Mentorat au CHUM - L'expérience des « anciennes » infirmières est mise à profit

Dès que les jeunes infirmières entrent au CHUM, elles ont droit à une journée d’accueil et à quatre jours de formation théorique.
Photo: Agence Reuters Dès que les jeunes infirmières entrent au CHUM, elles ont droit à une journée d’accueil et à quatre jours de formation théorique.

Depuis quatre ans, le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) tire profit de l'expérience des infirmières au long parcours, qui servent de mentors aux débutantes. Le mentorat coûte des sous, mais il rapporte des dividendes sur le plan professionnel.

La Régie régionale de la santé, aujourd'hui disparue au profit d'une nouvelle structure, a amorcé le projet de mentorat au moment où les jeunes infirmières vivaient une expérience difficile à leur arrivée dans le milieu hospitalier et avaient tendance à quitter la profession; cette idée a germé dans le but de favoriser la rétention chez ce personnel indispensable.

Directrice par intérim des soins infirmiers au CHUM, Danielle Fleury rapporte comment le programme a vu le jour: «On avait à choisir des infirmières reconnues comme excellentes par leurs pairs, possédant une attitude favorable et étant référées par leur chef d'unité. De notre côté, on avait trouvé six mentors qui ont reçu une formation à la Régie.» Rapidement survient un écueil: «La première difficulté, dans tous les centres hospitaliers, n'a pas consisté à trouver des mentors mais plutôt des mentorées. La réaction des plus jeunes a porté sur la crainte d'être évaluées.»

Le projet-pilote s'est tout de même déroulé: «Nous, on a découvert que les jeunes qui avaient vécu l'expérience étaient enchantées et que les mentors étaient aussi très contentes. Toutefois, il n'y avait plus de financement de la Régie pour le poursuivre.» Une décision s'imposait: «Comme centre hospitalier, on s'est assis et on a constaté que le projet représentait une valeur ajoutée. On a donc consacré un budget pour reconnaître les temps de rencontres des mentors avec les jeunes.» Comme l'argent dédié au fonctionnement ne pouvait servir à cette fin, il a été décidé, en accord avec la partie syndicale qui croyait en la pertinence de cette expérience, d'utiliser une partie des fonds consacrés à la formation afin de poursuivre

le programme.

Le processus suivi et l'aide apportée

Dès que les jeunes infirmières entrent au CHUM, elles ont droit à une journée d'accueil et à quatre jours de formation théorique durant lesquels elles reçoivent, entre autres, informations et témoignages au sujet du mentorat. Quelques semaines plus tard, elles sont conviées à un cinq-à-sept pour connaître le long et le large du programme. Mme Fleury dégage un volet important de cette rencontre: «On les assure que personne de la direction des soins infirmiers ou de l'hôpital ne se mêle de cette relation-là. Les rapports entre mentor et mentorée restent entre elles.» Après quoi, les recrues rencontrent les mentors en groupe restreint et choisissent la personne qui leur apportera conseils et réconfort dans les premiers pas de leur cheminement professionnel.

Elle sert un exemple pour illustrer le véritable objectif du programme: «On veut faciliter aux jeunes leur transfert de l'école au milieu hospitalier. On vise aussi à ce qu'elles puissent exprimer le choc vécu, ce qui les frappe. Il nous est toutes arrivé, comme jeunes infirmières, de travailler, de soir, de jour ou de nuit, en sortant insatisfaites de notre performance: "cela a mal été, j'ai été incapable de répondre au patient quand est arrivé un code pour un arrêt cardiorespiratoire; j'ai figé, je ne savais pas quoi faire et ce sont mes compagnes qui ont pris la relève". Dans un tel cas, elle peut souvent se tourner vers sa mentor, qui va lui dire, qui va lui montrer qu'elle aussi a déjà vécu une telle situation, que c'est normal ce qu'elle vit. Sur ce plan, les échanges sont nombreux parce que c'est souvent dans de telles circonstances que les gens considèrent qu'ils ne sont pas bons et qu'ils lâchent.»

