Placer un bébé en incubateur le protège contre la dépression à l'âge adulte, selon une étude

L’incubateur procurerait un environnement contrôlé, où température, lumière et oxygène maximisent le développement du cerveau.
Photo: Agence Reuters L’incubateur procurerait un environnement contrôlé, où température, lumière et oxygène maximisent le développement du cerveau.

Prématurité, césarienne, petit poids, forceps... Les bébés placés en incubateur à la naissance sont frappés un peu plus difficilement par la vie que les autres d'emblée. Comme si cela ne suffisait pas, les premiers jours, une frontière transparente sépare la mère du nouveau-né. Les chercheurs croyaient que ce stress supplémentaire allait faire bondir le danger pour ces enfants de souffrir de dépression à l'âge adulte. Surprise: l'incubateur diminue plutôt de deux fois les risques de dépression avant 21 ans.

Voilà l'étonnante conclusion qu'une équipe montréalaise publie dans le dernier numéro de la revue Psychiatric Research. «Chez les mammifères, la séparation de l'enfant et de la mère à la naissance a toujours été considérée comme un facteur de stress majeur pouvant être à l'origine de problèmes de comportement à l'âge adulte», affirme Richard Tremblay, professeur à l'Université de Montréal et directeur du Groupe de recherche sur l'inadaptation sociale chez l'enfant à Sainte-Justine. «Nous sommes partis de l'hypothèse que la séparation de la mère et de l'enfant au moment où ce dernier était placé en incubateur pouvait aggraver une dépression à l'adolescence ou à l'âge adulte.»

Hypothèse vérifiée pour la première fois

On vérifiait cette hypothèse pour la première fois. Aussi, les scientifiques se sont penchés sur le cas de 1212 enfants suivis depuis 1986, alors qu'ils avaient six ans. Le sixième de ces bambins, soit 201 d'entre eux, avait été placé en incubateur à la naissance, que ce soit pour cause de prématurité (38 %) ou de césarienne (48 %). À 21 ans, onze d'entre eux avaient souffert de dépression majeure (5,4 %), alors que plus de 9 % de ceux n'étant pas passés par l'incubateur en avait été atteints. Une détresse psychologique doublée, et ce, même après avoir corrigé les données pour les antécédents de dépression chez la mère ou les différences socio-économiques.

À quinze ans, l'incubateur n'avait préservé que les filles contre la dépression, mais les chercheurs stipulent que c'est probablement parce qu'à cet âge, cette maladie est plus fréquente chez elles que chez les garçons.

Mais qu'est-ce qui les a protégés exactement? Première hypothèse: l'incubateur procure un environnement contrôlé, où température, lumière et oxygène maximisent le développement du cerveau. Mais «les soins en incubateur ne sont pas l'unique facteur ayant protégé les participants d'une dépression future», précise l'auteur principal, David Gourion, qui travaille désormais à l'Hôpital Sainte-Anne à Paris. En effet, indirectement, il se peut que la mère, voyant son enfant si vulnérable, ait accordé encore plus de soins pendant l'enfance.

Dans leur article, les chercheurs mentionnent que certains facteurs dont ils n'ont pas tenu compte pourraient limiter la validité leurs résultats. Le stress de la mère avant et après l'accouchement ou un traitement médicamenteux chez le bébé n'ont pas été compilés. Des recherches précédentes avaient montré que l'incubateur augmente le stress tant chez le nouveau-né que chez la mère. Aussi, les bébés en incubateurs sont plus souvent nourris au biberon qu'au sein. Mais ces facteurs sont plus connus pour augmenter la prévalence de troubles émotionnels plus tard dans la vie que pour les diminuer. Aussi, alors que les enfants étant passés par les incubateurs traînent un cocktail de facteurs de risque pour la dépression, les voilà étonnamment protégés.