Où est passé l'enthousiasme?

À lire et à entendre ce qui se passe autour du futur centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal, le CHUM en puissance, il faudra bientôt en déduire, pour les médecins et la future clientèle francophone, que l'ère en est une d'accommodements raisonnables. À l'angle de Saint-Denis et René-Lévesque, il y a carambolage de mauvaises nouvelles.

Le dossier du futur CHUM piétine. Un jour, c'est le nombre de lits qui diminue. Un autre, les blocs opératoires ne seront pas aussi nombreux qu'on le souhaitait. Plus tard, on apprend qu'une entreprise privée à laquelle est associé un ancien ministre de la Santé aurait la responsabilité de tout un secteur de la pratique et de la recherche: celui de l'ophtalmologie (et le ministre ici n'est pas Philippe Couillard, ni Claude Castonguay, mais bien un Michel Clair dont on parle moins, mais qui n'agit pas moins pour autant).

Et ce qui n'aide en rien, c'est l'apparent désaveu qui entoure toute l'entreprise. Ainsi, avant que la Fédération des médecins spécialistes du Québec ne dénonce l'état actuel de la proposition de travail, un organisme aussi lourd que la Fédération canadienne pour l'innovation (FCI) a indiqué qu'aucune subvention ne serait attribuée à l'hôpital universitaire francophone de Montréal, mais qu'au contraire, pour son pendant anglophone, elle ouvrirait toutefois sa bourse dont s'échapperaient des millions pour totaliser une centaine.

Un jour, un jour...

Mais le CHUM un jour, malgré toutes ces contradictions qui témoignent plus d'une «santé» chancelante, serait. Tous s'entendent là-dessus, quoiqu'il s'en trouve pour prêcher un retour vers Outremont, afin de permettre les futurs agrandissements obligatoires pour tout centre de recherche universitaire.

Il faut savoir qu'au centre-ville, à côté de l'UQAM, et non de l'autre université, celle de la montagne, les abord du site se retrouvent déjà en d'autres mains, privées celles-là, qui implanteraient ainsi des cliniques et des lieux d'autres services. On aurait donc en fait une belle cohabitation privé-public plus lourde que le simple programme de PPP actuellement en place, ce partenariat public-privé souhaité par le gouvernement actuel pour l'élaboration des plans, la construction et la gestion de ce qui, hier encore, devait être un superhôpital universitaire.

Et là, on s'agrandit

À l'ouest de la ville, pendant ce temps, sur le site Glen, là où l'université McGill érige son CUSM, le Centre universitaire de santé McGill, les architectes Jodoin, Lamarre et Pratte ont déjà des esquisses à présenter, et, s'il y a bisbilles dans ce projet, elles prendraient forme à l'intérieur et sembleraient aussi s'y régler, sans que tous les détails de l'aventure se répandent sur la place publique.

Ici, on vit plutôt dans un climat alimenté par de bonnes nouvelles. Parle-t-on là de recherche que des plans s'élaborent pour la construction d'un centre entièrement dédié à ce seul secteur. Et il ne sera pas petit: 40 000 mètres carrés, un espace qui permettra de réunir sous un même toit un centre de médecine novatrice, un centre de biologie translationnelle et des espaces pour la recherche évaluative.

Le CHUM ne peut pas à ce jour se réjouir d'un même programme. Aurait-il l'argent qu'il devrait sans doute s'expatrier de son site. De toute façon, il a dû faire son deuil des 100 millions provenant de la FCI, montant auquel s'ajoutait une somme identique provenant des gouvernements fédéral et provincial et un autre petit montant de 50 millions souscrits par des organismes de donation privés.

Contraintes locales

Et il est facile de construire sur le site Glen. S'il faut décontaminer les sols, car des voies de chemin de fer ne disparaissent pas sans laisser de traces, pour le reste tout est plus facile: l'environnement n'impose pas trop d'embûches patrimoniales, ce qui est différent quand on construit au coeur d'un quartier historique de Montréal. Rue Saint-Denis, il s'en trouvera toujours pour empêcher ce qui dans le passé était possible, quand, pour ouvrir le futur boulevard René-Lévesque (qui s'appelait alors Dorchester), il a été possible de raser des quartiers complets, de ne garder ainsi, par exemple, pour l'église Saint-Jacques qu'un clocher et un pan de mur et de faire fi de tout le reste.

Mais ne discutons plus. Même avant de partir oeuvrer dans le secteur public, celui qui était ministre alors, Philippe Couillard, maintenait sa position: le CHUM, c'est Saint-Luc et Charles-Borromée. Et s'il y a là un manque d'espaces, à comprendre les déclarations récentes, on a compris la stratégie: on supprimera des services, on diminuera en nombre ce qui était planifié, avec pour conséquences moins de lits, moins de salles et, sans doute, moins de malades et de chercheurs et de médecins et d'infirmières et de...

Et demain

Le ministre actuellement en poste a ces jours-ci, toutefois, d'autres soucis que celui des centres universitaires hospitaliers montréalais: lui qui était un personnage bien connu dans la région d'Alma, où son passage dans le secteur de la santé a été remarqué, ne serait-ce que par le nombre de réalisations qu'il y a opérées, il est maintenant en campagne pour se faire élire dans un comté qui se retrouve dans une ville de Québec souvent réfractaire à tout ce qui vient d'ailleurs. Et M. Bolduc, s'il a des annonces à faire, devra d'abord démontrer qu'il n'accorde aucune prépondérance à tout projet qui privilégierait Montréal: quand on est de Québec, on est de et pour Québec!

Il faudra donc attendre la fin d'une période électorale, ici les partielles provinciales, pour finalement savoir à quoi s'en tenir sur l'avenir du centre universitaire francophone de la santé. Pour l'instant, qui a des doutes se voit justifié de les conserver. Quant aux autres, ceux qui ont «bon espoir», on remarquera que, à moins d'être partie prenante du projet, ils sont dans l'ensemble bien silencieux.

Pourtant, un projet d'une telle envergure, dont la facture se chiffre en milliard, devrait normalement susciter de l'enthousiasme. Malheureusement, à ce jour, ce sont les clameurs des récriminations qui se sont fait entendre.

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