Les fonctionnaires à la Santé doutent des propositions adéquistes

La proposition de l'Action démocratique de limiter l'accès direct aux médecins spécialistes soulève de nombreux doutes au sujet de son efficacité et des économies que cela pourrait générer.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Robert, médecin-conseil en maladies infectieuses, est peu impressionné par les idées de son ancien collègue, le Dr Stephen Morgan, porte-parole de l'ADQ en matière de santé. Selon le Dr Robert, le fait que le Dr Morgan soit scandalisé que la vaccination des jeunes enfants, par exemple, soit faite par des pédiatres et même par des omnipraticiens plutôt que par des infirmières du réseau des CLSC, ainsi que sa volonté affirmée d'inverser cette tendance, risque de coûter plus cher.

«À mon avis, ç'aurait un effet tout à fait marginal. Non seulement vous allez engorger les CLSC, mais en plus, vous allez payer deux fois. Vous n'aurez pas moins de visites chez le médecin. Mais il y a pire: vous allez compromettre l'efficacité du programme d'immunisation parce que les parents vont être obligés de prendre deux rendez-vous plutôt qu'un seul», estime le Dr Robert, joint hier.

L'ADQ s'apprête à apporter des précisions à son programme en santé, annoncé l'automne dernier. Parmi les propositions à venir, le parti de Mario Dumont voudrait obliger les patients à être référés avant de consulter un médecin spécialiste. Si des patients voulaient tout de même aller voir directement un spécialiste, ils devraient payer 100 % de la facture. Le Dr Stephen Morgan constate une «dérive» qui correspond à un «gaspillage éhonté de fonds publics».

Le Dr Yves Robert réplique que l'ADQ doit en faire la démonstration et s'appuyer sur des chiffres sérieux avant d'avancer ce genre de solution, dont l'objectif n'est selon lui pas très clair.

«Avant de dire qu'on va sauver de l'argent en bloquant l'accès de première ligne aux médecins spécialistes, il y a des calculs à faire. Il faut évaluer combien on économiserait avec ça. Et je voudrais bien voir les coûts de la surveillance de l'obligation de passer d'abord par un omnipraticien», dit-il.

Il ajoute que l'analyse adéquiste cloche: «D'un côté, on dit qu'on manque de médecins spécialistes et, de l'autre, que 70 % de leur pratique est une job d'infirmière!», lance le Dr Robert.

À la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le président Yves Dugré voit mal comment l'ADQ va révolutionner le système de santé avec de telles propositions. «Ce ne sont pas des idées neuves. Ça me semble être des économies de bouts de chandelles. Mais surtout, il manque des conditions fondamentales pour que cela puisse se mettre en place, dont l'organisation de la première ligne et la disparition de la pénurie d'omnipraticiens», a soutenu le Dr Dugré.