De la télémédecine à la télésurveillance - « Il faut faire de la télésanté une priorité»

Si la télésanté est encore peu connue et sous-utilisée tant chez les acteurs de la santé qu'au sein de la population, il n'en demeure pas moins que notre système de santé gagnerait à plusieurs égards en misant davantage sur cette filière. C'est du moins le message que Jean-Paul Fortin, professeur titulaire au département de médecine sociale et préventive de la faculté de médecine de l'université Laval, lance au ministère de la Santé.

La télésanté regroupe plusieurs composantes, telles la télémédecine, la téléformation, la télépathologie, la télécardiologie, la télésurveillance à domicile et ainsi de suite. Un des rôles de ce vaste secteur qui s'immisce peu à peu dans notre système de santé, raconte le professeur Fortin, également coordonnateur médical du Réseau québécois de télésanté (RQT), «est celui d'utiliser les technologies de l'information pour faire circuler les sons, les images et les données et les rendre disponibles à l'ensemble des acteurs intéressés, tout en privilégiant la confidentialité».

En ajout, la documentation du RQT précise que la télésanté est assortie de toute une série de techniques de saisie, de traitement, de stockage et d'extraction de l'information. Ces techniques vont des services téléphoniques ordinaires aux dispositifs d'imagerie médicale de pointe servant aux examens médicaux par échographie, en passant par un éventail de plateformes et de logiciels de saisie de dossiers cliniques et de création de bases de données multimédias.

Un message clair envoyé à Québec

Avant de préciser davantage ce que sont la télésanté et son importance pour les collectivités régionales notamment, Jean-Paul Fortin a tenu à lancer un message clair au ministère de la Santé. «Le Québec est en retard par rapport à ce qui se fait ailleurs, que ce soit en Ontario ou au Nouveau-Brunswick, par exemple. On fonctionne à la vitesse d'un ministère, d'autant qu'on n'utilise pas assez les forces vives des gens de terrain, des milieux concernés, parce que l'innovation en la matière se fait sur le terrain. Je trouve qu'on met beaucoup trop d'accent sur la technologie. Écoutez, la télésanté n'est pas uniquement un ensemble de "bidules"; il nous faut changer nos approches, nos façons de faire et de voir ce secteur. Il y a encore tout un travail de recension à faire à cet égard.»

«Il faut, poursuit-il, faire de la télésanté une priorité, il faut prendre le taureau par les cornes. Il faut que ça lève à un moment donné, que ça avance, que ça bouge plus vite que ça! Il faut écouter les gens qui sont sur le terrain et qui sont, à mon avis, sous-utilisés.» Voilà pour le message du Dr Fortin.

Concrètement

Sur le plancher des vaches, il se fait bien des choses à l'échelle de la province. «Ça varie d'une région à l'autre, et toujours en lien avec les réseaux universitaires de santé», dit-il. Créés afin de favoriser la concertation et la complémentarité de même que l'intégration des missions de soins, d'enseignement et de recherche des établissements de santé ayant une désignation universitaire, les RUIS sont des territoires de référence circonscrits par le ministère de la Santé et respectivement rattachés aux quatre facultés de médecine, soit celles de l'université Laval (qui a la responsabilité de l'est du Québec), de l'université McGill, de l'Université de Montréal et de l'Université de Sherbrooke.

«De manière générale, avance M. Fortin, il s'offre à Gaspé, par exemple, de la téléconsultation. On retrouve à Gaspé et aux Îles-de-la-Madeleine un ensemble de services sur le plan de la télésanté. Je pense aussi à la formation continue par le biais de la vidéoconférence, alors que la radiologie numérique est en train de se développer.»

L'université McGill, ajoute-t-il, «développe des liens avec le Grand-Nord et l'Abitibi, alors que l'Université de Montréal a le mandat de développer les télésoins à domicile; ce d'ailleurs sur quoi on devrait davantage miser.» Pourquoi? «Voici. On installe un appareil dans un domicile qui pose des questions au patient afin de diagnostiquer son état de santé: si le coeur fonctionne bien, si la respiration est bonne; donc des questions cliniques précises. D'autre part, on peut aussi implanter des appareils qui prennent la tension artérielle, le poids, ou encore qui permettent de connaître le taux d'oxygène dans le sang. Voilà une façon de permettre aux patients et à leurs proches d'être plus autonomes. D'ailleurs, des évaluations de projet démontrent que ça fonctionne bien.» Donc un service de santé just in time plutôt que just in case, fait remarquer le Dr Fortin, reprenant la formule qui circule aux États-Unis.

Mais voilà, il se dit également surpris de constater «jusqu'à quel point les médecins en région ne sont pas assez informés sur ce qu'est la télésanté. Il semble bien que le message ne se soit pas encore rendu.»

Voilà autant de sujets qui seront débattus lors du 9e symposium sur la télésanté qui se tiendra à Québec du 24 au 26 septembre prochain, auquel participeront quelque 250 personnes en provenance de la France et du Québec.

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Collaborateur du Devoir

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