Pénurie de donneurs de moelle osseuse au sein des communautés culturelles

Atteint d'une leucémie aiguë myéloïde, Emru Townsend attend désespérément qu'on trouve pour lui un donneur de moelle osseuse. Père d'un garçonnet de sept ans, ce Québécois de 38 ans qui est né à Montréal de parents afro-antillais fondait de grands espoirs sur sa soeur unique, qui s'est avérée ne pas être une donneuse compatible. Ses chances de survie reposent maintenant sur les registres national et internationaux de moelle osseuse, qui malheureusement comptent peu de donneurs noirs. Cette pénurie de donneurs au sein des communautés d'origine africaine est d'autant plus dramatique que les membres de ce groupe ethnique présentent une grande diversité antigénique, ce qui fait qu'il est beaucoup plus difficile que pour des Caucasiens (dont la peau est claire) de leur trouver des donneurs non apparentés qui soient compatibles.

«Ce qui importe dans une greffe de moelle osseuse est la compatibilité au niveau du système HLA [Human Leukocyte Antigen]», qui est une combinaison unique de protéines — ou antigènes — situées à la surface de nos cellules et que le système immunitaire utilise pour distinguer les cellules d'un individu de celles d'un étranger, précise le Dr Martin Champagne, hématologue au CHU Sainte-Justine. La probabilité que le système HLA de deux frères ou soeurs soit compatible s'élève à 25 %. On arrive généralement à trouver un donneur dans le giron familial d'un tiers des patients, poursuit le spécialiste. Mais pour les deux autres tiers, on doit poursuivre la recherche au sein des registres de donneurs non apparentés.

Au Canada, le registre national de moelle osseuse compte 227 000 donneurs volontaires, dont à peine 0,5 % sont de race noire. La majorité des donneurs, soit 85 % d'entre eux, sont des Caucasiens. «Il a toujours été difficile de recruter des donneurs au sein de la communauté noire, qui a été échaudée historiquement, souligne le Dr Champagne. On a longtemps refusé aux Noirs de donner du sang par peur qu'ils soient porteurs du VIH.»

À cette pénurie de donneurs de race noire s'ajoute un autre obstacle, celui-là biologique. Chez certains groupes ethniques, notamment d'origine africaine, la probabilité de trouver un donneur est beaucoup plus faible compte tenu de la grande diversité des antigènes des leucocytes humains (HLA) parmi les membres du groupe. «Il faudrait recruter 450 000 Caucasiens comme donneurs volontaires, soit 0,2 % de la population blanche des États-Unis, pour offrir à cette population 80 % de chances de trouver un donneur compatible, indique le Dr Champagne. Par contre, si on voulait offrir les mêmes chances à la population noire, il faudrait recruter trois millions d'Afro-Américains, soit 10 % de la population afro-américaine. Par contre, les Japonais présentent entre eux une grande homogénéité des HLA, ce qui fait qu'il est plus facile de trouver un donneur non apparenté pour eux que pour des Caucasiens.» Pour eux, la quête d'un donneur sans lien de parenté est fructueuse dans près de 75 % des cas.

Pour venir en aide à son frère issu d'une mère jamaïcaine et d'un père originaire de Trinidad mais aussi à toute autre personne atteinte d'une leucémie ou d'un lymphome, Tamu Townsend encourage tous les citoyens, et particulièrement les membres de sa communauté ethnique, à se porter volontaires pour un don de moelle osseuse en s'inscrivant au réseau UniVie de la Société canadienne du sang (www.univie.ca). La démarche a été récemment simplifiée. Une fois inscrit, on vous expédiera une trousse permettant de procéder à un frottis buccal — qui sera utilisé pour déterminer votre typage HLA — et de l'envoyer au laboratoire de typage HLA de la Société canadienne du sang. Bien que le prélèvement de moelle osseuse dans l'os pelvien nécessite une anesthésie générale, «les donneurs ne courent aucun risque», spécifie le Dr Champagne.