Dossier de santé du Québec - Le « dossier électronique » est en voie d'évaluation

À la suite de l'implantation d'un projet-pilote dans la capitale nationale, au printemps 2008, le ministère de la Santé et des Services sociaux entend intégrer le système de dossier de santé électroniques, de manière progressive, à la grandeur du Québec, d'ici 2010.

Le Dossier de santé du Québec (DSQ) est un outil électronique qui permet aux professionnels de la santé, les médecins, pharmaciens, infirmières et infirmiers autorisés, d'accéder aux informations cliniques essentielles afin d'assurer la prise en charge et le suivi des patients. Il sera alors possible pour les usagers de bénéficier de cet outil à partir de toutes les régions du Québec, peu importe le lieu où ils reçoivent des soins de santé.

Or, le domaine de la santé se doit aussi de développer des méthodes de travail qui s'adaptent au rythme de l'avènement des nouvelles innovations technologiques. Il en est ainsi parce qu'avec le temps, la manière d'octroyer les soins de santé a également changé, d'autant plus que la conceptualisation des ressources informatiques a connu un véritable essor. Par le passé, un patient recevait presque tous les soins nécessaires dans un seul centre hospitalier, ceci allant de la simple consultation jusqu'à la chirurgie. Jusque-là, on centralisait la majorité des renseignements de santé importants du patient dans son dossier, conservé dans ce même établissement.

De nos jours, comme les gens sont moins sédentaires qu'avant et que les types d'établissements où recevoir des soins sont nombreux, on doit assurer le suivi des renseignements de santé des usagers des services médicaux entre les centres hospitaliers, les cliniques, les Groupes de médecine de famille (GMF), les laboratoires, les pharmacies, etc.

Les retombées du projet-pilote

Selon le Dr André Simard, directeur général du DSQ, le projet-

pilote se répartit en trois principales phases: le rodage technologique, le pilotage clinique et la montée en charge. «L'étape du rodage technologique est essentielle puisque c'est la première fois qu'on produit plusieurs logiciels qui fonctionnent en parallèle pour les professionnels de la santé. Le défi, c'est de faire en sorte que ces outils soient en mesure de fonctionner entre eux sans problèmes», rapporte ce dernier.

Parce qu'en informatique on doit souvent faire face à des problèmes, les différents objectifs de cette première phase visent à faire évaluer la performance de ces logiciels à plusieurs niveaux par les professionnels du milieu. Ainsi, la version améliorée de ces logiciels, revus et corrigés au cours de l'été selon la rétroaction des usagers, deviendra profitable pour les futurs utilisateurs. «Le pilotage clinique tient pour acquis qu'on a corrigé les trucs qu'on avait à corriger. On a donc mis la nouvelle version à la disposition d'une cinquantaine de médecins et pharmaciens pour environ 10 000 patients. Cette deuxième phase permettra de vérifier une fois de plus auprès des professionnels de la santé s'il y a encore place à des améliorations. Il y a eu également l'introduction de nouveaux éléments informatisés, comme les médicaments pris par le patient, ainsi que le volet laboratoire», explique ainsi le Dr Simard.

Un premier bilan pourra donc être établi à la suite de ces observations, au début de 2009. «Sinon, au printemps 2009, on entamera la phase de la montée en charge, laquelle voudra ajouter des utilisateurs et des patients dans le système pour l'ensemble de la région de Québec. À partir de ce moment, il sera possible de déposer et de présenter un rapport plus formel comprenant une évaluation exhaustive du projet. Ce qui nous permettra par la suite d'appliquer le système à une deuxième et à une troisième région, et ainsi de suite», de conclure le Dr Simard.

Bénéfices pour les usagers et les patients

Bien entendu, les bénéfices sont nombreux pour tous les intervenants. Le patient n'aura plus à répéter les mêmes informations à plusieurs intervenants et à compléter une panoplie de questionnaires lors de sa première visite s'il se promène d'un établissement à l'autre. Et les professionnels de la santé disposeront dorénavant de l'historique de tous les renseignements informatisés nécessaires pour traiter les patients, soit un portrait qui est très précis de votre situation de santé. Le patient n'aura donc plus à passer deux fois les mêmes examens de laboratoire ou d'imagerie diagnostique, comme lorsqu'il n'y avait pas de suivi fait d'un établissement à l'autre.

