Assurance maladie - Le délai de carence est coûteux pour les immigrants et l'État

jacques nadeau le devoir
Selon le Dr Paul Saba (à l’avant-plan), le délai de carence force trop de nouveaux arrivants à reporter leurs examens médicaux. Ce faisant, «ils hypothèquent leur santé, ce qui peut même aller jusqu’à leur coûter l
Photo: Jacques Nadeau jacques nadeau le devoir Selon le Dr Paul Saba (à l’avant-plan), le délai de carence force trop de nouveaux arrivants à reporter leurs examens médicaux. Ce faisant, «ils hypothèquent leur santé, ce qui peut même aller jusqu’à leur coûter l

Devant la maladie, tous les hommes sont égaux. Il en va tout autrement quand il s'agit d'avoir accès à des soins de santé, a dénoncé hier la coalition Santé pour toutes et tous. Celle-ci a profité de la Journée mondiale de la santé pour dénoncer l'imposition d'un délai de carence de trois mois aux nouveaux immigrants et aux travailleurs temporaires, une mesure qui continue à hypothéquer trop de vies au Québec.

Venue d'Algérie avec son mari et ses quatre enfants, Leila Bouayed a payé le prix fort de cette réglementation adoptée en 2001 par le Parti québécois et reconduite par les libéraux. Peu de temps après leur arrivée, sa fille de neuf ans a eu de violentes convulsions. «Nous avions utilisé toutes nos économies pour venir ici. Nous n'avions pas les moyens de prendre des assurances, encore moins de faire soigner notre fille.»

Leila a fait tout ce qu'elle a pu, mais, quand sa fille est tombée inconsciente, elle n'a eu d'autre choix que d'appeler le 911. La petite a été transportée d'urgence au CHU Sainte-Justine où des médecins l'ont stabilisée. Coût: 5217 $. Le lendemain, Leila a repris sa fille en dépit des dangers reliés à sa condition fragile. «Ce que j'ai fait est très grave. Elle aurait pu en garder des séquelles permanentes. Aucune famille ne devrait avoir à vivre une telle angoisse.»

Chaque année, entre 40 000 et 50 000 personnes se retrouvent devant le même dilemme avant de pouvoir bénéficier de la couverture publique du régime d'assurance maladie du Québec. Pour le Dr Paul Saba, coprésident de la Coalition des médecins pour la justice sociale, il s'agit là d'un délai «injuste» et contre-productif.

Plusieurs arrivants préfèrent en effet reporter une consultation plutôt que de s'endetter. Ceux-là «se présentent dans nos hôpitaux quand la maladie est hors de contrôle alors que plusieurs complications auraient pu être évitées s'ils étaient venus plus tôt. Pour le réseau, c'est un poids supplémentaire tout à fait évitable». Cela est encore plus vrai chez les enfants dont l'état peut se dégrader très rapidement, a expliqué le Dr Saba.

Récemment, le député péquiste Martin Lemay s'est dit prêt à revoir les principes de ce règlement afin de voir s'il est toujours pertinent. Québec solidaire, lui, réclame plutôt l'abolition pure et simple du délai de carence, a expliqué hier François Saillant. «Il s'agit d'une mesure d'économie qui ne rapporte presque rien au gouvernement, mais qui coûte extrêmement cher aux individus qui en font les frais.» La coalition abonde en ce sens, elle qui estime cette économie à 1,3 million par année.

Au cabinet du ministre de la Santé, Philippe Couillard, on réfute cette analyse. «Il ne s'agit pas d'une mesure d'économie, mais bien d'équité envers les contribuables québécois», a précisé hier son attachée de presse, Marie-Ève Bédard. Avant 2001, quatre autres provinces avaient choisi d'imposer un tel délai, ce qui avait conduit certains arrivants à s'installer temporairement au Québec le temps que leur délai de carence ne soit épuisé.

Cette situation avait poussé Québec à se doter à son tour d'un délai de carence. Depuis, le gouvernement québécois prend soin de prévenir les immigrants de l'existence de ce délai avant même qu'ils ne mettent le pied au pays. Il leur recommande d'ailleurs de prendre une assurance pendant cette période. Les prix oscillent entre 300 et 1100 $ par personne, un luxe que plusieurs ne peuvent se payer, argue la coalition.