Claude Castonguay ne se laisse pas abattre

Photo: Jacques Nadeau

Des manifestants ont bravé le froid hier pour venir défendre un système de santé «public, gratuit et universel» au nez et à la barbe de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de son invité, Claude Castonguay. Cette levée de boucliers n'a guère impressionné le principal intéressé, qui rappelle avoir vécu la même chose dans les années 1970 avec l'assurance maladie, et être «passé au travers».

En terrain conquis hier devant la communauté d'affaires, Claude Castonguay n'a pas caché que les premiers commentaires du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, l'ont, non seulement surpris, mais profondément déçu. Ce qui ne veut pas dire pour autant que M. Castonguay ait dit son dernier mot. Il entend d'ailleurs défendre bec et ongles son rapport controversé, d'autant qu'il sent que le vent tourne imperceptiblement...

D'entrée de jeu, le président du Groupe de travail sur le financement de la santé a mis cartes sur table. «Notre rapport est à peine publié que le ministre de la Santé rejette nos propositions sur les sources de revenus que nous proposons. Vous pouvez imaginer notre déception et notre surprise. On me dit qu'aujourd'hui il atténue un peu ses propos. Je trouve ça encourageant; j'espère qu'il va continuer [en ce sens]», a-il commenté.

La fermeture du gouvernement Charest à l'égard des deux principaux outils de financement proposés par le comité — soit l'augmentation de la taxe de vente et l'imposition d'une franchise annuelle — ne touche qu'un pan du rapport. Et certainement pas le plus important, a dit M. Castonguay. «Pour le long terme, c'est beaucoup plus les propositions que nous avons faites sur la gouvernance du système qui sont les plus importantes. Les sources de financement, c'est pour combler l'écart à court terme qui existe entre les dépenses et les revenus.»

C'est aussi l'avis du ministre Couillard, qui a répété hier que, loin de mettre le rapport Castonguay sur une tablette, le gouvernement libéral avait l'intention de mettre en avant «une vaste majorité des 37 recommandations du groupe de travail», principalement en ce qui a trait à la gouvernance et à la productivité des systèmes en place. Et pas dans deux ou trois ans, mais dès les prochains mois. «Certaines des recommandations seront mises en avant dès avril prochain», a assuré hier son attachée de presse, Isabelle Merizzi.

Devant la communauté d'affaires, Claude Castonguay a accusé les médias d'avoir délibérément occulté cette volonté ministérielle, tout comme des pans entiers de son rapport qui, «loin d'ouvrir au privé», vient «consolider le réseau public». «Ce n'est pas en maintenant un statut quo frileux ancré dans des intérêts corporatistes qu'il sera possible d'assurer la pérennité du public. Au contraire, moins le système public saura répondre aux besoins des gens, plus le privé sera fort», a-t-il insisté.

Ce dernier estime d'ailleurs que les réactions à l'emporte-pièce véhiculées dans les heures qui ont suivi le dépôt de son rapport ne changeront rien à l'opinion de la population, qui l'appuie sans réserve. «Il m'apparaît très clair que la population sait très bien que des changements doivent être apportés et je crois que c'est elle qui, finalement, va avoir gain de cause.»

Justice et équité

Rassemblés devant l'hôtel où M. Castonguay donnait sa conférence, les manifestants ont proposé une lecture tout autre de la situation. «La population veut un accès accru aux soins et elle sait qu'il faut pour cela ménager plus de financement. Mais elle veut aussi que cela se fasse de manière juste et équitable, et certainement pas au prix de nouvelles brèches dans le réseau public», a résumé la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Lina Bonamie.

À ses côtés, ils étaient une bonne centaine à interpeller Claude Castonguay et la communauté d'affaires. Des gens issus d'horizons divers — que ce soit la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) ou encore la Coalition Solidarité santé et Québec solidaire —, tous porteurs d'un message unique: «Le réseau public peut et doit être préservé.»

À leur sens, le gouvernement a suffisamment de marge de manoeuvre pour écarter d'emblée l'idée de faire du patient un «utilisateur-payeur» comme le propose le rapport en introduisant des franchises et des cotisations. Autrement, «on taxe la maladie et ça n'a aucun bon sens», a résumé Mme Bonamie. À cet égard, les réserves émises par le ministre Couillard sont encore trop timides, juge le SISP. Le secrétariat aurait préféré une fin de non-recevoir, ce dont s'est bien gardé le gouvernement Charest.

Il est grand temps que la grande entreprise fasse sa part, a renchéri le porte-parole de Québec solidaire, le Dr Amir Khadir. «Depuis huit ans, le gouvernement a accordé pas moins de cinq milliards de dollars en réductions d'impôt, dont 900 millions au printemps dernier, sans compter les points de TPS qu'il s'est refusé de récupérer. Avant d'imposer des franchises et des cotisations qui pénaliseront principalement la classe moyenne, tournons-nous là où il y a encore une marge de manoeuvre.»

Devant les gens d'affaires, M. Castonguay a enfin déploré les conflits perpétuels qui opposent syndicats et gouvernement. Selon lui, un changement de ton est nécessaire pour remettre le réseau à flot. Les syndicats estiment pour leur part que cette perception relève du mythe. Au contraire, plusieurs initiatives ont été mises en branle par les syndicats pour assouplir le système, notamment par l'introduction de rotations, d'horaires allongés ou encore atypiques, ont-ils argué.

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