De nouvelles molécules pour prévenir la perte de vision

Principale cause de la perte de vision et de la cécité chez les personnes de 50 ans et plus, la dégénérescence maculaire peut être freinée par des médicaments comme l'Avastin et le Lucentis. Ces molécules ne s'attaquent toutefois pas aux racines du mal, qui continue ainsi de s'accentuer. Mais des chercheurs de Montréal ont découvert qu'un type de récepteur responsable de l'évacuation et du recyclage de composés toxiques dans les tissus était déficient chez les individus atteints de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). En rétablissant l'activité de ces récepteurs, il deviendrait ainsi possible de prévenir non seulement cette maladie de l'oeil mais aussi l'athérosclérose à l'origine d'infarctus du myocarde et d'accidents cérébrovasculaires (ACV). Les mêmes chercheurs ont déjà breveté des molécules prometteuses qui pourraient prévenir la perte de vision.

La DMLA découle de l'accumulation de lipides à l'arrière de la rétine, plus précisément au niveau de l'épithélium pigmentaire rétinien, une membrane servant d'ancrage aux photorécepteurs, ces cellules sensibles à la lumière qui composent la rétine, qui tapisse le fond de l'oeil entre la rétine et le réseau vasculaire de la choroïde. «En s'oxydant, ces lipides produisent du peroxyde, une substance très corrosive qui abîme les tissus, notamment l'épithélium, qui permet la diffusion de l'oxygène et des nutriments venant des vaisseaux sanguins de la choroïde vers la rétine. Lorsque l'épithélium est abîmé, les photorécepteurs meurent par manque d'oxygène et de nutriments», a expliqué le professeur Huy Ong, de la faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, un des auteurs de cette découverte qui fait l'objet d'une publication dans la revue médicale PLoS Medicine.

Les photorécepteurs qui survivent libèrent des facteurs de croissance qui induisent la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, lesquels envahissent la rétine de façon anarchique, a poursuivi le professeur Sylvain Chemtob, néonatalogiste et chercheur au CHU Sainte-Justine. «Fragiles, ces vaisseaux saignent souvent, causent de l'oedème et de l'inflammation, qui entraînent finalement des déficits de la vision. Or le seul traitement offert présentement consiste à brûler ces vaisseaux ou à arrêter leur progression à l'aide de médicaments, tels l'Avastin et le Lucentis, qu'on injecte dans l'oeil, qui empêchent leur croissance. Ces stratégies ne visent toutefois pas les fondements de la maladie, qui est déjà bien enracinée dans les tissus.»

Or les cellules de l'épithélium sont pourvues de récepteurs vidangeurs, dénommés CD36, qui accaparent et recyclent les lipides oxydés que les photorécepteurs génèrent et laissent échapper. Une fois recyclés, ces lipides sont ensuite restitués aux photorécepteurs qui en ont besoin pour fonctionner.

Mais le malheur, c'est que les récepteurs CD36 disparaissent avec l'âge. Cette déficience expliquerait vraisemblablement l'accumulation de dépôts de lipides oxydés à l'arrière de l'oeil.

Les deux chercheurs ont alors vérifié cette hypothèse à l'aide d'animaux atteints d'une déficience en récepteurs CD36. Ils ont ainsi pu démontrer que l'absence de récepteurs CD36, comme celle qui survient chez l'humain, a un rôle incontournable à jouer dans la dégénérescence de l'épithélium et de la choroïde.

Alors qu'il explorait le rôle d'une famille de petits peptides (appelés growth hormone releasing peptides, ou GHRP) dans des maladies endocriniennes, le professeur Huy Ong a découvert tout à fait par hasard que ces peptides se liaient aux récepteurs CD36, également présents dans le système cardiovasculaire. «J'ai alors émis l'hypothèse que si effectivement les GHRP se liaient à ces récepteurs, ils pourraient vraisemblablement avoir une incidence sur l'athérosclérose», a expliqué Huy Ong. Un des éléments clés du développement des plaques athéromateuses est le groupe cellulaire des macrophages, ces éboueurs dont la fonction consiste à nettoyer nos artères et à les débarrasser des graisses qui y circulent. À mesure qu'ils ramassent des graisses, ils se transforment en cellules spumeuses qui continuent de grossir jusqu'au point où celles-ci ne peuvent plus bouger et restent alors collées à la paroi des vaisseaux. En se dégradant, ces cellules génèrent des lipides oxydés qui deviennent vite très toxiques alors qu'ils se transforment en peroxyde, lequel crée des lésions qui induisent des foyers inflammatoires. L'inflammation attire alors divers éléments du sang ainsi que des cellules musculaires lisses de la paroi des vaisseaux qui migrent jusque-là et s'y accumulent, créant un grumeau appelé plaque d'athérosclérose. En se déstabilisant, ces plaques d'athérosclérose libèrent des fragments qui peuvent bloquer soit les artères au niveau du coeur, causant du coup un infarctus, soit les artères au niveau du cerveau, ce qui entraîne un ACV.

«Les éléments clés de la formation de ces plaques athéromateuses sont les macrophages. Or les macrophages portent à leur surface les fameux récepteurs CD36 qui captent les acides gras», a souligné Huy Ong. En activant les récepteurs CD36 au niveau des macrophages, on active le recyclage des lipides oxydés et on permet aux lipides recyclés de sortir de la cellule plus rapidement. La sortie des lipides devient plus rapide que leur entrée, ce qui limite leur accumulation dans les macrophages qui, alors, ne se transforment plus en cellules spumeuses.»

En se liant aux récepteurs CD36, les petits peptides GHRP modifient le processus de stockage, de sorte que les macrophages accumulent moins de lipides, créant du coup moins d'inflammation et de risques d'athérosclérose, a poursuivi le chercheur. «C'est exactement ce qui est arrivé quand nous avons prétraité nos souris qui avaient été soumises à une diète riche en lipides avec nos peptides. La formation de plaques d'athérome a été réduite de plus de 50 %. Ces souris ont développé beaucoup moins d'athérosclérose», a-t-il affirmé.

Les deux chercheurs ont breveté ces molécules prometteuses qui maintiennent en activité les récepteurs CD36 au niveau de l'épithélium rétinien et des macrophages qui patrouillent les vaisseaux sanguins. «En maintenant l'activité des récepteurs CD36 résiduels, qui permettent de vidanger les lipides oxydés, on prévient les effets néfastes de ces substances corrosives sur la choroïde et l'épithélium rétinien. Et si on maintient en vie les cellules de l'épithélium qui portent les récepteurs CD36, on préserve ces récepteurs éboueurs», a souligné Sylvain Chemtob.

Les deux chercheurs montréalais s'appliquent actuellement à éprouver l'efficacité de leurs peptides chez des rats et des souris. «Les résultats préliminaires semblent prometteurs», a affirmé le professeur Sylvain Chemtob. D'ici quelques années, il sera vraisemblablement possible de prévenir non seulement la DMLA mais aussi l'athérosclérose.
 
2 commentaires
  • Thérèse Aubin - Inscrite 21 février 2008 05 h 34

    avestin

    J'ai recu en l'espace de 8 mois 5 injections d'avestin le medicamment est efficace. le cout en colombie britanique $300.00 par injection, le medicamment n'etant pas reconnue par le gouvernement candien. ni le gouvernement ni l'assurance privee n'en defrait le cout.tres difficile pour plisieurs personnes agees. aubinpyatt@shaw.ca

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 21 février 2008 13 h 17

    félicitation

    Je vous invite à reproduire des documents de cette qualité dans votre journal
    Charles F Labrecque