Institut national de santé publique du Québec - Le Santéscope, un outil qui en dit long

La santé générale des Québécois commence à bénéficier de la baisse du tabagisme.
Photo: Agence Reuters La santé générale des Québécois commence à bénéficier de la baisse du tabagisme.

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a mis en ligne il y a quelques années un outil fort utile et, disons-le, agréable à consulter pour qui s'intéresse à l'état de santé des Québécois. C'est-à-dire? Santéscope. Entrevue avec son démiurge, Robert Choinière, chef de l'unité intitulée études et analyses de l'état de santé de la population, à l'INSPQ.

Santéscope fournit, à travers ses multiples volets, des données générales sur l'état de santé et de bien-être de la population du Québec selon différentes perspectives. Un premier groupe de volets porte un regard sur l'évolution temporelle de nombreux indicateurs de santé et met en lumière certaines disparités géographiques à l'échelle des réseaux locaux de santé ou selon les milieux ruraux et urbains.

Un second groupe de volets permet d'apprécier la situation en matière de santé et de bien-être en comparant la province à l'échelle canadienne, nord-américaine et internationale, en particulier avec la France. Santéscope propose enfin des analyses sous forme de thématiques de la santé de la population ainsi que des liens vers des productions connexes de différents partenaires.

En clair, et à franchement parler, tout y est: conditions démographiques et socioéconomiques, environnement physique et social, habitudes de vie et autres comportements, services de santé, état de santé global, maladies, traumatismes, état de santé psychosociale, fécondité, mortalité, tumeurs, et ainsi de suite. Faites-en l'expérience au www.inspq.qc.ca/santescope/

«Santéscope est né d'une idée que j'ai eue en 2005. Dans cette optique, une équipe de jeunes s'est jointe à moi, des jeunes qui avaient de très bonnes idées. Cette collaboration a permis de mettre sur pied un projet beaucoup plus intéressant et concret que celui que j'avais au départ; c'est-à-dire que les membres de cette équipe ont fait preuve de beaucoup d'initiatives», explique humblement Robert Choinière.

Santéscope, qui mobilise une équipe cinq à six personnes, puise ses données dans différentes sources, telles des enquêtes sur la santé des collectivités canadiennes, l'Institut de la statistique du Québec quant aux aspects économiques, Statistique Canada pour les comparaisons entre les provinces et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les comparaisons à l'échelle internationale.

En bonne santé

Concrètement, qu'en est-il de la santé globale des Québécois? «La santé des Québécois ne s'est jamais aussi bien portée. Évidemment, il y a encore des gains à faire. Mais si on regarde l'évolution dans le temps, les signes sont très encourageants. À titre d'exemple, l'espérance de vie n'a jamais été aussi élevée que maintenant et elle continue d'augmenter d'année en année. La mortalité par maladies de l'appareil circulatoire a diminué de plus de la moitié au cours des 20 dernières années. Mais il y a encore deux problèmes, soit le cancer du poumon et le suicide qui sont, toutefois, en diminution.»

Les raisons qui sous-tendent ces bonnes nouvelles sont nombreuses. «Écoutez, les conditions socioéconomiques se sont améliorées, ce sont des facteurs importants. Il y a le système de santé qui, malgré ce qu'on en dit, est quand même très performant pour combattre la mortalité, c'est-à-dire de reporter la mort. Il y a les médicaments qui sont plus accessibles. Il y a aussi les habitudes de vie qui s'améliorent, à savoir qu'on assiste actuellement à une importante diminution du tabagisme car, jusqu'à tout récemment, on considérait que 40 % des mortalités prématurées, donc avant 75 ans, étaient causées par le tabagisme. En fait, on commence à bénéficier de la baisse du tabagisme.»

En 2006, l'espérance de vie à la naissance au Québec s'établissait à 78,8 ans pour les hommes et à 83,4 ans pour les femmes. Depuis 1981, l'augmentation de la durée moyenne de la vie a été plus importante chez les hommes (7,6 ans) que chez les femmes (4,3 ans), de sorte que l'écart entre les sexes est maintenant de 4,6 ans. En 2006, l'espérance de vie des femmes enregistrait une hausse pour une deuxième année consécutive comparativement à neuf années consécutives chez les hommes.

La santé, ça va ?

«Perception de la santé» est un volet de Santéscope qui risque d'attirer l'attention du navigateur Internet. Ainsi, on y apprend qu'au Québec, en 2005, la proportion de la population âgée de 12 ans et plus ne se percevant pas en bonne santé s'établissait à 9,7 %. Seule l'Alberta affichait une valeur plus faible, soit

9,3 %. L'Ontario est à 10 %. Ce sont les Néo-Brunswickois qui affichaient le plus haut taux, soit 13,7 %, alors que la moyenne canadienne s'établissait à 10,2 %.

«Quand les gens sont sondés, avance M. Choinière, à propos de leur perception de leur état de santé, on leur demande si ils se considèrent en bonne santé par rapport aux gens de leur âge, si ils souffrent de problèmes chroniques ou encore de limitation d'activité. Et d'une enquête à l'autre — et c'est systématique — les Québécois déclarent moins de problèmes de santé que le reste des Canadiens.»

Pourquoi? «En fait, c'est à se demander si cela est culturel. En cela, la question qui se pose est la suivante: "Est-ce que culturellement les Québécois déclarent moins de problèmes de santé parce que leurs aspirations dans l'atteinte d'un état de santé favorable sont moins élevées?"»

Un spécial 400e

Dans le cadre des célébrations entourant le 400e anniversaire de la Vieille Capitale, Robert Choinière a concocté dans Santéscope un «spécial 400e». En fait, avoue-t-il, «je l'ai fait pendant ma pause sabbatique pour m'amuser. Et le constat principal qui ressort c'est que les hommes québécois sont en meilleure santé que les hommes français, alors que les Françaises sont en meilleure santé que les Québécoises». À suivre dans Santéscope...

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Collaborateur du Devoir