Couillard confie un autre mandat à Castonguay

Claude Castonguay
Photo: Jacques Nadeau Claude Castonguay

Il ne sera pas dit que le rapport Castonguay dormira sur une tablette, a tranché hier le ministre de la Santé et des Services sociaux. En guise de sa bonne foi, Philippe Couillard a même réservé une place de choix à l'architecte de ce rapport controversé. Claude Castonguay prendra en effet la tête de l'un des cinq grands chantiers lancés hier. Une nomination qui démontre que les ponts sont bel et bien rétablis entre l'ancien ministre libéral et le gouvernement Charest.

Au lendemain de la publication de son rapport, Claude Castonguay n'avait pas caché son mécontentement devant l'accueil glacial qu'on lui avait réservé. Or, derrière l'apparente fin de non-recevoir assénée par le ministre Couillard, certaines idées ont néanmoins réussi à faire leur petit bonhomme de chemin. Celles-ci seront mises en chantier dès les prochaines semaines, ouvrant la porte à des changements substantiels sur le plan de la gouvernance et de la budgétisation des soins.

Claude Castonguay prendra pour sa part la tête du chantier qui supervisera la création d'une nouvelle créature gouvernementale, l'Institut national d'excellence en santé (INES). Doit-il y avoir un retour d'ascenseur? Pas du tout, se défend le ministre Couillard. «Lui-même pense à ces questions-là depuis des années, il me semble [que ce choix] s'inscrit donc dans une logique de continuité. Et, honnêtement, c'est le sujet sur lequel il a lui-même émis le souhait de travailler.»

M. Castonguay aura pour tâche de présider aux destinées de l'INES qui naîtra de la fusion de l'actuel Conseil du médicament et de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS). À cela, s'ajoutera un groupe de praticiens qui apportera une expérience terrain jusqu'alors absente. L'INES sera donc investi d'une double mission, explique M. Couillard. «Comme maintenant, il donnera des avis sur les médicaments et l'introduction de nouvelles technologies. Plus largement, il fera aussi de la gouvernance clinique», qui permettra à Québec de déterminer les meilleures pratiques dans un domaine donné.

Autres chantiers

Un autre chantier permettra au gouvernement d'aborder toute la question des marchés internes de santé, une créature britannique qui propose de faire des patients une «source de revenus» et des établissements des «acheteurs de soins». Il faudra toutefois que cela se fasse très prudemment, a insisté le ministre Couillard qui songe à aller voir ce qui se fait sur le terrain en Europe, notamment en Allemagne. «Les marchés internes présentent un certain nombre de limitations. Il ne faut pas en faire une panacée.»

Le déploiement de nouvelles cliniques de santé constitue le troisième chantier lancé hier. L'idée est simple: il s'agit d'assurer à tous les Québécois l'accès rapide à un médecin de famille. Le territoire québécois compte présentement un peu plus de 150 Groupes de médecine familiale (GMF) et 27 cliniques-réseau. Malgré cela, le quart des Québécois de plus de 12 ans sont sans médecin de famille. «Il y a lieu de faire des progrès, particulièrement dans des secteurs névralgiques comme la médecine de famille qui, pour le citoyen, a une importance notable», a convenu le ministre Couillard.

Les deux derniers chantiers toucheront directement l'allocation des ressources. Trois projets-pilotes seront lancés sous peu dans trois régions, une mesure déjà annoncée par le ministre. Là-bas, les Agences pourront assumer des responsabilités accrues et déterminer leurs propres budget dans trois secteurs clés: soit les services aux personnes âgées en perte d'autonomie, l'accès à la chirurgie et les tests diagnostiques d'imagerie médicale.

Enfin, la table d'allocation des ressources du ministère supervisera un chantier qui veillera à introduire la notion de coût de revient au sein de l'administration des établissements du réseau afin de remplacer les budgets historiques par l'achat de services. «Peut-être sommes-nous trop microgestionnaires avec les régions et les établissements», a commenté le ministre, qui se dit très intéressé par cette approche.

Ces cinq chantiers ont suscité la désapprobation des membres du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), qui jugent que le ministre Couillard se trompe de cibles. Un seul trouve grâce à leurs yeux, soit celui visant à développer des outils d'évaluation de la performance du système et des établissements. «Les vrais chantiers à ouvrir devraient concerner les services à domicile et les solutions publiques à la résolution des problèmes de liste d'attente», ont-ils fait savoir en se disant prêts à y participer.

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