Le partage équitable des activités médicales particulières - Les jeunes médecins essuient une fin de non-recevoir

Les jeunes médecins devront continuer à porter seuls le poids des activités médicales particulières (AMP) obligatoires, aussi contraignantes soient-elles, a tranché hier le ministre de la Santé. Ce faisant, Philippe Couillard a signifié une fin de non-recevoir à l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ), qui réclame un partage plus équitable des AMP afin de pouvoir faire plus rapidement ce pourquoi ils ont été formés, c'est-à-dire le suivi et la prise en charge en cabinet.

Ce refus a été accueilli avec soulagement par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). En effet, son directeur des communications, le Dr Jacques Ricard, ne partage pas du tout la lecture faite par l'AJMQ. Dans un texte publié dans la revue Médecin de famille canadien, le Dr François-Pierre Gladu explique que les AMP sont bien plus qu'un simple irritant syndical pour les 2500 à 3000 jeunes médecins québécois. En effet, les AMP seraient devenus si lourdes que les jeunes médecins auraient «peu ou pas de temps pour le suivi et la prise en charge».

Sur papier, tous les jeunes omnis sont tenus de travailler au moins 12 heures par semaine en milieu hospitalier ou d'y passer une semaine complète une fois aux cinq semaines, une obligation qu'ils traînent au cours de leurs 20 premières années de pratique. En réalité toutefois, ces AMP s'avèrent bien plus exigeantes puisqu'elles accaparent en moyenne entre 25 et 30 heures de leur temps chaque semaine, affirme le Dr Gladu. Résultat: ceux-là complètent leur horaire avec des consultations sans rendez-vous et ne font aucun suivi.

Ces chiffres sont fortement contestés par la FMOQ, qui juge qu'on ne peut pas accuser les AMP de tous les maux. Surtout pas alors que les départements régionaux de médecine générale (DMRG) font tout en leur pouvoir pour en assouplir les mécanismes. «Depuis 2002, on essaie de s'adapter au profil des médecins et aux besoins de la population. À chaque fois, cela se fait dans un même esprit, soit celui de favoriser le suivi des clientèles», affirme le Dr Ricard.

Et il ne faut pas oublier que la pratique en cabinet peut paraître moins attrayante aux yeux des jeunes médecins. «On est conscient que le cabinet peut avoir quelque chose d'intimidant pour le jeune médecin, convient le Dr Ricard. Et la nouvelle entente [intervenue entre la FMOQ et Québec] prévoit des incitatifs financiers pour les encourager à s'y engager davantage, sans oublier tous les autres incitatifs financiers mis en avant, auxquels ils ont aussi droit.»

Quant à l'idée de redistribuer les AMP à tous les médecins, à raison de quatre à six heures par semaine, de manière à permettre aux jeunes médecins d'avoir leur part, elle n'est pas envisageable. D'autant que plusieurs médecins d'expérience font déjà des AMP sur une base volontaire. «On ne peut pas demander à nos médecins de faire ne serait-ce que quatre heures obligatoires d'AMP. Ces gens-là sont très présents auprès des clientèles vulnérables. Tout changement ne peut qu'avoir des répercussions majeures sur ces clientèles», a fait valoir le Dr Ricard.

Sans vouloir s'immiscer dans le partage des tâches, qui relève d'abord des établissements et de la FMOQ, le ministre de la Santé a défendu hier la nécessité de maintenir intactes les AMP. Celles-ci sont essentielles à la stabilisation de l'offre médicale dans les établissements, a expliqué son attachée de presse, Isabelle Merizzi. «On ne veut pas revivre des ruptures de services comme celles qu'on a vécues à Shawinigan il y a quelques années. Là-bas, des gens sont décédés parce qu'ils n'avaient pas eu de réponse. On ne doit pas l'oublier.»

L'arrivée prochaine de renforts allégera la tâche des médecins, qui pourront mieux répartir les tâches essentielles. D'ici là, chacun devra collaborer. «Quand il y aura 1500 omnipraticiens de plus en 2012, ça rétablira l'équilibre entre les équipes qui travaillent en centre hospitalier et celles qui travaillent en cabinet», a promis Mme Merizzi.