La directrice laisse enfin savoir que, la plupart du temps, mentor et mentorée ne travaillent pas dans le même hôpital, afin que soit évitée toute connotation de supervision ou d'évaluation. Quant au programme lui-même, il se poursuit, et il est même question de l'étendre à d'autres personnels, comme celui des infirmières auxiliaires.

L'écoute du mentor

Caty Dallaire compte 19 ans d'expérience comme infirmière et elle exerce sa profession depuis dix ans auprès des grands brûlés, à l'Hôtel-Dieu du CHUM. Elle est devenue mentor il y a deux ans, sous l'impulsion de sa chef d'équipe. Elle croit que le mentorat a sa raison d'être dans le contexte de travail actuel: «L'environnement est devenu beaucoup plus complexe qu'avant. Les gens ne viennent plus à l'hôpital en investigation, ce qui se fait à l'externe. Les usagers ont vraiment besoin de soins et sont vraiment malades. Aussi, le personnel est moins expérimenté parce que plusieurs infirmières d'expérience sont parties à la retraite, et le taux de roulement du personnel est élevé. Les gens en place manquent très souvent de points de repère, et c'est très insécurisant pour quelqu'un qui commence. Quand j'ai débuté, il y a 19 ans, on était davantage épaulé sur le terrain.» Elle fait part d'une autre réalité: «Aujourd'hui, les infirmières doivent être capables de s'adapter rapidement. Tout bouge vite et la personne qui est plus lente éprouve de la difficulté. Il faut être capable de se retourner en vitesse pour faire face à toute éventualité.»

Elle se penche sur le soutien qu'elle peut apporter: «Le tout se déroule sans jugement, sans évaluation. Les gens se confient à nous et, ce que j'ai constaté en deux ans d'expérience, ils se rendent compte que ce qu'ils vivent n'est pas différent de ce qui nous est arrivé. La tension diminue quand ils apprennent que c'est normal de se retrouver dans telle ou telle situation. On les aide beaucoup en écoutant ce qu'ils ont à dire. Ça prend des grandes oreilles pour être mentor, et un bon sens de l'humour, parce que parfois il faut quelque peu dédramatiser les choses, ce qui donne un coup de pouce à la personne pour continuer.»

L'aide à la mentorée

Infirmière à l'hôpital Notre-Dame du CHUM, Isabelle Maltais a terminé son cours au cégep du Vieux-Montréal il y a deux ans. Au moment de son embauche et à titre de candidate à l'exercice de la profession d'infirmière (CEPI), soit durant la période de quelques mois qui précède l'examen de l'Ordre des infirmières, elle a adhéré au programme de mentorat: «On était libre ou non d'embarquer, et je me suis dit: pourquoi ne pas mettre toutes les chances de mon côté? Je pensais que, en cas de besoin, je pourrais compter sur quelqu'un.»

Elle raconte son expérience: «Il est certain qu'au début c'est la période la plus intense. Quand on commence comme CEPI, c'est vraiment une période d'intégration pendant laquelle on est évalué et jugé. J'ai alors été fragile professionnellement et psychologiquement. Il en résulte une forme d'insécurité et il est sûr que le fait d'avoir une mentor a été d'un grand soutien pour moi. Je recherchais écoute et accompagnement.» Elle pointe une situation difficile: «C'est la surcharge de travail. Au début, on n'ose pas demander de l'aide parce que, si on le fait, on croit que les gens vont penser qu'on n'est pas à la hauteur. On coupe dans les repas et dans les pauses pendant que le stress s'accumule. De plus, on doit apprendre à faire sa place avec les collègues et on ne sait parfois pas trop comment s'y prendre.» L'infirmière mentor ayant une trentaine d'années d'expérience qu'elle avait choisie l'a bien aidée à passer à travers ces obstacles.

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Collaborateur du Devoir

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