Les médecins et pharmaciens auront accès à une liste précise de tous les médicaments que le patient prend ou a pris et de la posologie, ce qui vient éliminer les risques d'erreurs d'ordonnances ou encore de dosage.

L'efficacité du système, donc la rapidité avec laquelle les professionnels auront accès aux renseignements de santé du patient, viendra contribuer à réduire les risques d'erreur médicale. Le patient n'aura ainsi plus à se déplacer pour récupérer ses résultats d'examens de laboratoire ou d'imagerie diagnostique pour les rendre au médecin et pourra profiter d'un système de gestion des renseignements de santé plus efficace et plus rapide que l'actuel système, et qui ne risque plus d'égarer un dossier ou un résultat d'examen.

Dans le cas où un patient se trouve dans un état comateux après un accident, les intervenants auront accès à une quantité importante d'information pour dispenser les soins appropriés rapidement.

Les renseignements qu'on pourra y trouver

Le DSQ de chaque patient renfermera toutes les informations que les professionnels de la santé jugent les plus utiles et auxquelles ils doivent avoir recours le plus souvent, en particulier lors des situations d'urgence. Ainsi seront disponibles l'identité et les coordonnées du patient, les coordonnées des professionnels de la santé qu'il consulte, le cas échéant, ses allergies et intolérances, les résultats d'examens de laboratoire et d'examens d'imagerie diagnostique, la liste des médicaments qui lui ont été prescrits et leur posologie, son dossier de vaccination et les informations importantes à son sujet en cas d'urgence.

En vérité, ce genre de système recueille déjà des conclusions satisfaisantes ailleurs dans le monde. Conséquemment, une fois que le projet-pilote aura fait ses preuves ici, c'est tout le Québec qui pourra enfin tirer profit des nombreux avantages qu'il procure.

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Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • Bruno Giroux - Abonné 8 novembre 2008 10 h 12

    Il y a loin de la coupe aux lèvres

    Madame Carbonneau, votre texte est une véritable ode à un système qui est au stade de projet-pilote. Le gouvernement du Québec nous a si souvent habitués à nous réjouir de systèmes extraordinaires qui devaient être de grandes révolutions mais qui sont vite retombés après qu'on y ait engouffré des centaines de millions de dollars que j'éviterais les débordements d'enthousiasme tant que ce projet ne sera pas implanté, aura été accepté par les divers intervenants et aura fait ses preuves.

  • Mario Tremblay - Abonné 8 novembre 2008 17 h 21

    Loin ... très loin ...

    D'abord félicitations au Dr André Simard, on dirait un vrai petit informaticien. Il a bien appris le bagou!
    Je vois la scène: assis devant le médecin depuis 20 minutes, il est toujours en train de prendre connaissance de mon historique médical ... Parce qu'il ne le fera certainement pas avant de me rencontrer ...
    Les personnes âgées sont des broyeurs à médicaments. Un chimiste aurait besoin du plus performant des ordinateurs pour arriver à un début d'analyse des effets cumulatifs. Alors même si le médecin à la liste des 50 médicaments depuis 3 ou 4 ans ...
    En informatique, gérer du data n'est généralement pas un problème. Contrôler les accès est par contre beaucoup plus problématique. Bien des ministères sont régulièrement mis en cause pour des indiscrétions, alors que le contrôle est beaucoup plus simple qu'en santé : plus d'une centaine de milliers d'intervenants de toutes catégories pour 7 millions de dossiers ! Ça va être une mine d'or pour les consultants informatiques et les indiscrets!
    Un système comme celui-là doit prendre au bas mot de 5 à 7 ans avant d'être rodé et implanté parfaitement et je ne parle même pas du changement de mentalité des équipes informations en place dans chaque centre concerné!
    Et on ne parle pas de l'historique à saisir, et des traitements d'informations qui seront données en PPP au plus offrant. Ne vous inquiétez pas pour le Patriot Act, ce sera probablement traité en Inde ou en Chine!