Sainte-Justine et McGill étendent à tous les bébés le droit au test de dépistage de la surdité

Le dépistage de la surdité chez les bébés est d’une simplicité enfantine. Ses résultats sont fournis par un appareil électronique ultra-léger qui peut être utilisé par n’importe quel membre du personnel. Si le diagnostic de surdité est pos
Photo: Le dépistage de la surdité chez les bébés est d’une simplicité enfantine. Ses résultats sont fournis par un appareil électronique ultra-léger qui peut être utilisé par n’importe quel membre du personnel. Si le diagnostic de surdité est pos

Dès novembre, tous les poupons nés au CHU Sainte-Justine et dans les hôpitaux du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) seront soumis à un test de dépistage de la surdité. Ces deux centres, membres de la nouvelle Coalition québécoise pour le dépistage universel de la surdité chez le nouveau-né, pressent par ailleurs le ministre Yves Bolduc d'instaurer un programme de dépistage systématique pour tous les nouveau-nés de la province.

«Les enfants diagnostiqués dès la naissance peuvent obtenir les interventions ou les traitements appropriés très rapidement. Plus l'enfant est jeune, plus il pourra se développer normalement au niveau de la parole et du langage, donc socialement», a expliqué le Dr Anthony Abela, chef du service d'oto-rhino-laryngologie à Sainte-Justine.

Jusqu'à maintenant, cet établissement, ainsi que l'Hôpital de Montréal pour enfants et l'Hôpital Royal Victoria du CUSM, procédaient à des tests uniquement sur des enfants à risque, comme les prématurés, et ceux ayant des proches atteints de surdité. «Malheureusement, sans dépistage systématique, la déficience auditive chez plusieurs enfants est découverte aussi tard qu'à trois ans. Leur développement social souffre alors déjà de retards importants», explique le Dr Abela.

Le dépistage ciblé chez les nouveau-nés à risque est toujours en vigueur au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), qui étudie actuellement la possibilité d'imiter les autres hôpitaux universitaires montréalais dans un proche avenir, selon sa porte-parole Lucie Dufresne.

À la pièce ou universel

Au CHU Sainte-Justine, la décision de procéder au dépistage systématique de la surdité a été prise localement. La direction a accepté d'injecter les 200 000 $ nécessaires au lancement du programme. Au CUSM, les deux établissements où se pratiquent des accouchements ont sollicité une contribution de 300 000 $ de leur fondation. Des deux côtés du mont Royal, on souhaite toutefois qu'un tel programme soit mis en place à l'échelle provinciale et qu'il soit financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

La porte-parole du ministre de la Santé, Marie-Ève Bédard, a indiqué au Devoir que le ministre avait été sensibilisé à cette revendication des milieux de la santé publique et de la pédiatrie qui remonte, au moins, aux années 1990. «Le ministre a demandé aux autorités de la santé publique davantage d'informations sur les coûts d'une telle mesure si elle était appliquée partout. Il veut également avoir plus de détails sur ses avantages, Il devrait être en mesure de prendre une décision rapidement», a-t-elle précisé. «L'Hôpital d'Alma, où a travaillé le Dr Bolduc, fait déjà du dépistage systématique. Les directions locales ont donc le loisir de mettre en place un tel projet à même leur budgets», a-t-elle ajouté.

Les membres de la Coalition redoutent une approche à la pièce. «À l'heure actuelle, les centres de soins du CUSM sont en mesure d'offrir ce service grâce à la générosité de leurs fondations et donateurs. Mais, ce faisant, nous créons essentiellement deux niveaux de soins de santé. Pourtant, tous les enfants du Québec méritent le même niveau de soins», affirme la docteure Hema Patel, coprésidente de la Coalition québécoise pour le dépistage universel de la surdité et pédiatre à l'Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

La Coalition estime qu'il faudrait cinq millions de dollars pour rendre universel un programme de dépistage de la surdité au Québec. «Les coûts d'un dépistage tardif de la surdité sont encore plus importants tant au chapitre des interventions que de la réhabilitation. De plus, les difficultés sociales des enfants identifiés plus tard sont plus grands», note le Dr Sam Daniel, oto-rhino-laryngologiste pédiatrique au HME et directeur du Laboratoire des sciences auditives du CUSM.

Le dépistage systématique de la surdité chez les nouveau-nés est une pratique courante dans plusieurs pays européens, dans la majorité des États américains ainsi qu'en Ontario, en Alberta, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve.

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