Le problème de poids chez les jeunes - Les garçons « consomment » pour augmenter leur masse musculaire

Les filles prennent tous les moyens pour devenir aussi minces que le montre le modèle exhibé à pleines pages et à plein écran.
Photo: Pascal Ratthé Les filles prennent tous les moyens pour devenir aussi minces que le montre le modèle exhibé à pleines pages et à plein écran.

Partout, on nous rapporte une «épidémie» d'obésité, comme si l'obésité était contagieuse, mais est-ce vraiment le cas?

On estime qu'environ 25 % des adolescents auraient un problème de surpoids, ce pourcentage ayant même doublé depuis trente ans. Cependant, quand on cherche à savoir la proportion de ceux qui sont en sous-poids, on n'a guère de données puisqu'il est difficile d'évaluer cette caractéristique auprès de jeunes en croissance. Les seules données dont on dispose remontent à voilà dix ans déjà. Selon l'Enquête sociale de santé auprès des enfants et des adolescents québécois 1999 de l'Institut de la statistique du Québec, environ 15 % des jeunes étaient considérés en surpoids et près de 5 % en sous-poids. Cependant, 80 % des jeunes avaient un poids normal.

«Ce dont on entend beaucoup moins parler, c'est le problème de la préoccupation excessive à l'égard du poids, relate Fannie Dagenais, directrice du groupe d'action sur le poids ÉquiLibre. Pourtant, c'est un phénomène très présent dans la population, particulièrement chez les femmes et les jeunes filles.»

On estime en effet que 60 % des adolescentes âgées de 13 à 16 ans sont insatisfaites de leur image corporelle, alors que la majorité d'entre elles ont un poids normal ou inférieur à la norme: chez les femmes adultes, cette insatisfaction grimpe jusqu'à 90 %. On sait aussi que 70 % des adolescentes ont déjà tenté de perdre du poids, même si au plus 25 % d'entre elles auraient un poids plus ou moins supérieur à la norme.

Aggrave-t-on

l'«épidémie» d'obésité ?

«Au cours des trente dernières années, on a assisté à une augmentation des problèmes de poids chez les jeunes», constate Marie-Claude Paquette, nutritionniste principale et membre de l'équipe d'experts sur le poids et l'activité physique de l'Institut national de santé publique du Québec. On observe en effet que, entre 1978 et 2004, l'obésité est passée de 4 % à 8 % chez les jeunes du Canada, alors que l'embonpoint (la catégorie qui est entre le poids normal et l'obésité) a crû de 12 % à 18 %. «On peut donc dire que le quart des jeunes québécois avaient, en 2004, un problème de surpoids, résume-t-elle. Il y a effectivement aussi ceux qui ont un problème de petit poids, mais c'est quand même moins prévalent...»

Curieusement, malgré toutes les campagnes menées contre l'obésité, le problème ne cesse de s'accentuer. «Autant chez les adultes que chez les jeunes, on se préoccupe beaucoup trop de notre poids», estime Fannie Dagenais. Cette préoccupation prend tant d'importance qu'elle nous porte à adopter des comportements néfastes, comme se mettre à la diète, faire de l'activité physique à outrance, sauter des repas, etc., tout cela pour perdre du poids. Elle rapporte même que, d'après certaines enquêtes, 10 % des adolescentes commenceraient à fumer pour maintenir leur poids ou perdre du poids!

«On voit donc que la préoccupation du poids engendre des impacts vraiment néfastes, dit-elle. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le fait de se préoccuper de son poids ne nous aide pas à adopter de bonnes habitudes de vie mais, au contraire, nous pousse vers des comportements dangereux pour la santé.»

La préoccupation excessive pour le poids touche tout le monde et se traduit différemment selon qu'on est une fille ou un garçon. Ainsi, les filles prennent tous les moyens pour devenir aussi minces que le montre le modèle exhibé à pleines pages et à plein écran. Quant aux garçons, ils cherchent de plus en plus à développer leur musculature au moyen de méthodes excessives — afin d'obtenir le fameux six-pack qu'on leur montre partout. Et 50 % des adolescentes sauteraient des repas et 25 % jeûneraient pour perdre du poids, rapporte Mme Dagenais. Et 40 % des garçons prennent des suppléments pour augmenter leur masse musculaire.

«C'est la poule et l'oeuf, constate pour sa part Marie-Claude Paquette. Au départ, on a constaté que les taux d'obésité ont augmenté, mais le fait d'en parler autant en entraîne certains à se préoccuper trop de leur poids. En même temps qu'il y a une épidémie d'obésité, on nous présente une norme corporelle de plus en plus inatteignable. C'est un paradoxe.»

Minceur à tout prix ou plaisir de vivre ?

Pour l'une comme pour l'autre, c'est notre société qui est «toxique». «Ce sont des modifications dans notre environnement des vingt dernières années qui font que nos taux d'obésité ont augmenté, considère Mme Paquette. Notre société prône la surconsommation alimentaire, la grosseur des portions augmente, alors qu'on est soumis à davantage de marketing alimentaire comme il n'y en a jamais eu!»

De fait, ce sont nous, les adultes, qui proposons aux jeunes des modèles inatteignables et néfastes pour la santé de tous. «Ne devrions-nous pas plutôt parler d'une "épidémie" de mauvaises habitudes de vie?, propose Fannie Dagenais. Selon moi, on a affaire bien davantage à un problème lié à de mauvaises habitudes de vie, dans le sens que, collectivement, peu importe le poids qu'on a, on s'alimente mal et on ne fait pas assez d'exercice physique.»

«On a voulu bien faire en informant la population des risques associés à l'excès de poids — car il y a de réels dangers pour la santé — mais ce discours a eu un effet négatif, confirme Marie-Claude Paquette. Malheureusement, il a mené les gens à se tourner vers toutes sortes de méthodes amaigrissantes qui ne sont pas bonnes pour la santé. On devrait plutôt inviter tout le monde à revenir à de bonnes habitudes de vie.»

Malgré tout ce que la publicité nous dit, aucune méthode amaigrissante n'a une réelle efficacité à long terme. «À court terme, indique Marie-Claude Paquette, certaines méthodes peuvent être efficaces mais, à long terme, il y a très peu de gens qui réussissent à maintenir toute perte de poids. De surcroît, il y a des risques importants associés au fait de maigrir et aux tentatives d'amaigrissement.»

Au lieu de tant se préoccuper de son poids, les deux expertes en nutrition suggèrent qu'on se demande plutôt si on mange bien et si on pratique suffisamment d'exercice physique. «Après tout, si une personne est légèrement au-dessus de son poids mais qu'elle s'alimente bien et fait de l'activité physique, elle se sentira vraiment mieux dans sa peau, observe Fannie Dagenais. Par contre, si on est très mince et qu'on ne cesse de se préoccuper de son poids, on ne sera pas aussi épanouie et heureuse...»

«Ce qu'il faut retenir, suggère sa collègue, c'est que, peu importe notre poids, il faut avant tout avoir de saines habitudes de vie pour goûter le plaisir de vivre.»

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Collaborateur du Devoir

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