Santé: Le cancer et l'âme

Il est tentant d'expliquer une maladie par un comportement inadéquat ou une difficulté émotionnelle. Nous avons, face à notre corps, des croyances et des réflexes. Il y a parmi nous des gens qui disent «jamais sans mon médecin» et qui s'en remettent totalement à la médecine pour les décisions importantes; d'autres qui font leur propre recherche et peuvent ensuite en montrer à leur médecin — entre ces extrêmes, vous, moi.

Sans nier l'importance du psychisme face à notre santé et nos maladies, je me rappelle toujours la célèbre phrase de Freud: parfois un cigare n'est rien d'autre qu'un cigare! Pourtant la rumeur court depuis des années qu'il y a une solution psychologique au cancer.

Ça se passe en Europe: un médecin interdit d'exercice, qui défend une thèse que l'establishment condamne avec virulence. On a tenté de l'assassiner, il est poursuivi en justice en France et a déjà été emprisonné en Allemagne. Les médias italiens et espagnols se sont déchaînés, la Suisse et la Belgique ont créé des groupes de défenseÉ Mais qu'est donc cette «Médecine Nouvelle» qu'a élaborée Ryke Geerd Hamer, lequel était, jusqu'à sa déchéance, un médecin interniste et un spécialiste en radiologie respecté? On lui a tout contesté: ses méthodes, ses succès. Lui affirme qu'on lui invente des échecs, et beaucoup beaucoup d'encre a coulé. Parfois ça frôle le délire, vous irez surfer si ça vous inspire.

Le plus simplement exprimé, la théorie veut établir un lien causal entre l'âme et le cancer.

R. G. Hamer a perdu sa crédibilité scientifique dans les années 1980 parce qu'il a établi une relation entre un conflit psychique vécu par le malade, un endroit précis du cerveau de cette personne et l'organe du corps qui est atteint par le cancer. Les trois éléments ne font qu'un, a-t-il proclamé. La secousse fût sismique.

Hamer a été atteint d'un cancer aux testicules à la suite de la mort brutale de son fils, présumément tué par le prince héritier italien. Après avoir fait le lien entre son cancer et le choc vécu, il a voulu documenter son hypothèse. Deux cents patients plus tard, il formulait ce qu'il a nommé la Loi d'airain du cancer, qui affirme que tout cancer DÉBUTE par un choc émotionnel brutal vécu dans l'isolement. Ce choc agit simultanément aux niveaux psychique, cérébral et organique.

Pour lui, il y a donc localisation des émotions au cerveau, puis dans un organe: on ne peut déclencher un cancer que dans le cerveau. Il va plus loin: il affirme que jamais encore un chercheur n'est parvenu à déceler une cellule cancéreuse dans le sang artériel d'un patient atteint de cancer. Il pense que le médecin qui fait un diagnostic mortel donne un choc à son patient, et ce choc déclenche un nouveau cancer. Il répète que la médecine actuelle ne traite que les symptômes, alors que lui a identifié la cause, donc la vraie voie de solution. Vous commencez à imaginer la réaction de ses confrères, qui l'ont renié sans y mettre les manières!

Ryke G. Hamer a choisi d'appeler «Médecine Nouvelle» l'ensemble de son approche. La première classification systématique de l'ensemble de la médecine, rien de moins. Celui qui dit que «seule la médecine moderne fait de nos êtres animés un sac plein de formules chimiques» a énoncé que ce sont nos trois niveaux ensemble — psychique, cérébral, organique — qui constituent un humain. Pour traiter le cancer, le médecin détermine avec son patient la nature du choc émotionnel, puis il localise ce choc très précisément au cerveau (qui prend alors le nom de Foyer de Hamer). Le médecin d'origine autrichienne a codifié son système en cinq lois biologiques (je vous renvoie aux hyperliens), puis élaboré des techniques d'intervention.

La solution n'est pas nécessairement dans la psychothérapie, bien que Hamer pense que c'est une solution de rechange valable à ce qu'il considère être la meilleure solution: la résolution pratique et concrète du «conflit» responsable du cancer. Un exemple simpliste? Pour un cancer d'eau (avoir failli se noyer, peur spectrale de cette mort), il faut retourner à l'eau. Hamer s'est élevé contre la chimiothérapie et la morphine, qu'il accuse de tuer les patients, mais il ne désapprouve pas l'usage des médicaments dans leur ensemble, quand ceux-ci servent à la résolution du conflit interne de la personne. Il estime que son approche entraîne aussi un changement de relation entre le patient et son médecin, car on restitue la responsabilité de la maladie au patient lui-même.

À distance, comme ça, c'est un vrai roman d'intrigues et d'action. D'ici, on se dit qu'en théorie, la méthode expérimentale en science ne connaît supposément pas le préjugé, mais la critique par les pairs est systématique et fait partie de la méthode elle-même. Hamer doit donc accepter la critique, et ses pairs doivent accepter sa recherche, la répéter, la discuter. Trop simple. C'est Copernic qui doit se retourner dans sa tombe.