Commission parlementaire sur l'itinérance - Le cauchemar de l'accès aux soins de santé

Les itinérants, comme Choko et Jessie, repoussent souvent au maximum les consultations médicales.
Photo: Jacques Nadeau Les itinérants, comme Choko et Jessie, repoussent souvent au maximum les consultations médicales.

S'il est parfois difficile pour le commun des mortels d'avoir accès à des soins de santé adéquats dans des délais raisonnables, la situation est carrément cauchemardesque pour les personnes itinérantes, d'autant plus qu'elles ont tendance à repousser la consultation médicale. Une situation qui pourrait être corrigée, à tout le moins en partie, selon ce que sont venus plaider hier les porte-parole de Médecins du Monde, au cours de la deuxième journée d'audiences publiques de la commission parlementaire sur l'itinérance.

«Le droit à la santé et l'accès aux soins de base sont des droits fondamentaux universellement reconnus, ils ne devraient pas être que le privilège des couches mieux nanties de notre société, a souligné le Dr Nicolas Bergeron, président de Médecins du Monde Canada. Les personnes itinérantes doivent être en mesure d'avoir accès aux soins dont elles ont besoin, et nos gouvernements doivent appuyer sans réserve les initiatives provenant du milieu, notamment celles issues des groupes communautaires.»

Recours tardif

Depuis neuf ans, Médecins du Monde travaille avec les intervenants d'une trentaine de groupes communautaires, procure des soins et réalise des activités de prévention auprès des personnes itinérantes, marginalisées et exclues des soins. Selon ce qu'a pu constater l'organisation, les conditions de précarité dans lesquelles vivent les personnes itinérantes et le regard négatif, voire rébarbatif que le système porte sur elles font en sorte qu'elles repoussent souvent la consultation médicale à la limite et qu'elles se présentent en état de crise dans les urgences et les autres services de santé.

«Le recours tardif aux soins conduit souvent à des hospitalisations qui auraient pu être évitées et occasionne des coûts énormes pour notre système de santé, a expliqué le Dr Bergeron. C'est le cas par exemple de maladies chroniques fréquentes chez les itinérants les plus âgés et les autochtones [diabète, haute pression artérielle, maladies pulmonaires] qui sont souvent mal traitées et dont les complications entraînent une perte d'autonomie et des hospitalisations de plus longue durée.»

Médecins du Monde souhaite donc que Québec leur facilite l'accès aux soins de santé en mettant à la disposition des intervenants oeuvrant auprès de ces personnes les ressources et les conditions nécessaires. Il faudrait notamment encourager la création de services adaptés et décloisonnés à toutes les personnes en situation d'itinérance qui doivent consulter en santé.

Le gouvernement devrait en outre «sensibiliser et outiller par des formations adaptées les professionnels de la santé pour mieux comprendre les diverses réalités» afin d'apporter une réponse plus appropriée à leurs besoins. L'organisme La rue des femmes a abondé dans le même sens lors de sa présentation devant la commission, lundi soir, proposant notamment de «revoir les façons de faire du réseau de la santé, principalement en soins psychiatriques».

Médecins du Monde préconise par ailleurs la création de sites d'injection supervisés, une hypothèse rejetée récemment par le ministre de la Santé, Yves Bolduc.