQ) et des Centres de réadaptation en dépendance du Québec (ACRDQ).

«La fausse perception voulant qu'"il n'y a rien à faire avec ce jeune-là, il n'est pas motivé" était bien présente, et les résultats montrent que c'est une fausse prémisse», dit la professeure associée à l'Université de Sherbrooke Karine Bertrand. Elle et son équipe ont suivi 199 jeunes combinant un problème de toxicomanie et de santé mentale. Elles les ont évalués à leur admission en centre de réadaptation en dépendance (soit à l'interne ou à l'externe), ainsi que trois, et six mois après. En plus des données quantitatives sur leur état, elles ont interrogé plusieurs d'entre eux.

La chercheuse et psychologue a «découvert que, même si au départ, ça ne fait pas tellement leur affaire, on arrive à travailler leur motivation. Quand ils voient qu'il y a de l'espoir, ils se mobilisent». Après trois mois, le problème de dépendance de ces jeunes avait connu une amélioration marquée, aussi significative que les jeunes exempts de maladie mentale. Le progrès s'est poursuivi, quoique dans une moindre mesure, les trois mois suivants. En plus, le service offert par les centres de réadaptation en dépendance a appliqué un baume sur la détresse psychologique des parents.

«Ceux qui persistent dans le service plus de six mois sont ceux qui avaient les problèmes les plus lourds au départ, explique sa collègue Natacha Brunelle, mais plus ils persistent, plus on voit une baisse importante de leurs problèmes de drogue.»

La clientèle qui cogne aux portes des centres de réadaptation doit chercher de l'aide sur une base volontaire après l'âge de 14 ans. Les jeunes cas pèsent lourd. La moitié ont déjà été signalés à la DPJ. Un jeune sur trois a vécu la violence physique. Le tiers des filles a été abusé sexuellement.

Les chercheuses accordent une grande importance à la famille dans le processus. La moitié des jeunes rencontrés pointent des problèmes de consommation dans la famille, et le quart, de maladie mentale. C'est pourquoi «il faut également fournir aux parents des services qui leur permettent de reprendre leur jeune, dit Mme Brunelle, ça va des deux côtés».

Au Québec, selon les plus récentes données, 6,5 % des jeunes de 12 à 17 ans qui fréquentent l'école souffrent d'une grave dépendance, alors que 7 % consomment assez pour soulever des inquiétudes à leur sujet. Mmes Brunelle et Bertrand affirment qu'«on manque de ressources. Avec ces résultats encourageants, on voit qu'on peut, et qu'il faut, se mobiliser comme société, parce que ça marche».