Statines: deux géants du médicament lancent un appel au calme et à la patience

Critiquée de toutes parts, l'étude Enhance qui met en lumière des faits troublants sur le Vytorin aurait encore beaucoup de faits intéressants à révéler. Tous les détails concernant le médicament qui vise à réduire le cholestérol seront donc sous peu soumis à la communauté scientifique, promettent Merck et Schering-Plough. Idéalement, dès le mois de mars. D'ici là, les deux géants pharmaceutiques appellent à la patience et à la retenue afin de juguler la controverse qui a rapidement fait son nid au pays de l'Oncle Sam.

Au centre de la tourmente, un banal communiqué diffusé conjointement par les deux partenaires, en janvier dernier. À la demande des critiques de plus en plus impatients après deux ans d'attente, le duo levait alors le voile sur les lignes directrices de l'étude. Or les données préliminaires publiées à cette occasion ne les ont pas fait taire. Elles ont plutôt relancé la polémique, éclaboussant du coup la famille des statines, le Vytorin étant lui-même composé d'une statine, le Zocor, de même que d'un autre réducteur de cholestérol, l'Ezetrol.

Certes, le Vytorin a permis de réduire le cholestérol dans le sang encore mieux que la statine seule, à raison de 58 % contre 41 %. Or, cette bonne performance n'a eu aucun impact sur la réduction de plaques sur les parois des artères des 720 patients sélectionnés. Un élément pourtant essentiel à la bonne santé cardiaque. En fait, on a même noté une légère accumulation, «mais elle n'était pas statistiquement significative», précise Sheila Murphy, chef du service des relations publiques chez Merck Frosst Canada.

«C'est sûr que tout le monde a été déçu en voyant ces premiers résultats», admet Mme Murphy en entrevue au Devoir. Ce qu'il faut savoir toutefois, c'est que ces gens présentaient une condition très particulière en ce sens qu'ils avaient tous été choisis pour leur hypercholestérolémie génétique. «Comme cette étude s'intéressait à une population très restreinte, elle ne peut donc être interprétée dans une perspective plus large, et la prudence s'impose.»

Sheila Murphy regrette d'ailleurs la manière dont les choses se sont passées. «On est en train de faire un débat dans les médias sur quelque chose qui n'a pas encore été soumis à un grand nombre de scientifiques. On entend toutes sortes d'interprétations, qui ne se valent pas toutes d'ailleurs. Les médecins ont beau parler en connaissance de cause, leurs analyses se basent sur les lignes directrices du communiqué de presse et non sur l'étude entière.»

La parution de ces données partielles a en effet donné lieu à plusieurs interrogations reprises largement dans les médias américains d'abord, puis canadiens. Le Dr Steven Nissen, membre du conseil de l'American College of Cardiology, a même appelé à un «moratoire» sur le Zetia et le Vytorin. «En l'absence de toute preuve de bénéfice clinique, ces médicaments devraient désormais être utilisés en dernier recours», a-t déclaré à l'agence Bloomberg.

D'autres voix se sont fait entendre pour défendre la fiabilité des statines, une classe de médicaments en pleine expansion. Au Canada, l'une d'elle, le Lipitor occupe d'ailleurs le premier rang des médicaments les plus vendus. Quant au Vytorin, d'autres études sont en cours dont une portant sur 20 000 patients dans le monde. Cette dernière devrait permettre de départager une fois pour toutes le rôle que jouent la statine, l'Ezetrol et leur combinaison, croit Mme Murphy. Les résultats sont attendus en 2010.