Santé mentale : les services actuels seront amputés de moitié dans le futur CHUM

Le futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) n'offrira plus l'ensemble des soins en santé mentale comme présentement. Le projet prévoit plutôt un partage entre le nouvel hôpital et l'actuel pavillon Notre-Dame, qui deviendra un hôpital complémentaire détaché du CHUM lorsque ce dernier projet verra le jour.

C'est ce qu'a révélé au Devoir le chef du service de psychiatrie du CHUM, le Dr Robert L'espérance, qui précise que seul Notre-Dame dispensera les services de santé mentale d'ici à l'ouverture du nouveau CHUM.

«Dans la version la plus récente de la planification du futur CHUM, le nombre de psychiatres qui pratiqueront dans cet établissement sera réduit d'environ 50 %, passant de 42 qu'il est aujourd'hui à un peu plus d'une vingtaine dans le nouveau CHUM. Le nombre de lits ainsi que la gamme des services dispensés seront également inférieurs à l'offre actuelle», a expliqué le Dr L'espérance.

Le CHUM, qui compte actuellement 50 lits pour des hospitalisations de courte et moyenne durée, en aura 28 dans sa nouvelle version. Ce CHUM aura des bureaux de consultation en psychiatrie, mais ces derniers ainsi que ses hospitalisations et ses recherches seront concentrés sur certaines pathologies complexes. «Les autres services, tels les soins des problèmes les plus courants et les plus fréquents, comme la dépression et l'anxiété, seront à Notre-Dame», a-t-il également indiqué. Notre-Dame sera également le seul hôpital du coeur de Montréal à avoir une urgence psychiatrique.

Le futur CHUM se concentrera sur les domaines suivants: la comorbidité des troubles médicaux et psychiatriques, la comorbidité des troubles psychiatriques et de toxicomanie, les jeunes adultes de 18 à 35 ans atteints de psychotiques (troubles bipolaires et schizophrénie), les troubles neuropsychiatriques particulièrement liés au vieillissement ainsi que les dépressions réfractaires aux traitements pharmacologiques et aux thérapies classiques.

Superspécialisation

L'éclatement de la psychiatrie ajoute une autre pièce au puzzle des plans de réduction des activités cliniques, d'enseignement et de recherche prévus dans le futur centre universitaire francophone révélés par Le Devoir au cours des derniers jours. La concentration des activités du futur établissement dans des surspécialités, comme ce sera le cas en psychiatrie, fait également partie des craintes exprimées au cours des derniers jours par le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Réagissant au projet du chanteur Garou de construire un complexe de santé privé en face du CHUM avec la bénédiction de sa direction actuelle, révélé par Le Devoir jeudi dernier, le Dr Barrette déclarait: «Il y a une opération délestage qui est en cours et qui cause beaucoup de remous. Un centre universitaire doit avoir un curriculum complet alors que l'enseignement risque de perdre les soins de première ligne.»

Le Dr Barrette s'interrogeait aussi sur le nombre de projets du même genre qui pourraient voir le jour, en complément du CHUM. «Ça laisse voir qu'il y aura inévitablement, dans l'état actuel du projet, un hôpital sur deux sites, avec les mêmes batailles entre pavillons que maintenant. On fera du tertiaire et du quaternaire au CHUM», ajoutait-il.

Vendredi dernier, en marge d'une rencontre avec les ministres de la Santé des autres provinces, le Dr Yves Bolduc avait qualifié le projet de Garou de «pure fabulation» et réaffirmé qu'il «n'était nullement question de diluer le projet du CHUM. Le CHUM sera un seul établissement dans lequel on va offrir tous les services».

Dans son édition de samedi dernier, Le Devoir faisait état d'un autre projet hors futur CHUM qui prévoit que les soins, l'enseignement et la recherche en ophtalmologie seront dispensés dans une clinique privée propriété du Groupe Sedna, présidé par un ancien ministre de la Santé, Michel Clair. Les 26 médecins spécialistes qui travaillent actuellement en ophtalmologie dans les trois pavillons du CHUM y seraient regroupés. Le projet, a déclaré M. Clair, est très avancé.

Cette nouvelle révélation, ainsi que le plan d'éclatement de la psychiatrie, risque fort de teinter la rencontre entre le Dr Barrette et le ministre de la Santé, le Dr Yves Bolduc, prévue aujourd'hui précisément pour discuter du dossier du CHUM.

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